Caro fait les puces (et vend une pendule)

En septembre et octobre, j’ai fait les puces en tant que vendeuse durant trois matinées. Au départ, je devais simplement tenir compagnie à mon frère qui avait des affaires à vendre ; mais comme je venais juste d’effectuer un tri dans mes bibliothèques, j’en ai profité pour essayer de trouver une nouvelle maison à certains de mes livres.

C’était la première fois de ma vie que je faisais cela et cette expérience a été un excellent exercice pour la phobique sociale que je suis – surtout que je me suis encore plus renfermée sur moi-même depuis le début de l’année.

De plus, j’ai fait le plein d’anecdotes à vous raconter ! #BlogueuseForever

Ticket d'entrée pour les puces de Hyères

Le premier dimanche, nous étions placés devant un enclos contenant des ânes, des chèvres et des poneys – et autant vous dire que ça ne sentait pas vraiment la rose (surtout qu’il faisait 25°). L’odeur ne m’a cependant pas dérangée : c’est l’avantage d’avoir passé une partie de mon enfance fourrée au milieu des moutons fort odorants qu’élevait le voisin de ma grand-mère (à noter toutefois que ma mère était moyennement ravie de récupérer une gamine cocotant l’Eau de Bêêê à la fin de la journée).

Un monsieur passe et fait une remarque ironique sur la délicieuse fragrance que nous allons avoir dans les narines toute la matinée. Un âne qui était en train de nous observer juste de l’autre côté du grillage se met alors à braire d’un ton indigné en direction du monsieur désobligeant.

Moi (au monsieur) : Ah ben voilà, vous nous l’avez vexé !

***

Un couple s’arrête devant notre stand. Elle commence à farfouiller parmi mes livres, sans nous dire bonjour ni même nous regarder. Lui, plus aimable, nous salue avant de repérer un beau livre sur Jimi Hendrix que mon frère vend, et en demande le prix.

A ce moment-là, Elle relève la tête, regarde le livre en question et laisse tomber d’un ton aussi dédaigneux que péremptoire :

– Jimi Hendrix ? J’aime pas !

Lui n’a donc pas pris le livre mais le pauvre avait l’air dépité. Evidemment, Elle ne m’a rien acheté non plus.

***

Mon frère vendait une paire d’haltères.

Un couple passe, Elle s’écrie :

– Oh regarde, des haltères, tu n’en veux pas ?

Lui : Surtout pas !

Moi (à mon frère) : Haha, la dame a subtilement essayé de suggérer à son mari de se muscler les bras mais ça n’a pas fonctionné.

Un peu plus tard, c’est un petit garçon qui a tenté la même suggestion auprès de son père, sans succès lui non plus.

Nous avons tout de même vendu ces engins de torture… à la dernière minute. Nous venions de remballer et étions dans la voiture, moteur allumé, prêts à partir, lorsqu’un jeune homme est venu toquer à ma vitre en demandant si c’était bien nous qui vendions des haltères et si nous les avions toujours !

Les ânes, chèvres et poneys des puces de Hyères

Un monsieur au téléphone passe devant nous :

– Je suis à côté des ânes, tes cousins ! 

***

Un monsieur qui charrie un sac plein à craquer de livres regarde mes bouquins. Il ne trouve rien à son goût et me dit en riant que de toute façon il a déjà acheté bien trop de livres ce matin-là, en ajoutant qu’il en a au moins deux mille à lire chez lui, mais qu’il ne peut pas s’empêcher de continuer à en acheter. Je lui dis que je compatis parce que je suis atteinte du même virus. Le monsieur :

– Ah c’est rassurant de rencontrer des gens qui souffrent de la même maladie que moi !

C’est le côté chouette de vendre des livres : j’ai croisé quelques bookaddicts très sympathiques, dont une fan de Jane Austen.

***

A la fin de la première matinée, j’étais fière de moi… car j’avais réussi à vendre LA pendule !

Mon frère vendait une vieille pendule comtoise et si de nombreuses personnes s’étaient arrêtées pour l’examiner, toutes l’avaient reposée en entendant son prix : 10 €. Je finis donc par suggérer à mon frère d’appliquer une technique de marketing bien connue et de descendre le prix à 9 €, pour atteindre le seuil psychologique du « moins de 10 € ». Cependant, le frangin s’obstine à annoncer dix euros pour la pendule lorsqu’on lui en demande le prix.

A un moment, mon frère part aux toilettes, me laissant tenir la boutique seule. Un couple s’approche.

Elle : Oh regarde, une pendule comtoise !

Lui : Tu la veux ? Je te la prends. (A moi) Bonjour, à combien vous faites la pendule ?

Moi (décidant d’appliquer ma stratégie) : Neuf euros, monsieur.

