Janeites are everywhere

Mon mois de janvier 2016 fut décidément placé sous le signe de Jane Austen, puisqu’après avoir relu Northanger Abbey et lu Jane Actually, j’ai lu trois janeries : Among the Janeites, un ouvrage de non-fiction; et deux austeneries contemporaines, Definitely Not Mr Darcy et Jane Austen Ruined My Life

Among the Janeites de Deborah Yaffe

Among the Janeites – Deborah Yaffe. Un voyage à travers Austenland, ça vous dit ? C’est l’expérience à laquelle s’est livrée Deborah Yaffe – journaliste et Janeite elle-même – en décidant d’explorer le Jane Austen Fandom.

Si j’ai bien aimé ce livre que j’ai jugé fort intéressant, j’ai cependant deux reproches à lui faire. D’abord, je l’ai trouvé un peu fouillis : de 1811 (date de la publication de Sense & Sensibility) à nos jours, l’engouement pour Jane Austen a connu plusieurs phases qui sont certes abordées dans Among the Janeites mais dans le désordre ; or j’aurais trouvé plus judicieux qu’elles le soient de façon chronologique afin que l’on puisse clairement suivre l’évolution de l’Austenmania. Ensuite, j’ai trouvé l’exploration menée par Yaffe trop superficielle. Chaque chapitre d’Among the Janeites est dédié à un aspect particulier du fandom austenien et beaucoup de ces aspects ne sont finalement qu’effleurés : j’aurais aimé quelque chose de plus profond et de plus complet – en fait, ce livre m’a laissée sur ma faim.

En dépit de ces deux bémols, Among the Janeites est très instructif pour quiconque s’intéresse au phénomène Jane Austen, et c’est indéniablement un récit dans lequel de nombreux Janeites se reconnaîtront. J’ai notamment apprécié l’introduction dans laquelle Deborah Yaffe décrit remarquablement bien les deux facettes du phénomène Jane Austen (Nearly two centuries after her death, Jane Austen has a secure home in two very different worlds: the solemn pantheon of classic English literature and the exuberantly commercial realm of pop culture. She is the ultimate crossover artist, equally welcome at Yale and on YouTube) et donne une définition pertinente du Janeism :

For as long as Austen fans have been called Janeites, the word has signified more than a simple fondness for the six great novels. A Janeite is someone who feels an intensely personal affection for the writer  and her books. Janeites loves Austen’s novels, but the also feel close to the author herself, whom they often call « Jane », as if she were a neighbor whose kitchen door they could knock on to borrow a cup of sugar. […] In Austen’s stories, Janeites find not just entertainment but an inexhaustible source of wisdom, comfort, and insight. 

Definetely Not Mr Darcy - Karen Doornebos

Definitely Not Mr Darcy – Karen Doornebos. Chloe Parker, mère célibataire de 39 ans, est un peu désespérée : son affaire d’imprimerie prend l’eau et elle est sur le point de perdre sa maison. Aussi, lorsqu’elle tombe sur un casting pour une émission de télé-réalité dans laquelle les candidats doivent vivre comme dans l’Angleterre de 1812 tout en répondant à des questions, Chloe, Janeite émérite, n’hésite pas une seconde à s’y inscrire, persuadée que ses connaissances sur Jane Austen lui permettront de remporter le jeu ainsi que les 100 000 $ promis au vainqueur. Une fois arrivée sur le lieu de tournage, Chloe découvre cependant que l’émission a été requalifiée en une sorte de Bachelor époque Régence : elle et sept autres candidates doivent désormais concourir pour gagner le cœur du beau et riche Mr Wrightman – la première à décrocher une demande en mariage remporte le jeu.

Ce livre m’a rappelé deux choses : Austenland de Shannon Hale (dont j’ai parlé ici), où l’on retrouve le principe de vivre comme à l’époque de Jane Austen et l’émission de téléréalité Regency House Party, que j’ai vue il y a quelques années et qui m’avait beaucoup amusée (l’émission est disponible sur Youtube). Le principe de la reconstitution est toujours très intéressant parce qu’il permet de démythifier l’époque de Jane Austen et de nous montrer l’envers du décor : des traitements médicaux rudimentaires, une hygiène approximative et une condition féminine absolument déplorable (élément qui n’est d’ailleurs pas occulté dans les romans de Jane Austen) – fait qu’il est toujours bon de se remémorer lorsqu’on soupire un peu trop après Mr Darcy et qu’on se surprend à dire qu’on aimerait vivre dans Pride & Prejudice. C’est l’aspect de Definitely Not Mr Darcy que j’ai préféré.

