Dans la combi de Thomas Pesquet

Cabinet du Dr Brody, médecin spécialisé dans le traitement des crushes chelous, juin 2017.

La blogueuse : Docteur, c’est la catastrophe, je crois que ma maladie empire !

Dr Brody (consultant le dossier de sa patiente) : Voyons voir… Ah oui, vous souffrez d’un crush chelou sur les astronautes et pirates de l’espace fictifs. Albator, les pommettes de Cillian Murphy dans le film Sunshine, Han Solo… ?

La blogueuse : C’est ça.

Dr Brody (incrédule) : Flash Gordon ?!

La blogueuse (honteuse) : Je regardais le dessin animé quand j’étais petite.

Dr Brody : Je vois. Son vilain brushing blond a manifestement fait des ravages. Vous disiez donc avoir constaté une aggravation de vos symptômes ?

La blogueuse : Oui ! J’ai développé un crush sur un autre astronaute mais cette fois-ci il est réel !

Dr Brody (blasé) : Laissez-moi deviner, Thomas Pesquet ?

La blogueuse : Comment vous savez ?!

Dr Brody (soupirant) : Vous êtes loin d’être la seule, j’ai dû soigner de nombreux crushes chelous sur Pesquet ces six derniers mois.

La blogueuse : Qu’est-ce que je dois faire, Docteur ?

Dr Brody : Vous allez entamer un sevrage immédiat. Interdiction de prononcer le nom de Thomas Pesquet, et de lire ou de regarder quoi que ce soit à son sujet. Si cela n’a pas fonctionné d’ici quelques semaines, on envisagera un séjour dans notre centre de désintoxication.

La blogueuse (sortant un livre de son sac d’un air penaud) : Mais je viens juste d’emprunter cette bande dessinée à la médiathèque…

Couverture de la bande dessinée Dans la  combi de Thomas Pesquet de Marion Montaigne

Dr Brody : Ah Marion Montaigne, j’adore ce qu’elle fait ! Je suis fan de sa série de BD Tu mourras moins bête… mais tu mourras quand même !

La blogueuse : Moi aussi. Du coup quand j’ai vu qu’elle avait sorti une BD sur Thomas Pes… (Le médecin fronce les sourcils en guise d’avertissement) sur qui-vous-savez, je n’ai pas pu résister à la tentation !

Dr Brody (d’un ton ferme) : Il va pourtant falloir : vous allez tout de suite ramener cette BD à la médiathèque.

La blogueuse (chuchotant) : Mais je ne pourrais pas juste… Vous savez… Juste la lire une seule fois avant de la rendre et de débuter mon sevrage ?

Dr Brody (sévère) : Non !

Image GIF de la chanteuse Amy Winehouse interprétant Rehab

(Bah oui, parce que la blogueuse, elle l’a quand même lue, la BD, hein)

Qui veut stalker Thomas Pesquet ?

En 2015, Thomas Pesquet laisse un commentaire sur le blog de Marion Montaigne, ce qui les amène à se rencontrer :

Au début, je lui ai proposé de venir à une avant-première de la série Tu mourras moins bête, juste comme ça. J’avais pas vraiment d’idée de projet en tête. Après il est passé à l’atelier et j’ai réalisé qu’il avait pas mal d’humour. Et là on a réfléchi à ce qu’on pouvait faire ensemble. Je pensais déjà à ce moment-là à faire une BD sur l’espace, mais j’étais pas spécialement partie sur les astronautes.

(Marion Montaigne, dans une interview publiée sur le site 9 ème art, le 24 novembre 2017)

Pendant deux ans, Marion suit alors Thomas durant les différentes phases de son entraînement, ce qui donne naissance à Dans la combi de Thomas Pesquet : une bande dessinée de 200 pages qui a la particularité d’être narrée à la première personne par son personnage principal. Un choix que j’ai toutefois trouvé peu pertinent : étant donné qu’on distingue également la voix de l’autrice dans le récit, je pense qu’une narration à la troisième personne aurait mieux convenu.

La jeunesse de Thomas Pesquet, planche extraite de la bande dessinée Dans la combi de Thomas Pesquet par Marion Montaigne

La narration à la première personne est cependant le seul reproche que j’ai à faire à cette BD (qui est par ailleurs un gros coup de cœur) racontant le parcours de Thomas Pesquet, de son enfance à sa première mission sur l’ISS – en passant par son diplôme d’ingénieur en aéronautique, sa carrière de pilote de ligne et sa formation d’astronaute.