Le monsieur me tend alors un billet de dix sans même essayer de marchander. Je suis sur le point de lui rendre sa monnaie lorsqu’il me dit :

– C’est bon, gardez tout !

Moi, quand mon frère est revenu :

En mode Will Smith Gettin' Jiggy With It

J’étais ridiculement fière de moi ^^ !

***

Cependant, ceux qui ont réellement fait ma matinée la première semaine, ce sont nos voisins d’en face : deux messieurs du troisième âge qui sont arrivés avec un van bourré d’affaires toutes plus improbables les unes que les autres

Van qu’ils ont déchargé à deux à l’heure selon la méthode suivante : l’un des deux extrayait un objet du capharnaüm régnant à l’arrière de la camionnette et l’examinait longuement. Son ami s’approchait alors pour observer à son tour l’objet. Leur contemplation terminée, les deux hommes se lançaient dans une discussion animée – qui virait parfois carrément à la dispute – pour savoir où placer l’objet en question sur leur stand et à quel prix le vendre. Une fois la question tranchée, le premier monsieur attrapait un nouvel objet et le manège recommençait sous notre regard amusé.

Au bout d’une demi-heure de ce cirque, j’ai dit à mon frère :

– Ça y est, je sais à qui ils me font penser ! On dirait les deux vieux du Muppet Show !

(Bon, le frangin ayant dix ans de moins que moi, j’ai dû expliquer ce qu’est le Muppet Show)

Nous ne les avons pas vus la seconde fois (à ma grande déception ^^) mais la fois suivante, ils étaient de nouveau installés près de nous et nous avons encore eu droit à un spectacle fort amusant.

Ce jour-là, les affaires n’ont pas très bien marché : même s’il y avait du monde, les gens n’achetaient pas grand-chose. Vers la fin de la matinée, je vois l’un des membres du Muppet Show se mettre torse nu. Hilare, je dis à mon frère :

– Regarde ! Il fait un strip-tease pour attirer la clientèle !

Commentaire de mon frangin, qui a toujours le petit mot sympa qui va bien :

– Ah bah il va encore moins vendre !

Les deux vieux du Muppet Show

A un moment, je suis partie faire un tour le long des stands voisins et j’ai été témoin d’une scène peu banale. Une fillette de 6 ou 7 ans s’approche d’une grosse peluche et demande à la dame qui la vend combien elle coûte.

Dame : Tu peux l’avoir pour deux euros.

Fillette (moue mécontente) : Eh.

Dame : Ce n’est pas cher, tu sais.

Fillette : Un euro ?

Dame : Désolée mais non. La peluche est neuve !

Fillette (tournant les talons d’un air désapprobateur) : Tant pis pour vous. 

Je pense que la dame a été aussi sidérée que moi ! Personnellement, à 36 ans, j’ai horreur de marchander et je paie toujours le prix qu’on me demande sans discuter, du coup voir une gamine avec un tel aplomb m’a stupéfiée ^^.

***

Je suis assise au sol sur une serviette de plage (par choix : j’adore m’asseoir par terre), tandis que mon frère est installé dans un fauteuil de camping.

Une dame et sa petite-fille s’arrêtent devant nous. La dame me regarde, puis fixe mon frère, avant de dire à sa petite-fille, tout en lançant un regard désapprobateur au frangin :

– La pauvre dame, elle doit avoir mal aux jambes !

Mon frère est donc passé pour un gros goujat des collines ^^.

Fontaine à chocolat

Un vendeur installé près de nous, à un client qui hésitait à lui acheter quelque chose :

– Allez monsieur, prenez-le, sinon vous allez le regretter toute votre vie !

A mon grand étonnement, le monsieur récalcitrant a acheté.

Moi ( à mon frère) : Alors lui, il a la technique !

Malheureusement pour elles, d’autres ne l’ont clairement pas.

Mon frère vendait une fontaine à chocolat.

Une ado accompagnée de sa mère la repère :

– Oh une fontaine à chocolat ! On la prend !

La maman dit non mais sa fille ne s’avoue pas encore vaincue :

– Mais c’est une fontaine à chocolat ! Ça ne se refuse pas !

Bien essayé, jeune fille. Dommage que cela n’ait pas fonctionné : la maman est restée inflexible. 

Quelques minutes plus tard, une fillette vient demander le prix de la fontaine. Elle tente ensuite de convaincre son père de la lui offrir, mais là encore la réponse est négative.

Encore un peu plus tard, une seconde petite fille pointe la fontaine du doigt et s’exclame, pleine d’espoir :

– Une fontaine à chocolat !

Ses parents, prudents, ont jugé bon de ne pas relever sa remarque… et la fontaine à chocolat est rentrée à la maison avec mon frère.

