Zombies, voyages dans le temps et Jane Austen

Chroniques initialement publiées en 2010 sur la V1 du blog. 

Orgueil et Préjugés et zombies-Seth Grahame Smith-Confessions of a Jane Austen Addict-Rude Awakenings of a Jane Austen Addict-Laurie Viera Rigler-Janeries-Caro Bleue Violette

Orgueil et Préjugés et Zombies – Seth Grahame-Smith. 

Avertissement : si vous n’avez pas lu Orgueil et préjugés, ne lisez pas ce qui suit. 

Ce roman est un mash-up, c’est-à-dire une œuvre réécrite avec des éléments fantastiques : ici, Orgueil et préjugés est revisité à la sauce zombie.

Nous sommes dans l’Angleterre de la fin du 18ème siècle qui est frappée d’un étrange fléau : les morts reviennent à la vie sous forme de zombies. Si Mrs Bennet est toujours obsédée par l’idée de marier ses cinq filles, Mr Bennet, lui, en a fait de véritables guerrières, les envoyant même étudier les arts martiaux en Asie. Les sœurs Bennet sont donc des combattantes accomplies, Elizabeth étant la meilleure d’entre elles. De son côté, Mr Darcy est également un combattant réputé, de même que sa tante, la terrible Lady Catherine de Bourgh.

Orgueil & préjugés faisant partie de mes romans préférés, la lecture de ce livre a été une expérience assez bizarre pour moi et pour être franche, je n’arrive pas à dire si je l’ai aimé ou pas !

Si je n’ai eu aucun mal à imaginer Darcy et Elizabeth capables de décapiter des zombies à coups de sabre, en revanche j’ai trouvé cela moins crédible pour les autres sœurs Bennet : Jane est beaucoup trop douce ; Mary trop intello ; Kitty et Lydia trop écervelées. Impossible pour moi de les visualiser transformées en espèce de ninjas ! Je n’ai pas non plus apprécié que Grahame-Smith fasse de Lizzy quelqu’un qui prend plaisir à tuer et se montre parfois carrément sanguinaire – je dois dire que quelques scènes de combat assez gores m’ont un peu écœurée. De même qu’il a donné à Darcy un côté cruel que celui-ci n’a pas dans le roman d’Austen. 

Cela dit, j’ai bien aimé la transposition de certains passages originels en version zombie. A commencer par la fameuse première phrase du roman (C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier ) qui devient : « C’est une vérité universellement reconnue qu’un zombie ayant dévoré un certain nombre de cerveaux est nécessairement à la recherche d’autres cerveaux ». Un autre aspect que j’ai apprécié, c’est le fait qu’Elizabeth et Darcy ayant tous deux un sens de l’honneur très élevé et étant assez prompts à la vengeance, je me suis dit que cela allait ajouter du piquant à certaines scènes (la réaction de Lizzy lorsqu’elle apprend que c’est Darcy qui a éloigné Bingley de Jane ; la demande en mariage ; et la confrontation finale de Lizzy avec Lady Catherine) que j’ai donc attendues avec impatience : je n’ai pas été déçue !

Au final, disons que ce fut une expérience de lecture intéressante, mais je ne pense pas que je lirai de nouveau un mash-up austenien.

Edit 2015 : Effectivement, je n’en ai pas lu d’autre ! Avec le recul, je trouve ce genre de réécriture franchement passable.

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Confessions of a Jane Austen Addict & Rude Awakenings of a Jane Austen Addict – Laurie Viera Rigler.  

Il s’agit d’un diptyque mettant en scène une héroïne contemporaine fan de Jane Austen, et une autre qui vit au temps d’Austen. Dans le premier tome, Confessions, Courtney, trentenaire américaine du 21ème siècle, se retrouve brusquement propulsée en 1813, dans la peau de Miss Jane Mansfield. Dans le second, Rude Awakenings, c’est Jane qui se réveille dans la peau de Courtney.

Confessions of a Jane Austen Addict. En ouvrant ce livre, je ne m’attendais à rien d’autre qu’à un bon divertissement sur fond de Jane Austen : j’ai cependant eu l’agréable surprise de découvrir qu’il est un peu plus que cela.

L’histoire est racontée à la première personne par Courtney, héroïne très attachante avec sa vie un peu chaotique (elle est perpétuellement fauchée ; elle déteste son boulot et son patron ; elle vient de rompre ses fiançailles parce que son fiancé l’a trompée ; et elle s’est brouillée avec Wes, son meilleur ami) et son addiction à l’univers de Jane Austen – elle est membre de la Jane Austen Society of North America et il lui arrive de prendre des congés maladie uniquement pour pouvoir rester lire les romans d’Austen à la maison.

Certes, Confessions of a Jane Austen addict est avant tout un roman divertissant, la situation dans laquelle se retrouve l’héroïne donnant lieu à des scènes très drôles. La façon anachronique dont elle s’exprime fait que son entourage la prend pour une folle dès qu’elle ouvre la bouche et elle doit composer avec les désagréments de l’époque, comme l’absence d’électricité et d’eau courante, ou bien encore la propension des médecins à tout soigner par une bonne vieille saignée.

