Feeling Good de Fleur Hana, ou quand j’apprécie un roman érotique

Je vais être honnête avec vous : si Feeling Good n’avait pas été écrit par une copine, je ne l’aurais probablement jamais lu. :mrgreen:

La romance érotique est en effet très loin d’être ma tasse de thé : non seulement les scènes de sexe ont généralement tendance à m’ennuyer, mais de plus j’ai beaucoup de mal lorsqu’elles sont écrites de façon crue et détaillée – je trouve cela bien plus érotique lorsque c’est subtil et suggéré. J’ai d’ailleurs détesté les deux erotica que j’ai lus par curiosité à l’époque où le genre commençait à faire rage, à savoir le premier tome de la série Fifty Shades of Grey et le premier tome de la série Crossfire de Sylvia Day.

J’étais donc assez sceptique en ouvrant Feeling Good (« mais alors pourquoi l’avoir lu ? », me demanderez-vous. Eh bien, tout simplement parce que j’avais envie de soutenir Fleur). Eh bien vous savez quoi ? J’ai été agréablement surprise parce que je ne m’attendais pas à apprécier autant. Et non je ne dis pas cela parce que l’auteure est une copine : si vous me suivez régulièrement, vous savez que je dis toujours ce que je pense sur un livre, que mon avis soit positif ou négatif.

Feeling Good - Fleur Hana

Un samedi soir où elle a un peu trop bu, Sarah Jones (la référence à Bridget est voulue), jeune femme de 28 ans célibataire depuis plusieurs mois, parie avec son ami Bastien qu’elle est capable de draguer n’importe quel mec qu’il lui désignera. Le choix de Bastien se porte sur Sandro, avec lequel Sarah s’empresse de partager une danse langoureuse… sans se douter qu’il s’agit de son nouvel assistant, ce qu’elle découvre le lundi matin suivant.

Commençons avec les aspects qui ne m’ont pas plu : car oui, bien que j’ai apprécié ma lecture, Feeling Good reste une romance érotique, ce qui signifie qu’il y a certaines choses qui m’ont fait lever les yeux au ciel.

Passons sur le langage cru (qui pour moi nuit à l’érotisme) et les scènes de sexe que j’ai trouvées trop nombreuses et trop détaillées, parce que duh, c’est un erotica, je savais à quoi m’attendre, d’autant que Fleur m’avait elle-même mise en garde (elle a d’ailleurs flippé quand je lui ai dit que je commençais son roman ^^).

J’ai eu beaucoup de mal avec le côté dominateur de Sandro et celui soumis de Sarah en matière de sexe (attention, il n’est cependant pas question de BDSM ici. Ni de milliardaire psychopathe. Coucou Christian) : personnellement, si un mec me sortait une seule des répliques que Sandro se permet de balancer à Sarah au lit, il se prendrait directement mon poing dans la figure. Dans la même veine, j’ai détesté les « compliments » que Sandro fait à Sarah sur ses prouesses sexuelles, et qui pour moi sont problématiques d’un point de vue féministe (je fais partie de celles qui pensent que le féminisme doit également s’inviter dans la chambre à coucher, mais je sais que beaucoup de femmes ne partagent pas cette opinion). Même si Sarah est parfois la dominante, on a souvent l’impression qu’elle est totalement esclave de ses hormones (à noter toutefois qu’elle n’a aucun mal à remettre Sandro à sa place lorsqu’il se montre jaloux et possessif).