Si on ajoute à cela que Thomas parle l’anglais, l’allemand, le russe, l’espagnol et le chinois ; qu’il est ceinture noire de judo ; qu’il pratique la plongée sous-marine, le parachutisme, l’alpinisme et un tas d’autres sports ; que depuis 2018 il fait partie des rares pilotes européens capables de piloter l’Airbus A310 Zero G ; qu’il aime lire ; et qu’en plus il joue du saxophone (sans parler du fait qu’il est plutôt agréable à regarder et que la BD montre qu’il sait faire preuve d’autodérision), je pense qu’on peut se mettre d’accord sur le fait que Tom Cruise n’a plus qu’à aller se rhabiller.

Tom Cruise faisant de la moto dans le film Mission Impossible 5 Rogue Nation

Et voilà comment un soir, parce que tu viens d’écrire une blague pourrie qui ne fera marrer personne d’autre que toi, tu te retrouves à stalker Thomas Pesquet sur Internet pour essayer de découvrir si oui ou non il ne reconnaît plus personne en Harley Davidson – tout en espérant que le GIGN ne déboulera pas dans ton appartement en exigeant de savoir pourquoi tu es en train de googler des requêtes cheloues (Thomas Pesquet + moto + blouson de cuir moulant + Take My Breath Away) au sujet de la cinquième personnalité préférée des Français.

On ne le dit pas assez : la vie de blogueuse est parfois risquée.

Candidature, planche extraite de la bande dessinée Dans la combi de Thomas Pesquet par Marion Montaigne

Toi qui entres ici, abandonne toute dignité

En 2008, l’ESA lance une campagne pour recruter des astronautes et Thomas décide de soumettre sa candidature en ligne.

Jugé apte à passer les épreuves de sélection…

ESA : *s’éclaircit la gorge*

Moi : Oui ?

ESA : Tu n’as pas l’intention de me présenter ?

Moi : Ben maintenant que tu m’as grossièrement interrompue, fais-le toi-même !

ESA : Hello tout le monde ! Je suis l’Agence Spatiale Européenne ou European Space Agency, ESA de mon petit nom. J’ai été fondée en 1975 et je compte actuellement 22 pays membres. Je suis la troisième agence spatiale mondiale, derrière les agences américaine et russe. Mon siège se trouve à Paris mais mes différents centres sont répartis un peu partout en Europe.

Moi : C’est bon, t’es contente ? Je peux reprendre ?

NASA et Roscosmos : *s’éclaircissent la gorge*

Moi : Non mais dites, c’est une chronique ici, pas une réunion des Agences Spatiales Orchidoclastes Anonymes !

NASA et Roscosmos : Orchido-quoi ?

Moi : Orchidoclaste, ça veut dire casse-bonbons en langage soutenu. J’ai appris ce mot récemment et j’attendais l’occasion de le replacer.

NASA et Roscosmos : Ah ok, donc l’autre elle nous insulte au calme en étalant sa confiture. C’est sympa l’accueil ici, dites-donc.

Moi : Qu’est-ce que vous voulez ?

NASA et Roscosmos : Ben tu as laissé l’ESA se présenter, du coup on se disait…

Moi : Non mais vous plaisantez ! L’humanité entière, ainsi que les extraterrestres et leurs mères, connaissent la NASA ; quant à Roscosmos, c’est l’agence spatiale russe. Allez zou, ça c’est fait, maintenant débarrassez-moi le plancher !

NASA : Mais c’est injuste !

Roscosmos : Ouais y’a du favoritisme dans l’air, là !

Moi : Keviiiiiiin !

NASA et Roscosmos : Kevin ?

Moi : Costner, c’est mon bodyguard. Kevin, vire-moi ces trois relous du blog, steuplé !

ESA : Quoi, moi aussi ? Mais je croyais que j’étais ta chouchoute !

Épreuve de maths de la sélection des astronautes de l'ESA de 2008

Je disais donc : jugé apte à passer les épreuves de sélection (avec 999 autres postulants, sur 8 400 candidatures au départ), Thomas Pesquet se rend en Allemagne pour passer des tests d’une difficulté à vous faire saigner du neurone et élaborés (selon Marion Montaigne) par des psychotechniciens sadiques qui pensent que quitte à obtenir le droit de se la péter tout le reste de leur vie, autant qu’ils [les futurs astronautes] le méritent vraiment ! 

