L’histoire d’Edgar Sawtelle (Throwback Thursday #5)

Throwback Thursday est un rendez-vous créé par Bettie Rose et qui nous permet de revenir sur un livre qu’on a lu il y a quelques temps. Le thème de cette semaine étant Wild Life (un livre qui évoque des animaux, domestiques ou sauvages mais qui ne sont pas nécessairement les héros de l’histoire), j’ai décidé de vous parler d’un roman lu en 2010 et pour lequel j’avais eu un gros coup de cœur : L’histoire d’Edgar Sawtelle, de David Wroblewski.

(La chronique de ce livre avait initialement été publiée en 2010 sur la V1 du blog)
Histoire Edgar Sawtelle - David Wroblewski - Throwback Thursday - Caro Bleue Violette

Edgar Sawtelle est une histoire de chiens.

Voilà une drôle de façon de résumer un livre, me direz-vous… et pourtant. L’histoire que nous raconte ce roman débute avec des chiens et se termine avec des chiens. Ces derniers sont le fil conducteur du récit, ils en sont les témoins. Cette histoire pourrait même être racontée par eux. Alors certes, c’est l’histoire d’Edgar Sawtelle. Mais c’est aussi l’histoire des chiens Sawtelle, des chiens hors du commun.

Le livre débute par un mystérieux prologue : nous sommes en Corée du Sud, en 1952, et un homme dont on ignore l’identité achète une bouteille d’un étrange poison à un herboriste. Puis nous retournons dans les années 20, à l’époque où le grand-père d’Edgar fonde l’élevage de chiens Sawtelle, basé sur des croisements de chiens ayant fait preuve de capacités exceptionnelles et sur une méthode de dressage bien particulière faisant appel à l’intelligence naturelle des animaux. Les parents d’Edgar, Gar et Trudy, ont repris l’élevage et c’est donc parmi les chiens que le petit garçon grandit.

Edgar, qui vient au monde en 1958, n’est pas un enfant comme les autres : il est muet. Pourtant il n’est pas sourd et les médecins ne parviennent pas à comprendre pourquoi il ne parle pas : il n’y a apparemment rien qui cloche chez lui – simplement, il n’émet aucun son. Cela n’a aucune importance pour ses parents qui lui apprennent très tôt à s’exprimer en langage des signes. C’est également de cette façon qu’il communique avec les chiens : chiens avec lesquels il entretient une relation extraordinaire, surtout avec sa chienne Almondine.

D’autres rêves de trouver l’âme sœur, eux, ils avaient été quasiment conçus en même temps, ils avaient grandi ensemble et, aussi étrange que cela puisse paraître, elle était son double.

L’amitié fusionnelle d’Edgar et Almondine est l’aspect du roman le plus émouvant et celui que j’ai préféré. La chienne n’a qu’un an lorsqu’Edgar naît et dès qu’elle aperçoit ce nourrisson silencieux, Almondine comprend que son rôle sera désormais de veiller sur lui, voire de lui servir de vecteur de communication si nécessaire. Trois chapitres du livre sont écrits du point de vue de la chienne, trois chapitres magnifiques. Pour moi, Almondine est le personnage le plus bouleversant de ce récit.

La première partie du roman, qui décrit l’enfance d’Edgar (une enfance heureuse entre ses parents et les chiens de l’élevage), est plutôt lente : l’histoire se déroule tranquillement, donnant l’impression que la ferme des Sawtelle est une bulle préservée du reste du monde. Cependant, l’année des quatorze ans d’Edgar, son oncle Claude (le frère de Gar) vient s’installer à la ferme et les premières fissures commencent à apparaître. Puis un drame survient et la bulle éclate pour de bon. A partir de là, le rythme du récit s’intensifie et l’on ne peut plus lâcher le livre jusqu’à la fin, une fin que l’on pressent brutale, tout en espérant vivement se tromper.

Edgar est un personnage infiniment attachant, impossible de ne pas l’aimer. J’ai d’ailleurs trouvé que c’était l’un des tours de force de l’auteur. En effet, le récit est écrit à la troisième personne, de différents points de vue, ce qui peut parfois induire une certaine distance – et malgré tout on a vraiment l’impression d’être dans la peau de l’adolescent. Dès le départ, on est acquis à sa cause, on ne comprend pas l’attitude de sa mère, on déteste son oncle Claude (personnage antipathique et manipulateur) aussi viscéralement que lui et on espère qu’il parviendra à atteindre l’objectif qu’il s’est fixé. J’ai aussi eu un coup de cœur pour le personnage d’Henry Lamb, pour sa bonté et sa générosité.

L’autre grand atout de L’histoire d’Edgar Sawtelle, c’est sa splendide écriture. Et là aussi, ce n’était pas évident, parce qu’Edgar étant muet, le livre contient très peu de dialogues : c’est vraiment un récit « silencieux », qui comporte de nombreuses descriptions, ce qui aurait pu s’avérer ennuyeux si la plume de David Wroblewski n’avait pas été aussi magistrale. De même, l’irruption d’éléments surnaturels dans une histoire où à priori l’on ne s’attend pas à en rencontrer est tellement bien amenée qu’elle ne semble pas déplacée. 

Il y a quelque chose dans L’histoire d’Edgar Sawtelle qui fait que ce livre soutient la comparaison avec des chefs-d’œuvre du genre (le monde vu par un enfant ou un adolescent), comme Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee ou L’attrape-cœurs de J.D Salinger (deux livres que j’adore). Ce roman m’a tout simplement soufflée.

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