Deux fois Elizabeth Aston

Livres lus en 2011 et 2012 et initialement chroniqués sur la V1 du blog

Elizabeth Aston est une auteure de romances et d’austeneries. J’ai lu deux de ces dernières : Writing Jane Austen, que j’ai bien aimé, et Les filles de Mr Darcy, que j’ai trouvé médiocre.

Writing Jane Austen-Elizabeth Aston-Janeries-Caro Bleue Violette

Writing Jane Austen. Acclamée par la critique pour son premier roman, Georgina Jackson est bloquée dans la rédaction de son second livre. L’ennui, c’est que Georgina est à court d’argent : elle ne pourra bientôt plus payer le loyer de la chambre qu’elle loue chez Henry. C’est alors que Livia, son agent, lui propose d’écrire un livre à la façon de Jane Austen, à partir du manuscrit inédit de la romancière qu’on vient de découvrir et dont il n’existe qu’un seul chapitre. Georgina commence par refuser tout net : elle n’a jamais lu un seul roman d’Austen et n’a pas l’intention de commencer maintenant. Mais sa situation financière ne lui laisse guère le choix et la voilà embarquée dans cette drôle d’aventure au timing serré : elle a seulement trois mois pour écrire le roman demandé ! Ne voulant pas leur avouer qu’elle n’a jamais lu Austen de sa vie, et paniquée par la cadence d’écriture infernale qu’ils veulent lui imposer, Georgina s’acharne à éviter Livia ainsi que son éditeur. Elle se lance alors dans une hilarante course-poursuite avec eux, allant jusqu’à se réfugier à Bath, où elle espère qu’en visitant tous les lieux associés à Jane Austen, elle parviendra à s’imprégner de l’atmosphère nécessaire à la rédaction de son livre.

Georgina a beau être drôle et attachante, son côté « snob littéraire » la rend un peu exaspérante au début du roman : la jeune femme reproche à Jane Austen de ne pas être réaliste et de n’avoir décrit qu’une partie de la société dans laquelle elle vivait. Elle l’accuse même de « vendre du rêve » et la méprise tellement que lorsqu’elle accepte finalement d’achever le manuscrit, elle se dit qu’écrire à la manière de Jane Austen ne doit pas être plus difficile que d’écrire de la chick lit’ ou de la Young Adult, genres qu’elle méprise également. Son attitude m’a rappelé celle que j’ai pu rencontrer chez des gens n’ayant jamais lu Austen et qui qualifient ses romans de « trucs à l’eau de rose » – propos qui ont le chic pour donner des envies de meurtre au plus pacifique des Janeites (^^).Writing Jane Austen contient d’ailleurs des réflexions très intéressantes sur la passion que Jane Austen inspire à ses fans ; et le sujet des austeneries est également abordé dans une mise en abyme pleine d’autodérision.

Un culte qui peut paraître excessif aux yeux des autres : c’est exactement ce que pense Georgina qui ne comprend pas le comportement des Janeites qu’elle croise à Bath. L’auteur en profite également pour souligner gentiment les travers des fans comme par exemple leur tendance à « stigmatiser » ceux qui n’ont jamais lu Jane Austen, en mode « Commeeeeent ? Tu n’as jamais lu Jane Austen ? Pas possiiiiible ! ». Beaucoup de Janeites vont se reconnaître dans cette histoire qui ne peut que leur plaire. En revanche, si vous n’avez pas lu les romans d’Austen, vous risquez de vous sentir un peu perdu, d’autant que le récit est truffé de références et de clins d’œil au monde austenien.

Georgina finit cependant par lire les romans d’Austen et à partir de là, elle commence à comprendre les réactions qu’elle a pu observer chez les Janeites qu’elle a croisés. Elle réalise aussi que non, écrire à la manière de Jane Austen est loin d’être une tâche facile. Heureusement, elle peut compter sur l’aide d’Henry, son propriétaire ; de Maud, la sœur adolescente de ce dernier, qui adore Jane Austen ; et d’Anna, la gouvernante de la maisonnée. Et il n’est pas impossible qu’au passage, Georgina trouve son propre Mr Darcy !

Les Filles de Mr Darcy-Elizabeth Aston-Janeries-Caro Bleue Violette

Les filles de Mr Darcy. Vingt ans se sont écoulés depuis le mariage d’Elizabeth et Darcy, deux décennies durant lesquelles les héros d’Orgueil et Préjugés ont eu sept enfants : deux garçons et cinq filles. Des filles qu’ils envoient à Londres sous la garde du Colonel Fitzwilliam (le cousin de Darcy) lorsqu’ils partent pour un séjour de plusieurs mois à Constantinople.