Thomas les réussit et quelques mois plus tard, il se soumet à des tests psychologiques (à ce moment-là, il n’y a plus que 200 candidats en lice), ce qui nous permet de constater que le profil recherché chez un astronaute a pas mal évolué depuis l’époque des premiers hommes dans l’espace.

Dans les années soixante, on sélectionnait principalement des pilotes d’essai n’ayant pas froid aux yeux et possédant ce que Marion Montaigne appelle un profil de mâle alpha de la vieille école Etoffe des Héros, genre pilote d’essai sauvage. Il fallut attendre la dernière mission Apollo en 1972 pour que la NASA se décide enfin à envoyer un scientifique (l’astronaute Harrison H. « Jack » Schmitt, docteur en géologie) sur la Lune.

(L’Etoffe des héros The Right Stuff sorti en 1983 et réalisé par Philip Kaufman d’après le livre éponyme de Tom Wolfe, est un film qui retrace le parcours des pilotes d’essai qui devinrent les premiers astronautes américains.)

De nos jours, les astronautes doivent certes être courageux et résistants au stress, mais pas des têtes brûlées prenant des risques inconsidérés. Etant donné qu’ils effectuent des missions de six mois (parfois plus) en compagnie de collègues de diverses nationalités, ils doivent être sociables, patients, capables de supporter la vie en espace confiné, la promiscuité et parfois même l’ennui. En bref, avoir des tripes et être cool (dans les deux sens du terme) ne suffit plus.

(Anecdote intéressante : dans son livre Packing for Mars, que Marion Montaigne a également lu et cite comme source, l’autrice Mary Roach rapporte que l’une des épreuves de sélection de la JAXA, l’agence spatiale japonaise, consiste à enfermer les dix derniers candidats ensemble dans un quartier d’isolation, où ils sont observés en permanence pendant une semaine. On leur demande aussi de faire de l’origami, afin de tester leur endurance.)

N’empêche que je serais quand même curieuse de consulter le profil psychologique d’individus prêts à se faire attacher au sommet d’un pétard géant pour aller s’enfermer durant des mois dans une boîte de conserve qui flotte dans le vide intersidéral. A ce sujet, Marion Montaigne fait d’ailleurs remarquer qu’il existe deux catégories de personnes : les gens normaux et les astronautes !

Thomas Pesquet annonce à ses parents qu'il a passé la sélection pour devenir astronaute

Durant les fêtes de fin d’année 2008, Thomas annonce à ses parents qu’il est en train de passer des épreuves de sélection pour devenir astronaute. Sa mère s’exclame alors : C’est pour aller dans l’espace ? Sur une fusée ? Mais ça explose les fusées ! C’est super dangereux ! 

J’ai trouvé intéressant que la BD aborde à plusieurs reprises un aspect de l’existence d’astronaute qui est rarement évoqué : leur vie privée, fortement impactée par les longues années d’entraînement, ainsi que par les missions de plusieurs mois. Leurs proches doivent également composer avec les risques inhérents au métier d’astronaute, et l’angoisse que ceux-ci peuvent générer.

Il y a en revanche un sujet que Marion Montaigne n’évoque pas : combien gagne un astronaute ?

D’après mes recherches, les astronautes de l’ESA gagnent entre 6 000 et 10 000 euros par mois. Les astronautes de la NASA touchent entre 5 000 et 10 000 €, tout comme leurs homologues canadiens. Les astronautes russes, quant à eux, gagnent de 1 500 à 2 500 euros par mois, mais leur salaire augmente considérablement lorsqu’ils sont à bord de l’ISS : ils peuvent toucher environ 130 000 € pour un séjour de six mois sur la station.

Puisqu’on parle d’argent, il y a un autre point que j’aimerais souligner : je suis tellement habituée à ce que n’importe qui d’un peu connu fasse de la pub pour n’importe quoi que j’ai été étonnée, compte tenu de sa popularité, de ne pas voir Thomas Pesquet vanter les mérites d’un produit quelconque à son retour. Et pour cause : les astronautes de l’ESA n’ont pas le droit de monnayer leur image.

Vignette extraite de Dans la combi de Thomas Pesquet où l'on voit celui-ci passer un examen médical

Au début de l’année 2009, Thomas passe des examens médicaux humiliants et impliquant pas mal de souffrance (de toute façon, après la lecture de cette BD, il est clair que le premier commandement d’un astronaute est renonce à toute dignité) ; et en mai, il apprend qu’il fait partie des six candidats retenus par l’ESA.