Cependant, ce livre a également le mérite d’aborder des problèmes plus sérieux et aussi de démythifier l’univers austenien. En effet, quelle Austen addict n’a pas rêvé de se retrouver un jour au beau milieu d’Orgueil et préjugés ? Sauf que voilà, ainsi que le découvre Courtney, la vie en Angleterre au début du 19ème siècle n’est pas aussi romanesque que nous, lectrice modernes, pourrions l’imaginer. Courtney découvre notamment que l’hygiène de l’époque laisse énormément à désirer et que les gens dégagent des odeurs corporelles assez prononcées. De même, lorsqu’elle va prendre les eaux à Bath, elle s’aperçoit que les eaux en question sont de véritables bouillons de culture. Des aspects auxquels Jane Austen ne fait jamais allusion dans ses romans !

Un autre point sur lequel le récit insiste, c’est la condition des femmes à cette époque. Bien sûr, dans les romans d’Austen, il est évident que la seule carrière à laquelle les femmes pouvaient aspirer en ce temps-là était celle de femme mariée, et que celles qui demeuraient vieilles filles étaient considérées comme des moins que rien. Mais ce n’est toutefois jamais dit clairement. Alors qu’ici on se rend bien compte que l’époque n’était pas tendre pour les femmes, qu’elles soient mariées ou non d’ailleurs. Célibataires, elles sont sous la coupe de leurs parents ; mariées, sous celle de leur mari. Elles ne peuvent rien faire par elles-mêmes et ne peuvent évidemment pas divorcer en cas de mariage malheureux.

On réalise également que les choses n’ont finalement pas beaucoup changé : certes, nous avons gagné notre liberté et notre indépendance, mais ainsi que le fait remarquer Courtney, une femme de trente ans qui n’est toujours pas mariée, que ce soit à l’époque de Jane Austen ou à la nôtre, est légèrement déconsidérée par les autres. Il vaut même mieux, dit Courtney, être divorcée que de ne jamais avoir été mariée !

Seul bémol de ce livre, le comment-et-pourquoi Courtney se retrouve dans la peau de Jane n’est pas très bien explicité, même si cela ne gêne en rien la compréhension de l’histoire.

Rude Awakenings of a Jane Austen Addict. A 30 ans, Jane Mansfield n’est toujours pas mariée et vit donc avec ses parents dans la propriété familiale. Elle mène la vie banale des célibataires de son époque, un temps égayée par la cour que lui a faite Mr Edgeworth, un séduisant veuf du voisinage. Mais Jane a découvert son véritable visage et refuse désormais toute relation avec lui. Son seul réconfort sont les deux romans de Jane Austen déjà publiés (les autres le seront après 1813) qu’elle relit sans cesse : Orgueil et Préjugés, et Raisons et Sentiments. Mais voilà qu’un beau matin, Jane se réveille dans la peau d’une autre Austen addict : Courtney Stone.

Comme Confessions, ce second volet est très drôle en raison des situations anachroniques dans lesquelles se retrouve l’héroïne, sa découverte des mœurs et technologies modernes donnant lieu à des scènes hilarantes. Jane est aussi attachante que Courtney et elle révèle une certaine force de caractère qui lui permet de s’adapter somme toute assez rapidement au 21ème siècle. A travers elle, on découvre à quel point une femme de son époque pouvait être bridée, sans autre perspective que le mariage. On sent que son accession à la liberté dont les femmes de notre époque jouissent (enfin disons les occidentales) est quelque chose d’extraordinaire pour elle et sa découverte de l’indépendance en est d’autant plus touchante. Tout comme Courtney dans Confessions, elle démythifie l’univers que les lectrices ont tendance à idéaliser en lisant les romans d’Austen.

Au niveau des autres personnages, j’ai bien aimé les deux meilleures amies de Courtney, Paula et Anna ; ainsi que Deepa, avec laquelle Jane tisse une jolie amitié. Et j’ai largement préféré Wes, le meilleur ami de Courtney, à Mr Edgeworth, que je n’ai pas du tout aimé dans Confessions.

Deux petites réserves : on ne sait finalement pas comment ni pourquoi Jane et Courtney se sont retrouvées projetées dans le corps l’une de l’autre ; et je n’ai pas aimé la fin – disons que j’aurais souhaité autre chose pour nos deux héroïnes.

Un avis final sur cette mini-série ? On passe de très bons moments avec Jane et Courtney, deux romans que je conseille donc aux amatrices de Jane Austen (d’autant qu’ils ont été traduits en français) !

9 réflexions au sujet de « Zombies, voyages dans le temps et Jane Austen »

  1. Je n’ai jamais franchi le pas de lire des austeneries, par peur d’être déçue. Je suis certaine que je ne lirai jamais celui avec les zombies, mais les deux autres ont l’air finalement plutôt pas mal… A voir 😉

    • Oui, oui, en français c’est « Confessions d’une fan de Jane Austen » et « Tribulations d’une fan de Jane Austen » 🙂

  2. Je n’ai lu le Zombie qu’en roman graphique. Je trouvais l’idée sympa mais le résultat était franchement mauvais, ce qui ne m’empêche pas d’attendre le film avec impatience!!! Je suis une éternelle optimiste 😀

  3. J’aime tellement la version originale, que le trip des zombies me fait peur… Enfin, je me connais, j’essayerai forcément un jour!

  4. Je reste toujours ébahie de tous les produits dérivés qui sortent autour de Jane Austen, ce qui montre bien l’enthousiasme qu’elle suscite quand même. Bon les zombies, j’ai envie de dire « really?! » un éditeur a vraiment publié cela…parce que rien que ton pitch je passe mon tour Caro…en revanche, je suis assez tentée par cette histoire d’inversion des corps et des esprits, et j’aime l’idée qu’on démystifie le siècle de Jane aussi…je le note, c’est une lecture de circonstances….

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