Jane Actually – Jennifer Petkus

Après ma relecture de Northanger Abbey, je me sentais « d’humeur Jane » : j’en ai donc profité pour lire quelques austeneries qui attendaient depuis un bon moment sur mes étagères, en commençant par Jane Actually de Jennifer Petkus, un roman contemporain dont l’héroïne n’est autre que Jane Austen elle-même… en quelque sorte ! 

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Le problème avec les austeneries, c’est qu’à la longue elles finissent par se ressembler : aussi, lorsque je suis tombée sur ce roman au pitch original, j’ai aussitôt eu envie de le lire (dit-elle en tentant d’ignorer le regard indigné dudit roman qui a passé plus de deux ans dans sa PAL avant qu’elle daigne l’en sortir). Jane Actually se passe en 2011, dans une réalité légèrement alternative à la nôtre : dix ans plus tôt, on a découvert que l’âme survit après la mort et on a inventé l’AfterNet, un système informatique pour que les personnes décédées – désormais désignées sous le terme de « désincarnées » (disembodied) – puissent non seulement communiquer entre elles (ce qui n’était pas possible jusque-là – je dois d’ailleurs dire que la vision de l’au-delà de Jennifer Petkus m’a un peu angoissée ^^) mais également avec les vivants. Parmi ceux qui « reviennent » se trouvent évidemment des gens célèbres, qui doivent passer devant un comité pour prouver leur identité : c’est justement ce que vient de faire Jane Austen. Dans la foulée, elle publie enfin la version complète de Sanditon (le roman qu’elle écrivait au moment de son décès et qui est resté inachevé) et entame un book tour, accompagnée de Melody, son agent, et de Mary, son avatar (les désincarnés étant invisibles, ils engagent parfois des vivants pour les représenter).

Jane qui « ressuscite », écrit de nouveau (elle tient même un blog !) et part en tournée ? Vous comprenez pourquoi je n’ai pas pu résister à un tel postulat ! Restait à savoir si le récit serait à la hauteur. Verdict: il l’est ! 

Pour commencer, je trouve le portrait de Jane Austen réussi. Petkus est parvenue à créer une Jane qui correspond à notre imaginaire (en tout cas au mien) : ironique et vive d’esprit, parfois mélancolique, et qui parle encore souvent de la même façon que ses héroïnes, avec ces délicieuses tournures de phrase qui font le bonheur des Janeites. D’un autre côté, après presque 200 ans d’errance solitaire au cours de laquelle elle a été témoin des révolutions industrielles et technologiques, ainsi que des grands événements historiques, cette Jane est forcément différente de celle qu’elle fut lors de son vivant. Ce qui lui créé d’ailleurs un problème d’identité : entre Régence et  XXIsiècle, Jane ne sait plus trop où se situer ; d’autant plus qu’avec la publication de Sanditon, son lectorat s’attend à voir la Jane Austen du début XIXe. De même, son éditeur aimerait bien qu’elle termine également The Watsons, autre roman resté inachevé, alors qu’elle souhaite écrire désormais des récits plus modernes.

De plus, Jane doit aussi lutter pour prouver son identité: sa réapparition cause en effet des dissensions au sein des Janeites, certains refusant de croire qu’il s’agit bel et bien de la véritable Jane Austen. Le retour de Jane remet en effet en cause toutes les recherches faites à son sujet ainsi que le business autour de son nom : c’est la panique chez les universitaires et les auteurs d’austeneries !

You should now by now that I can no longer be defined by my words or actions from when I was alive.

J’ai adoré suivre Jane Austen dans ce book tour et voir son amitié avec Mary (Crawford, comme un des personnages de Mansfield Park) se développer. De nombreux Janeites réagissent avec enthousiasme au come-back de Jane et cela donne lieu à des passages sympathiques et souvent très drôles – notamment ma scène préférée (et hélas trop brève) du roman, celle où Jane rencontre Colin Firth et où ces deux-là flirtent légèrement (je pense que tout mon immeuble m’a entendu couiner quand j’ai lu ça 😛 ). Je me suis également surprise à envier ces gens qui rencontrent Jane et qui commencent à faire la queue devant les librairies la veille de la sortie de Sanditon, parce que qu’est-ce que je ne donnerais pas pour la rencontrer et lire un nouveau livre d’elle ! En fait, dans Jane Actually, Jennifer Petkus met en scène le fantasme de beaucoup de Janeites et assurément mon plus gros fantasme littéraire. Il ne me reste plus qu’à espérer qu’un jour quelqu’un invente l’AfterNet !

Des bémols ? Oui, le récit manque parfois de rythme, certains passages sont trop longs, d’autres pas forcément nécessaires (à noter qu’il s’agit d’un livre auto-édité). Il n’en reste pas moins très bien écrit.

Je termine sur une précision : il n’est pas nécessaire d’avoir lu Sanditon pour lire Jane Actually (personnellement, je suis juste allée voir un résumé en ligne. Eh non, je n’ai pas encore lu Sanditon, parce que je sais que cela va briser mon petit cœur de Janeite quand je vais arriver à la fin des chapitres écrits par Jane) ; en revanche, j’estime qu’il faut avoir lu ses six romans majeurs pour pouvoir s’y retrouver, sinon il y a beaucoup de références qui vont vous échapper. De toute façon, Jane Actually est clairement destiné aux Janeites !

2 réflexions au sujet de « Jane Actually – Jennifer Petkus »

  1. Je l’avais repéré lors de sa sortie mais je ne savais pas du tout ce qu’il valait. Je le note ! Ca m’a l’air pas mal du tout et follement original. J’aime bien le concept 🙂

    • Oui le postulat est vraiment original, et comme je le dis, malgré quelques petites imperfections, il est vraiment bien écrit – surtout pour un roman auto-édité (je dis ça parce que les austeneries auto-éditées c’est souvent la cata. Cela dit on peut également dire ça de pas mal d’austeneries éditées traditionnellement ^^ ).

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