Outre Thomas Pesquet, la promotion 2009 est composée de : Samantha Cristoforetti, ingénieur et pilote de chasse italienne ; Alexander Gerst, volcanologue et géophysicien allemand ; Andreas Mogensen, ingénieur danois ; Tim Peake, pilote d’hélicoptère dans l’armée britannique ; et Luca Parmitano, pilote d’essai dans l’armée de l’air italienne.

Formation de base d'un astronaute

Gonna Fly Now

A l’été 2009, Thomas débute sa formation au Centre européen des astronautes situé à Cologne, en Allemagne. Celle-ci comprend trois phases.

Il y a d’abord la formation de base, qui dure 18 mois et qui consiste principalement à suivre des cours dans des matières telles que la mécanique spatiale ou l’orbitographie, ainsi que des cours de russe.

Roscosmos : Là, je parie que vous êtes en train de vous demander mais pourquoi donc Thomas Pesquet a-t-il dû apprendre le russe ? Eh bien tout simplement parce que depuis 2011 (date à laquelle la NASA a mis fin à son programme de navettes spatiales), nous sommes les seuls capables d’expédier des gens sur l’ISS à bord du vaisseau Soyouz (propulsé par une fusée du même nom, qui signifie union), que nous utilisons depuis les années 60. Les astronautes issus d’autres agences doivent donc apprendre à maîtriser notre équipement, ce qui nécessite de parler notre langue.

Moi : Voilà, et puisque tu es encore là (Kevin va m’entendre) dis un peu combien tu fais raquer les autres agences pour ce service ?

Roscosmos : 80 millions de dollars par astronaute !

Le vaisseau spatial russe Soyouz

Durant sa formation de base, Thomas Pesquet s’est aussi entraîné à plonger dans une immense piscine contenant une réplique à taille réelle des modules de la station spatiale et appelée la Neutral Buoyancy Facility : il s’agit d’un bassin à flottabilité neutre (c’est-à-dire qu’on y flotte entre deux eaux) qui permet aux astronautes de simuler les EVA (acronyme anglophone désignant les sorties dans l’espace). La NASA possède d’ailleurs une installation similaire baptisée NBL : Neutral Buoyancy Laboratory.

Marion Montaigne ayant pas mal condensé la formation de Thomas (et pour cause, son entraînement a duré 7 ans), certaines étapes de celle-ci n’apparaissent donc pas dans la BD : comme par exemple les vols effectués à bord d’un avion zéro-g qui permet de simuler brièvement l’impesanteur, ou bien encore le stage de survie en Sardaigne auquel il a participé à l’été 2010.

Thomas Pesquet s'entraînant dans la piscine à flottabilité neutre

Au bout d’un an et demi, la formation de base se conclut par la remise d’un diplôme : les sélectionnés deviennent officiellement astronautes. La formation avancée débute alors : d’une durée minimum de deux ans, elle peut se prolonger jusqu’à ce que l’astronaute reçoive sa première affectation et entre dans la troisième et dernière phase, la formation spécifique.

Les modules de l’ISS ayant été conçus par différents pays, les astronautes doivent aller s’entraîner au sein de chacune des agences spatiales concernées, notamment la NASA et Roscosmos, afin d’apprendre à maîtriser leurs équipements respectifs.

Durant sa formation avancée, Thomas Pesquet a ainsi appris à piloter le Soyouz et à utiliser la combinaison spatiale russe Orlan. Il s’est aussi entraîné aux sorties extra-véhiculaires dans le NBL de la NASA ; et il a participé à son premier stage de survie hivernal, à des sessions de spéléologie, et à la mission NEEMO (NASA Extreme Environment Mission Operations – il s’agit d’un programme destiné à étudier le comportement et les réactions des astronautes en milieu clos), en passant plusieurs jours dans la station sous-marine Aquarius, située au large de la Floride.

Pesquet attend impatiemment sa première affectation - Vignette de BD

Au bout de plusieurs années d’entraînement, l’attente de la première affectation commence, et elle peut parfois être longue.

Les deux premiers astronautes de la promo 2009 – surnommée The Shenanigans – à aller sur l’ISS furent Luca Parmitano, en 2013, et Alexander Gerst en 2014. Alexander a depuis effectué une deuxième mission en 2018, et Luca séjourne actuellement sur la Station Spatiale Internationale, pour la seconde fois.