Fontaine à chocolat laissée pour compte et déprimée

Pour terminer, j’ai :

– vu une dame qui trimballait son yorkshire dans une espèce de landau pour chien d’un rose si pétant que même Barbie aurait hurlé à l’agression rétinienne. 

– entendu un couple converser sérieusement à propos d’une espèce rare de cornichon. Le monsieur a même prononcé le nom latin dudit cornichon mais je ne l’ai pas noté de suite et je l’ai oublié.

– aperçu un couple de personnes âgées qui transportaient leurs achats dans une poussette pour enfants.

– croisé un jeune homme portant un t-shirt avec la mention Great British Writers (et qui a dû se demander pourquoi je le fixais de façon aussi insistante. J’étais simplement en train de me demander si lui aussi était fan de Jane Austen)

– observé un monsieur lancer une pièce en direction d’un vendeur, qui l’a attrapée au vol : il était assis sur une chaise quelques mètres plus loin et il n’avait visiblement pas envie de se lever pour aller récupérer l’argent auprès de son client.

Enfin, nous avons vu un monsieur spectaculairement vêtu d’un kilt écossais, de chaussettes montantes et d’un t-shirt rentré dans ledit kilt. Le plus étonnant est qu’il ne parlait pas anglais, mais allemand selon moi, norvégien selon mon frère. Ne me demandez pas comment le frangin est supposé savoir reconnaître le norvégien vu qu’il n’a jamais mis un pied en Norvège : je n’en sais rien et lui non plus ^^ ! 

Il est prévu que nous refassions les puces au printemps, donc j’aurai peut-être d’autres anecdotes « puciennes » à vous raconter dans quelques mois. En attendant, si vous avez vous-même vécu des expériences amusantes aux puces, n’hésitez pas à les partager !

24 réflexions au sujet de « Caro fait les puces (et vend une pendule) »

  1. OMG tu as vendu une pendule comtoise !
    (je suis censée être l’heureuse propriétaire d’une horloge de type comtoise parce que M.Snow et moi sommes les 1ers (et les seuls surtout) de sa fratrie à s’être mariés et que le deal était « les 1ers mariés la récupèrent » ^^’ )

    Sinon je dois avoir environ l’âge de ton frère et je CONNAIS le Muppet Show ! (merci Papa Snow ! c’était forcément un bon vu qu’il est du 25/10 😉 ) donc je suis outrée que ton frère ne connaisse pas !

    Et j’ai jamais fait les puces en tant que vendeuse, mais en tant qu’acheteuse, ça m’arrive régulièrement, et comme la petite fille, il m’arrive de marchander ^^’ (mais c’est le jeu ma pov’ lucette ! ) D’ailleurs une fois j’avais vu un charmant petit fauteuil pour enfant, je le voulais pour 5€ (j’avais que ça XD ) la dame le vendait 10, son père a tenté de couper la poire en 2 avec un 7€, j’ai pas démordu pour 5 et elle pour 10… bah tant pis, elle est rentrée avec ^^’

    • La pendule était à mes parents, qui soit l’avaient eu pour leur mariage, soit l’avaient récupérée d’où je ne sais où… C’est mon père qui s’est retrouvé avec après leur séparation et depuis elle était dans la cave, du coup c’est mieux pour elle qu’elle ait trouvé une nouvelle maison où elle sera appréciée ^^ (personnellement je déteste les pendules, elles me stressent. Je ne porte pas de montre non plus. Je dois avoir un souci avec le passage du temps :-P).

      Pour le Muppet Show, je me suis récemment rendu compte que même plein de gens de ma génération ne connaissent pas, ce que je ne m’explique pas vraiment étant donné que l’émission était diffusée à la télé française dans les années 80. Sans doute que leurs parents ne regardaient pas.

      J’ai souvent fait les puces en tant qu’acheteuse et je n’ai jamais marchandé, j’ai réellement horreur de ça ! Je sais bien que ça fait partie du truc mais il n’y a rien à faire, je n’y arrive pas : j’ai l’impression de voler les gens ^^. D’ailleurs même en tant que vendeuse, je déteste tellement négocier que lorsque les gens me proposent un prix plus bas, je dis tout de suite oui, parce que je ne veux pas avoir à discuter. Du coup, si j’avais été à la place de la dame, tu aurais eu ton fauteuil pour 5€ 😛

  2. Haha j’ai adoré le couple des Muppets Show !!! Ils devaient être fendard !!!!

    Sinon la gamine est juste mal élevée, point. J’ai déjà fait les puces des deux côtés, et autant un adulte je peux accepter (même si j’ai un peu du mal, moi si on me dit un prix je râle mais je donne la somme), autant d’un gosse non. Si c’est pour qu’il croie que la vie c’est ça, non. Donc pour moi elle est juste mal élevée, surtout si elle réagit comme elle l’a fait.

    Sinon bien joué pour l’horloge, j’imagine la tête de ton frère quand il est revenu du pipi film!!!