Cela dit, Sarah en est parfaitement consciente et nous fait d’ailleurs régulièrement remarquer qu’elle est pathétique, qu’elle n’a aucun amour-propre et qu’elle est « la honte de toutes les féministes de la planète ». L’allusion au féminisme m’a beaucoup intéressée parce que je trouve que Sarah est assez représentative d’une problématique de notre génération : certaines féministes pensent en effet que d’une certaine manière la libération sexuelle s’est retournée contre nous – avis que je partage. De nos jours, la femme occidentale, extrêmement sexualisée par la société, est en quelque sorte « obligée » d’être sexuellement libérée sous peine d’être considérée comme anormale (ce qui arrive très vite lorsque vous refusez certaines pratiques, croyez-moi. Et je parle pas même pas de la façon dont vous êtes considérée si vous êtes asexuelle). D’un autre côté, les femmes comme Sarah, qui sont très libérées sexuellement, s’inquiètent constamment d’être perçues comme des traînées à la morale douteuse. Bienvenue dans notre société patriarcale complètement schizophrène où vous avez le choix entre prude-shaming et slut-shaming, mesdames (oui Fleur, tu vois, la lecture de ton livre a déclenché une réflexion sociétale chez mes neurones).

Sandro fixe Greg. Greg fixe Sandro. Je fais mentalement un gros plan des yeux de l’un, de l’autre, Sergio Leone aurait été fier de moi. Une grosse boule de ronces traverse le restaurant pile à ce moment. Non, je déconne, ce n’est pas la saison.

Passons à ce qui m’a plu dans Feeling Good. A commencer par Sarah qui, en dépit de son goût questionnable en matière d’hommes (c’est là que j’avoue que je ne suis pas du tout fan de Sandro. Bon, au moins il ne triangule pas la position du téléphone de Sarah pour mieux la stalker, c’est déjà ça. Recoucou Christian), m’a beaucoup amusée avec son imagination débordante et sa façon souvent imagée de s’exprimer. L’humour est de toute façon l’un des deux principaux atouts de ce roman : on y retrouve certes tous les codes et clichés de la romance érotique mais détournés de façon aussi astucieuse qu’hilarante. J’ai adoré l’aspect « parodie d’erotica » du livre qui permet de passer plus facilement sur des détails qui m’auraient sérieusement fait tiquer en temps normal (par exemple, Sarah a une nette tendance à inonder instantanément sa petite culotte dès que Sandro la regarde, ce qui a pour conséquence que ces deux-là zappent généralement les préliminaires : sauf que ce n’est pas vraiment comme cela qu’une femme fonctionne) et j’ai énormément ri pendant ma lecture. En outre, le côté décalé atténue un peu la vulgarité de certaines scènes (et certains termes), ce qui est un plus si comme moi vous détestez le langage cru.

L’autre atout de Feeling Good, c’est son écriture : vive, moderne, désopilante et pleine de petites trouvailles narratives. J’ai beaucoup aimé une révélation sur le passé de Sandro qui constitue un élément plutôt atypique en romance ; et en tant que childfree, j’ai également apprécié une autre composante de l’histoire. J’ai adoré la multitude de références générationnelles qui parleront à tous ceux qui sont nés dans les années 80 (et leur fileront un coup de vieux au passage, merci Fleur, hein).

Sachez enfin que dans Feeling Good on assiste à des réunions du FLV (Front de Libération du Vagin) et qu’on croise Ian Somerhalder (ou presque). Et Matthew Bellamy, of course, le titre étant une référence à une chanson de Muse, une des grandes passions de l’auteure 

 

Avec Feeling Good, Fleur Hana a donc réussi l’exploit de me faire passer un bon moment avec de la romance érotique (vous pouvez applaudir la demoiselle parce que le Dieu des auteurs d’histoires de fesses sait que ce n’était pas gagné). Cela dit, soyons clairs, l’erotica continuera à être plus que marginal dans mes lectures et Feeling Good demeurera probablement une exception à la règle !

28 réflexions au sujet de « Feeling Good de Fleur Hana, ou quand j’apprécie un roman érotique »

  1. Coucou Caro,
    Tu serais bien copine avec ma copine Coryne Vezien, elle aussi fait des claquettes!
    Tu aimerais certainement Abby Soffer Love in Dream.
    Moi non plus je n’étais pas du tout littérature érotique, 50 nuances pouah sans être trop critique mais là elle m’a réconciliée avec la lecture, sérieusement…
    Dis moi ce que tu en penses 😉

    • Mouarf je fais des claquettes seulement en rêve, en vrai j’ai une coordination digne d’une otarie bourrée donc c’est déjà bien que je sois capable de mettre un pied devant l’autre sans me casser la binette tous les deux pas (je me la casse seulement tous les trois. Ha).