En 2015, ce fut le tour de Samantha Cristoforetti, qui est la première femme italienne à avoir volé dans l’espace et la troisième femme à avoir été sélectionnée par l’ESA en tant qu’astronaute, après Marianne Merchez (médecin et astronaute belge qui n’est cependant jamais partie en mission) et Claudie André-Deshays Haigneré, qui fut la première Française à partir dans l’espace en 1996 (et, à ce jour, la seule. On ne félicite donc pas la France), ainsi que le premier astronaute français à séjourner à bord de l’ISS en 2001. Samantha Cristoforetti est la seconde femme à avoir passé le plus grand nombre de jours d’affilée dans l’espace (199), derrière l’astronaute américaine Peggy Whitson (288 jours).

Sinon oui, vous avez bien lu, l’agence européenne a sélectionné seulement trois astronautes de sexe féminin depuis 1975. Dis donc ça va l’ESA, on ne te dérange pas ? Tu le dis si on te gêne, hein ?

(A noter que les femmes sont de toute façon sous-représentées dans l’espace. J’ai demandé à l’ESA pourquoi elle n’avait pas sélectionné plus de femmes astronautes en presque 45 ans d’existence. L’agence ne m’a pas répondu.)

Le quatrième de la promo 2009 à rejoindre l’ISS fut Andreas Mogensen, premier astronaute danois : pour des raisons logistiques, il n’y resta cependant que dix jours, en septembre 2015. Quant à Tim Peake, il effectua sa première mission en 2016.

Au sujet des affectations, la BD évoque un point assez édifiant : les places à bord de l’ISS sont réparties en fonction des droits d’utilisation (dont le pourcentage est déterminé par le degré d’investissement financier) que possède chaque agence spatiale – à noter que les modules russes de la station sont uniquement utilisés par les Russes, qui peuvent donc y envoyer deux à trois astronautes en même temps. En ce qui concerne le reste de l’ISS, c’est la NASA qui détient la part la plus importante des droits d’utilisation avec 76%. La JAXA  en possède 12% ; l’ESA 8% (ce qui lui permet d’envoyer un astronaute par an pendant six mois) et l’agence spatiale canadienne, 2%.

Thomas Pesquet fut donc le dernier Shenanigan à partir, une attente qui se traduit dans la BD par d’hilarantes vignettes où l’on voit un Thomas qui gère de plus en plus mal son impatience et sa frustration, au fur et à mesure que ses camarades reçoivent leur affectation. Finalement, en 2014 et après 5 ans d’entraînement, Thomas est affecté à la mission Proxima : fin 2016, il s’envolera pour l’ISS et deviendra le dixième astronaute français à voler dans l’espace.

Quand on est astronaute, il faut savoir gérer sa frustration - Planche de BD

Une brève histoire de la Station Spatiale Internationale

L’International Space Station est l’objet le plus coûteux jamais réalisé par l’humanité (150 milliards de dollars). Pesant 400 tonnes, et mesurant…

Stations spatiales ayant précédé l’ISS : *s’éclaircissent la gorge*

Moi : Décidément c’est un vrai moulin, ici ! Qu’est-ce que vous voulez ?

Stations spatiales ayant précédé l’ISS : Tu n’as tout de même pas l’intention de pondre un pavé sur l’ISS (non parce que tu as beau avoir précisé « une brève histoire », on te connaît) sans nous mentionner avant, si ?

Moi : *soupir*

Figurez-vous que jusqu’à il y a encore quelques mois, je pensais que Mir était la première station spatiale, ignorant totalement qu’il y en avait eu d’autres avant elle.

Stations spatiales d’avant Mir : Ah bah bravo, hein.

C’est l’URSS qui, en avril 1971, met en orbite la toute première station spatiale, appelée Saliout (qui signifie feu d’artifice en russe). Suivent une série de stations du même nom, la dernière étant Saliout 7.

De leur côté, les USA lancent leur première station spatiale, Skylab, en mai 1974 – elle reste en orbite jusqu’en 1979.

En 1986, l’Union Soviétique lance Mir. A la fin des années 90, la station russe commence à donner des signes de fatigue (elle sera désorbitée en 2001) et plusieurs agences spatiales décident alors, dans un élan de bon sens et de bisounourserie, de s’unir pour construire une station commune : la Station Spatiale Internationale.

L’ISS n’est toutefois pas la seule station à voler au-dessus de nos têtes. En effet la Chine, qui préfère faire bande à part (les Bisounours désapprouvent), conçoit ses propres stations spatiales.

