Mange, prie, aime – Elizabeth Gilbert

A 31 ans, la journaliste et auteure américaine Elizabeth Gilbert réalise brusquement qu’elle ne veut plus de la vie qu’elle mène. Elle quitte alors son mari et se lance presque aussitôt dans une autre histoire d’amour qui se termine mal. Dépressive, rongée par le doute, Liz ne sait plus où elle en est : son divorce se passe mal et elle ne sait plus quoi faire pour aller mieux. Au bout de deux ans d’épreuves, elle décide de prendre une année sabbatique et de séjourner successivement en Italie, en Inde et en Indonésie – à la recherche du bonheur mais surtout d’elle-même.

(Cette chronique fut initialement publiée en novembre 2010 sur la V1 du blog)

Mange prie aime - Elizabeth Gilbert - Caro Bleue Violette

Mange, prie, aime est divisé en trois parties, chacune correspondant aux trois séjours effectué par Elizabeth au cours de son année sabbatique : quatre mois à Rome, quatre mois en Inde dans un ashram et enfin quatre mois à Bali. Dans la première, Liz nous raconte son divorce, la relation amoureuse désastreuse dans laquelle elle s’est lancée tout de suite après, et la dépression qui s’en est ensuivie – la conduisant finalement à tout quitter pour sillonner la planète pendant un an. Etant moi-même childfree, ce qui m’a le plus intéressée dans cette partie italienne, ce sont les réflexions de Liz sur son non-désir d’enfant : elle explique qu’à 31 ans, elle s’est brusquement rendue compte qu’elle ne souhaitait pas devenir mère alors qu’elle avait été longtemps persuadée du contraire.

J’avais appris que le magazine  avec lequel je collaborais  allait m’envoyer en Nouvelle-Zélande, pour écrire un reportage sur les calmars géants. Et là, je m’étais dit : « Tant que l’idée d’avoir un bébé ne t’inspire pas autant d’extase que l’idée de partir traquer le calmar géant en Nouvelle-Zélande, tu ne peux pas avoir de bébé »

Et parce que je suis une journaliste qui adorerait qu’on l’envoie elle aussi écrire sur les calmars géants de Nouvelle-Zélande et que je ne veux pas d’enfants, je me suis sentie totalement en phase avec ses propos. D’autant que je ressens également (et m’indigne régulièrement contre) la pression sociale que toute femme approchant de la trentaine (ou pire, l’ayant atteinte ou dépassée) (edit 2016 : ce qui est désormais mon cas) et n’étant pas casée – ou l’étant mais ne souhaitant pas enfanter – subit inévitablement, et que Liz évoque dans son récit. On se rend d’ailleurs compte à travers elle, à travers sa culpabilité d’avoir quitté son mari et toutes les questions qu’elle se pose au sujet de son non-désir d’enfant, que les Américaines sont encore plus conditionnées que nous et ressentent donc une pression encore plus forte.

Fonder une famille avec son conjoint est, dans la société américaine, […] l’un des principaux moyens de donner un sens, une continuité à sa vie. [ …] Mais qu’en est-il si, par choix ou par la force des choses, on ne participe finalement pas à ce cycle rassurant de perpétuation ?

La seconde section du récit correspond aux quatre mois qu’Elizabeth a passé en retraite religieuse dans l’ashram indien d’une femme guru célèbre dans le monde entier. Cette partie, qui nous dépeint le quotidien dans un ashram, est celle qui m’a le moins captivée et à vrai dire, elle souffre de certaines longueurs. Néanmoins, elle nous donne aussi l’occasion de faire la connaissance d’un personnage dont j’ai adoré l’humour, Richard du Texas. Et puisque j’aborde le sujet de l’humour, il faut savoir que ce récit n’en est pas dépourvu, bien au contraire, d’autant que Liz est dotée d’un solide sens de l’autodérision : on sourit souvent durant cette lecture.

Quant à la troisième partie, elle relate le séjour de Liz en Indonésie sur l’île de Bali (notamment son amitié avec un vieux sorcier inénarrable) avec de nombreux détails très intéressants sur l’histoire de Bali, ainsi que sur le mode de vie et les traditions de ses habitants – j’ai apprécié le petit côté ethnologue de cette section.

S’il se lit assez facilement, le style d’Elizabeth Gilbert est cependant parfois un peu plombé par des formulations un peu ampoulées et ardues à comprendre, surtout lorsqu’elle parle de ses expériences mystiques : ses propos deviennent alors nébuleux et déconcertent le lecteur – je pense que pour certains passages, une écriture plus simple aurait mieux convenu.

Le mysticisme est en effet ultra-présent dans ce récit : outre les multiples séances de méditation décrites dans Mange, prie, aime, Liz nous parle également des conversations qu’elle a avec Dieu ou avec son propre esprit, qu’elles soient orales ou écrites (elle dialogue avec elle-même par le biais de notes sur un carnet). Ayant la foi et possédant une certaine spiritualité, cet aspect-là ne m’a pas ennuyée mais d’après certaines critiques assez dures que j’ai lues sur ce récit et qui portaient justement beaucoup sur ce mysticisme, j’en ai déduit que celui-ci peut dérouter, voire même déranger, certains lecteurs. Je vous déconseille donc le livre si vous n’avez aucune croyance particulière dans ce domaine.

Je terminerai en disant que si j’ai beaucoup aimé ce livre,  il m’a aussi parfois perturbée. Dans Mange, prie, aime, Liz Gilbert se livre à une  introspection totale, souvent douloureuse et ce qu’elle raconte a deux ou trois fois fait ressurgir des échos en moi, des échos d’événements pas très heureux dont j’aurais préféré ne pas me souvenir – comme si son introspection me poussait aussi à la mienne. Mais en y réfléchissant, je pense que c’est en partie pour cette raison que ce livre a eu un tel succès : ce que nous raconte Liz peut toucher chacun d’entre nous, tout lecteur lisant ce récit se reconnaissant forcément à un moment donné. C’est ce qui fait la force de cette histoire pourtant résolument personnelle : elle possède une portée universelle.

4 réflexions au sujet de « Mange, prie, aime – Elizabeth Gilbert »

  1. J’ai également lu ce livre, mais sans jamais l’avoir chroniqué: je pense que je fais partie de ces personnes dépourvues de cette « spiritualité » et j’avoue qu’effectivement je me suis profondément ennuyée dans la deuxième partie. Je pense qu’en fait je ne fais pas partie du public visé car je n’ai globalement pas apprécié ce livre…

    • Oui je pense que si on n’a pas du tout de côté spirituel ou mystique, les propos d’Elizabeth tombent complètement à plat. D’une façon générale, « Mange, prie, aime » est l’un de ces récits qui nous parle ou qui ne nous parle pas : au vu de son succès, il a parlé à beaucoup de lecteurs ; d’un autre côté, il y a également de nombreux autres lecteurs qu’il a juste ennuyés, voire même agacés – ce que je peux tout à fait comprendre 🙂

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