Pour le reste… L’histoire n’a rien de surprenant et on sait dès le départ comment elle va se terminer. Chloe, l’héroïne, n’est pas particulièrement attachante (et plutôt obtuse). De plus, la plume de l’auteur est assez médiocre : le style est plat et certaines phrases sont carrément mal construites. Bref, une austenerie distrayante mais largement dispensable.

Jane Austen Ruined My Life de Beth Pattillo

Jane Austen Ruined My Life – Beth Pattillo. Après avoir surpris son mari avec une autre et été renvoyée à tort pour plagiat par l’université où elle enseignait, Emma Grant s’envole pour Londres où elle pense avoir une piste pour retrouver certaines des lettres perdues de Jane Austen (dans l’œuvre de laquelle elle est spécialisée), découverte qui lui permettrait de remettre sa carrière sur pied – mais pas seulement. En effet, Emma poursuit un autre objectif : persuadée que Jane Austen est responsable de l’échec de sa vie sentimentale, la jeune femme espère prouver avec ces lettres que Jane a eu une histoire d’amour malheureuse, et que les happy endings de ses romans sont donc une « arnaque ».

Je vous rassure, moi aussi j’ai halluciné en lisant ça. Que l’on considère que les histoires d’Austen ont eu un impact sur sa vie amoureuse, je le comprends très bien : je suis bien placée pour savoir que faire la connaissance de Mr Darcy et du Captain Wentworth à 12 ans peut vous donner des attentes irréalistes (^^) et Jane Austen Ruined My Life m’a d’ailleurs donné matière à réflexion à ce sujet. En revanche, j’ai trouvé ridicule le fait qu’Emma en veuille à Jane pour cette raison et son délire m’a pas mal agacée tout au long du récit. Ajoutez à cela que la plume de Beth Pattillo n’est pas géniale et que le texte contient une erreur qui m’a fait bondir au plafond (à un moment, Emma parle des Rushworth de Mansfield Park alors que ce sont les Bertram qui y vivent !) et vous aurez compris que cette austenerie est loin de m’avoir emballée. Néanmoins l’aspect « chasse au trésor » est plutôt sympa et la fin un peu moins cliché que ce à quoi je m’attendais.

Et vous, avez-vous lu des austeneries sympas ces derniers temps ?

4 réflexions au sujet de « Janeites are everywhere »

  1. J’avais beaucoup aimé Among the Janeites mais il y a en effet tellement de choses à dire sur le phénomène et le « fandom » Jane Austen que je suis restée sur ma faim. Il faudrait un tome 2 en fait ^^

    Jane Austen ruined my life ne m’avait pas plu. Je crois même que ce roman m’avait dégoûtée de lire des romans dérivés de JA pendant un moment. De ceux que j’ai lus, c’est avec Austenland, celui dont je garde le plus mauvais souvenir 🙁

    Sinon, dernièrement, j’ai lu et beaucoup, beaucoup aimé A Visit to Highbury de Joan Austen-Leigh. Comme son titre l’indique, il s’agit d’un livre inspiré d’Emma. C’est un roman épistolaire dans lequel on suit la correspondance entre Mrs Goddard (la directrice du pensionnat pour jeunes filles où est Harriet) et sa sœur, qui vit à Londres. C’est vraiment très sympa et bien écrit. Je te le conseille, si tu ne le connais pas encore 🙂

    • Un tome 2 d’Among the Janeites serait une bonne idée ! (Deborah, si tu passes par là… ^^)

      Ah carrément pour le Pattillo ? 😛 Mais c’est clair que cette austenerie est largement dispensable. Austenland, j’avais trouvé ça sympa sans plus (je crois me rappeler que là aussi, l’héroïne m’avait tapé sur le système).

      Je note pour le Joan Austen-Leigh ! Je tiens une wish-list austeneries en prévision de l’année prochaine et du bicentenaire de la mort de Jane 🙂

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