    • Ah les deux fois où il était installé près de nous, le Muppet Show m’a fait ma matinée ! J’espère les revoir au printemps 😛

      Totalement d’accord pour la gamine qui marchandait, elle était mal élevée. Qu’elle négocie – même si ça m’a sidérée de voir une enfant aussi jeune faire ça – d’accord, mais qu’elle le fasse poliment. Le « tant pis pour vous » m’a fait halluciner.

      Haha pour l’horloge, j’étais réellement fière de moi ! J’ai d’ailleurs saoulé tout le monde avec cette anecdote durant les jours suivants XD

        • Imagine, la petite essaie de m’acheter un truc et refait son numéro de « dure en affaires »… En tout cas, elle a intérêt à être polie, j’adore les gosses mais je ne supporte pas les gamins mal élevés. A la place de la dame, je lui aurais fait une remarque, mais je pense que la dame a été trop surprise pour réagir 🙂

  3. Hahahaha, tu as vécu une superbe expérience. Je suis une fois allée aux puces aussi où ma belle-mère vendait des choses dont elle ne voulait plus et ça m’a plus gavé qu’autre chose. En même temps, je suis aussi une introvertie et les endroits remplis de monde ne m’attirent pas particulièrement donc je suis restée une demi-heure et je me suis cassée. Bah la prochaine fois j’ouvrirai mes karmas, peut-être que je passerai un bon moment aussi.

    • Etant agoraphobe et phobique sociale, je n’en menais pas large au début de la première matinée, j’ai même cru que j’allais faire une crise de panique au début ^^. Et je ne l’aurais jamais fait sans mon frère. Mais finalement c’était un bon exercice pour moi – et une mine d’or pour le blog 🙂

        • Alors toi, t’as pas peur de te faire afficher ^^ ! Tu sais que certain-e-s ami-e-s m’ont fait promettre de ne jamais raconter leurs boulettes sur mon blog ? Iels disent que c’est dangereux de traîner avec moi XD !

          (et je ne peux pas le 15, j’ai… un anniversaire ^^ !)

  4. J’adore ce genre d’article avec tout plein d’anecdotes 🙂
    Bien joué pour la pendule ! Et c’est vrai que dès que ça finit à 9$ c’est psychologique!

    • Oui c’est une technique bien connue, c’est pour ça que dans les magasins on trouve souvent des prix comme par exemple 9,99. Bon là j’ai mis à 9, parce que je n’avais pas envie de m’embêter avec les centimes ^^.

  5. Il s’en passe des choses lors des marchés aux puces dis donc ! Ton article m’a beaucoup rappelée les brocantes que je faisais plus jeune avec mes parents pour essayer de vendre les bricoles dont on voulait se débarrasser. C’était assez laborieux, surtout que cela se passait souvent sous la pluie haha
    En tout cas j’ai adoré lire chacune de tes anecdotes, surtout celle de l’horloge comtoise !

    Bisous
    Jennifer

    • Ah non mais je ne me doutais pas que j’allais tomber sur une telle mine d’or d’anecdotes ! Après, c’est peut-être aussi parce que je suis abominablement curieuse et que j’aime bien observer les gens, ou écouter ce qu’ils racontent ^^.

      Et merci beaucoup Jennifer 🙂

  6. J’adore faire les brocantes avec ma sœur… moi j’observe les gens et les comportements ( je suis une grande timide) et ma sœur parle à tout le monde c’est vraiment des journées où je rigole !! Et puis j’adore vendre car en arrivant tôt il y a plein de petits trésors à dénicher !!

    • Voilà, moi je laisse la tchatche au frangin et je me contente d’espionner en loucedé ^^ !

      Sinon je ne fais jamais les puces en tant qu’acheteuse seule, parce que j’ai horreur de négocier, du coup j’y vais toujours avec une personne qui n’a pas de problèmes avec ça et qui marchande donc à ma place 🙂

  7. Ha ha, eh bien c’était vivant comme expérience !! Je devais le faire aussi et puis j’ai eu la flemme, mais finalement, si les journées sont ponctuées de moments drôles comme ça, je vais me motiver un peu !

  8. Excellentes toutes ces anecdotes ! Et bien joué pour la pendule ! 🙂 Perso je déteste les brocantes et les puces, je m’y emmerde très vite, je n’aime pas chiner, tout le contraire de mon mari et ma fille qui y passeraient des heures. Mon fils, lui, est comme moi (ouf).

    • Merci Frankie, j’étais vraiment (beaucoup) trop fière de moi pour cette pendule ^^ !

      Sinon je dois dire qu’en tant qu’acheteuse, faire les puces me saoule très vite, je n’y reste jamais plus d’une heure et j’essaie d’y aller avant qu’il y ait trop de monde.

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