Je pourrais résumer mes impressions sur ce livre en une seule phrase:  Darcy et Lizzy auraient mieux fait de rester nullipares ! :mrgreen:

Les sœurs Darcy sont donc au nombre de cinq et c’est loin d’être leur seule similitude avec les filles Bennet. Il y a d’abord Letty, l’aînée, considérée comme la beauté de la famille (comme sa tante Jane), mais malheureusement geignarde, étroite d’esprit et si persuadée de posséder la science infuse qu’elle passe son temps à faire la leçon à tout le monde. Vient ensuite Camilla, à priori le portrait craché de sa mère avec sa langue bien pendue, son esprit caustique et son côté bas-bleu – sauf que la demoiselle possède également un aspect superficiel qui gâche un peu l’ensemble. Les deux sœurs suivantes sont des jumelles, Belle et Georgina, aussi écervelées que Kitty et Lydia, ce qui m’a à la fois amusée et agacée : amusée, parce que Darcy ne supportait pas les petites sœurs de Lizzy qu’il jugeait ridicules et que je trouve ça hilarant qu’il doive à son tour se dépatouiller avec deux cruches du même acabit ; mais agacée car je ne trouve pas très cohérent le fait qu’Elizabeth, qui avait souvent honte de ses cadettes, ait laissé ses filles devenir ainsi, d’autant que les jumelles font largement pire que leur tante Lydia. Heureusement qu’Alethea, la dernière sœur, vient un peu remonter le niveau : musicienne talentueuse, elle partage avec Camilla l’esprit vif et ironique de leur mère ; mais là où sa sœur demeure somme toute assez conventionnelle, la plus jeune fille Darcy possède un caractère rebelle et entend bien mener sa vie comme elle l’entend – c’est de loin la plus intelligente et la plus intéressante du quintette, et c’est la sœur que j’ai préféré.

Autour des filles Darcy gravitent trois catégories de personnages : ceux directement issus d’Orgueil & Préjugés, ceux – comme les sœurs – qui sont des transpositions de personnages du roman d’Austen, et ceux qui sont totalement inventés. L’auteur ne s’est pas très bien débrouillée avec la première catégorie : j’ai par exemple eu beaucoup de mal à reconnaître le sympathique colonel Fitzwilliam de Jane Austen, devenu ici un rabat-joie aux idées étriquées. Idem pour les Gardiner (l’oncle et la tante d’Elizabeth), transformés en parvenus mondains qui ne correspondent pas du tout à ce qu’on voit d’eux dans O&P. Même Caroline Bingley, désormais Lady Warren, a perdu son mordant de peste absolue. Il n’y a guère que Lydia qui est restée fidèle à elle-même : elle a conservé son côté frivole et scandaleux. Les transpositions sont réalisées avec plus ou moins de bonheur : Mr Valpy, un pasteur pédant qui va insuffler un véritable zèle religieux à Letty, est une version de Mr Collins moins drôle et plus pénible ; et si j’ai bien aimé Alexander Wytton, c’est parce qu’il est une sorte de sous-Darcy – intéressant à sa manière mais pas aussi fascinant que son modèle (néanmoins, après Alethea, c’est le personnage que j’ai préféré). 

Le principal défaut de ce livre, c’est que l’intrigue est quasiment une copie conforme de celle d’Orgueil & Préjugés  avec certes quelques variations et inventions – et que par conséquent Les filles de Mr Darcy souffre énormément de la comparaison. Contrairement à Jane Austen, Elizabeth Aston a choisi de nous décrire sans fard la société au sein de laquelle les filles évoluent. Un parti pris qui n’est certes pas dépourvu d’intérêt (elle aborde par exemple le thème de l’homosexualité, plus que tabou à l’époque) mais qui aurait été plus efficace si le roman n’était pas aussi calqué sur O&P : là, le lecteur a juste l’impression de lire un récit de Jane Austen légérement trash, un aspect assez perturbant lorsqu’on est habitué à la subtilité austenienne, et qui paraît donc déplacé dans une intrigue qui emprunte autant à l’œuvre dont elle est dérivée.

Néanmoins, j’avoue avoir pris plaisir à suivre les velléités de rébellion d’Alethea, l’égarement religieux de la désolante Letty, les idioties de jumelles, et surtout le chassé-croisé de Camilla et Mr Wytton. En fait Les Filles de Mr Darcy aurait mieux fonctionné s’il ne s’était justement pas agi des filles d’Elizabeth et Darcy ! Le roman aurait-il été écrit avec des personnages originaux, sans autre point commun avec O&P que l’époque de la Régence, qu’il aurait été assez plaisant à lire. Mais en tant que suite du livre le plus populaire de Jane Austen, il est malheureusement très loin d’être une réussite.

2 réflexions au sujet de « Deux fois Elizabeth Aston »

  1. Bon le premier ne me tente pas du tout. J’avais gagné le second dans un concours chez Alice, cela me rappelle que je ne l’ai toujours pas lu, en même temps, les avis ne m’ont jamais vraiment donné envie mais il faudra que je le lise rien que pour rire un bon coup !

    • Ah oui, parce c’est effectivement drôle 🙂 Je me marrais rien qu’en imaginant le pauvre Darcy affligé de péronnelles pareilles ! Elizabeth, elle, avait de l’entraînement grâce à ses petites sœurs 😛

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