      Je pense qu’on peut se permettre d’être aussi critique qu’on veut avec Fifty Shades, ce n’est pas comme si on allait nuire aux ventes du livre, hein 😛 Bien que l’érotique ne soit pas ma tasse de thé, j’aurais pu comprendre l’engouement si cela avait été bien écrit et si on n’avait pas envie de secouer fortement l’héroïne pour lui remettre le cerveau en place et de déposer une main courante contre le héros, mais le style de James est d’une pauvreté à faire pleurer 🙂

      J’irai jeter un œil sur Abby Soffer !

  2. Tu es la seule personne dont je lis des critiques littéraires (en général je ne trouve pas ça intéressant, je préfère me faire mon propre avis. Mais je sais pas, y a un truc dans ta plume qui fait que j’adore lire tes reviews), et surtout la seule qui me donnerait presque envie d’acheter un roman érotique. Alors GG pour ça 😀

    • Oh waouh, merci beaucoup Rachel, ça me fait super plaisir ce que tu me dis. J’essaie de m’amuser en écrivant mes chroniques (et mes articles en général) et c’est chouette de savoir que ça transparaît 🙂

  3. Je ne suis pas fan des romances érotiques et de moins en moins des scènes explicites dans les romances chick-lit pour les raisons que tu donnes. Du sexe oui mais les mots crus et les prises en levrette, voire plus, dès le premier soir, bof. Ça ne me fait pas rêver. Mais là, tu me donnerais presque envie de lire ce roman de Fleur Hana ! 🙂 Mais je pense que je commencerai avec un autre de ses romans, j’ai très envie de lire Les bottes rouges.

    • Les scènes de sexe trop détaillées me donnent toujours l’impression d’assister à un cours de biologie sur la reproduction humaine donné par un prof particulièrement pervers ! 😛

      Dans Feeling Good, c’est explicite, hein, mais les points forts le sont suffisamment pour compenser tout ce que je n’aime pas dans les romances érotiques. Quand c’est drôle et bien écrit, ça passe tout de suite mieux 🙂

      Je n’ai pas lu « Les bottes rouges » mais j’en ai entendu de bons échos.

      • Très drôle le parallèle avec le cours de biologie, il y a de ça ! Moi c’est surtout que j’ai l’impression qu’on m’oblige à regarder un film porno, ce qui n’est pas ma tasse de thé et d’être une voyeuse.

  4. Alors moi j’adoooooore la romance érotique (j’ai moi-même écrit quelques nouvelles non publiées). En général je trouve ma came chez HQN (une branche d’Harlequin)
    Ça fait un moment que je n’ai pas pris le temps de lire, puisque je suis en mode métro, boulot, marmot, blog et projet de création d’entreprise… Mais une semaine de vacances se profile et tu m’as donné envie d’aller jeter un œil sur ce bouquin ! Affaire à suivre !

    • Haha, bien vu, je n’avais pas fait attention que l’ombre est stratégiquement placée 😛 ! Je n’ai pas du tout fait exprès, je suis nulle en photo, pour moi une photo réussie est une photo qui n’est pas floue ^^. (et merci !)

  5. Oh y’a pas de bouton like !! J’aurais liké deux fois 😀 Comme toi, je préfère l’érotisme subtil. On m’a dit que Crossfire était bien mieux que Fifty Shades mais je n’ai pas réussi à le finir. Le sexe est à la mode et se vend très bien du coup tout le monde s’y met. Je trouve ça dommage. Je n’aime pas la tendance de la société à prôner le libertinage.

    • Crossfire est mieux écrit que Fifty Shades mais vu le niveau de Fifty ce n’est pas bien difficile 😛
      Après les scènes de sexe m’ont donné l’impression d’assister à un cours d’anatomie et j’ai eu un souci avec le problème du héros qui le rend dangereux pour l’héroïne.

      Perso, ce n’est pas la promo du libertinage qui m’ennuie mais plutôt les relations souvent problématiques d’un point de vue féministe des personnages. Fifty Shades n’est par exemple pas une relation BDSM pour moi mais une histoire de relation abusive, voire de violence conjugale. Dans la vie réelle, n’importe quelle nana un peu sensée aurait appelé les flics à la minute où le mec lui avoue avoir tracé son téléphone portable pour savoir où elle est. Le rapport de force est aussi problématique. Si les deux héros étaient tous deux milliardaires et possédaient la même expérience sexuelle, ça m’aurait posé moins de problème. Mais là Christian est le dominant et veut avoir le contrôle absolu sur Ana.

      Bref la romance érotique ne me dérange pas en soi, c’est lorsqu’elle véhicule des messages malsains qu’elle me pose un problème 🙂

  6. Je lis de moins en moins mais ce genre de livre pas du tout ! Comme toi le langage cru me dérange et le peu que je lis doit me faire rêver et non me faire rougir !

    • Oui voilà, le langage cru ne me fait pas du tout rêver, et m’émoustille encore moins, c’est même le contraire, c’est un tue-désir pour moi 😛

  7. Petit passage éclair chez toi, Caro ! Cette lecture n’est pas pour moi. Je suis comme toi, j’aime la subtilité et je suis très vieux jeu sur le discours qui se veut érotique. Bonne chance à ton amie.

    • Ah c’est sûr qu’ici les scènes de sexe n’ont rien de subtil mais elles sont souvent décalées de façon humoristique et c’est cela qui a vraiment fonctionné pour moi dans Feeling Good 🙂

      Sinon ça marche bien pour Fleur, elle sort bientôt le premier tome d’une trilogie. Romance toujours mais pas érotique cette fois !

    • Je pense que pour tester le genre, Feeling Good peut en effet être un bon candidat avec son côté parodique et décalé 🙂

  8. J’en lisais il y a un bon moment, plus sous forme de petites nouvelles, et j’en avais découvert des sympas, mais j’avoue ne plus m’être plongée dans ce type de lecture depuis un moment !
    (mais oui, no zob in job :D)

    • En matière de nouvelles érotiques, il y a quelques années, avec des copines blogueuses, on a eu un délire consistant à lire des histoires érotiques paranormales : c’était ultra-débile mais qu’est-ce qu’on s’est marrées ! :mrgreen:

        • Ce sont des histoires qui mettent en scène des nanas généralement pas très futées qui se retrouvent aux prises avec des êtres surnaturels, genre fantôme ou homme invisible (loup-garou aussi, je me souviens d’en avoir lu une avec un loup-garou qui était tordante) ; ou alors des créatures improbables… et avec qui elles se retrouvent à faire des galipettes 😛 C’est souvent hyper mal écrit et à mourir de rire !

          Dans le même genre, à un moment c’était la mode du dinoporn – des histoires où des filles se retrouvent à faire des trucs avec des dinos… Je n’en ai jamais lu, j’ai eu peur de ne plus pouvoir regarder Jurassic Park de la même façon ensuite 😆

  9. Coucou
    Ce n’est pas non plus mon genre littéraire préféré ( je lis surtout des thrillers) mais comme on dit, il en faut pour tous les goûts. ^^

    • Exactement 🙂
      Comme l’érotique, le thriller n’est pas trop ma came (je préfère les policiers à l’ancienne type Agatha Christie) mais il m’arrive de tomber sur des exceptions à ma règle.

Dites un truc chouette, un truc à paillettes, un truc qui fait des claquettes ou même un truc qui n'a ni queue ni tête :-)