En 2011, la CNSA – l’agence spatiale chinoise – met en orbite Tiangong 1 (que l’on peut traduire par palais céleste) (les Bisounours approuvent). Elle est abandonnée en 2016, et remplacée par Tiangong 2. Cependant, la CNSA ayant perdu le contrôle de Tiangong 1, la station ne se désorbite naturellement que deux ans plus tard, en avril 2018, ce qui crée un certain émoi dans les médias, car on ignore à quel endroit elle va retomber.

On annonce par exemple qu’elle pourrait se crasher sur la France (elle s’écrasera finalement dans l’océan Pacifique), ce qui ne provoque cependant aucune panique parmi la population (je ne me souviens d’ailleurs même pas d’avoir entendu parler de cette histoire). Il faut dire que depuis Mir et les hilarantes prédictions de Paco Rabanne, on a l’habitude des stations spatiales pouvant potentiellement nous dégringoler sur le museau !

La station spatiale chinoise Tiangong 1

Moi (aux agences spatiales datant d’avant l’ISS) : C’est bon, vous êtes contentes ? Je peux parler de la Station Spatiale Internationale maintenant ? Ah et soyez gentilles, en sortant dites à Kevin qu’il aura une retenue sur son salaire, ça lui apprendra à laisser débarquer n’importe qui dans cette chronique !

La Station Spatiale Internationale

L’ISS mesure 110 m de longueur pour 74 m de largeur (et 30 m de hauteur), et pèse 400 tonnes. Elle a beau être le plus gros objet jamais envoyé dans l’espace, après avoir vu en vidéo plusieurs visites de la station spatiale réalisées par des astronautes, la claustrophobe que je suis la trouve minuscule : vivre là-dedans serait un véritable cauchemar pour moi.

Caro Astronaute : Hein ? Vous voulez que j’aille flotter pendant 6 mois dans cette grosse boîte de sardines ? C’est quoi cette arnaque ? Elle est où la super station spatiale avec des pièces immenses, une serre où l’on fait pousser des fruits et légumes frais, la gravité artificielle et George Clooney ?

NASA : Dans les films hollywoodiens.

Caro Astronaute : Et dire que je me suis cogné un bac + 18 pour ça ! M’en fiche, j’y vais pas, na !

NASA : C’est pas un peu fini, ce caprice ? Ecoute, on n’a peut-être pas George (on l’a un peu paumé dans l’espace en fait, oups) mais il y a tout de même une machine à café dans l’ISS.

Caro Astronaute : J’en bois pas, j’ai horreur de ça !

La station est effectivement dotée d’une machine à café spécialement conçue pour être utilisée dans l’espace : l’ISSpresso. Grâce à cette dernière, Samantha Cristoforetti a pu boire le premier expresso spatial en 2015.

NASA : En plus, l’ISSpresso peut aussi préparer d’autres boissons chaudes, pour les astronautes reloues qui s’enfilent 17 mugs de thé par jour !

L'astronaute Samantha Cristoforetti présente l'ISSpresso, la machine à café de l'ISS

L’ISS gravite en orbite basse à 400 km au-dessus de la Terre, à une vitesse moyenne de 28 000 km/h. Elle effectue le tour de notre planète en 90 mn et il est possible de l’apercevoir à l’œil nu – il existe d’ailleurs plusieurs sites ou applications pour savoir quand elle passe au-dessus de notre ville.

L’assemblage de la station débute en novembre 1998, avec la mise en orbite du premier module russe, Zarya (aurore en russe) : il alimentait initialement la station en énergie grâce à ses panneaux solaires et il sert à présent de lieu de stockage.

Un mois plus tard, la NASA lance le nœud Unity (ou Node 1) qui permet actuellement de relier les segments russe et américain, et d’assurer la liaison avec la Poutre (l’élément structurel central de la station). C’est aussi là que se trouve le coin cuisine.

Suite à des soucis techniques, l’assemblage (qui s’effectue à l’aide des fusées russes et des navettes américaines) est interrompu jusqu’en juillet 2000, date à laquelle un second module russe, Zvezda (étoile), qui peut loger deux membres d’équipage, est mis en orbite.

Plusieurs éléments structurels sont ensuite ajoutés et en octobre 2000 l’ISS accueille ses premiers astronautes, deux russes et un américain. Depuis cette date, la station a été occupée en permanence.

En 2001, quatre nouveaux éléments rejoignent la station : le module américain Destiny, qui sert de laboratoire ; le bras robotisé Canadarm 2 ; le sas de sortie américain Quest ; et le compartiment d’amarrage russe Pirs (jetée), qui comprend aussi un sas de sortie.

Après l’installation de plusieurs parties de la Poutre en 2002, la construction de la station s’interrompt pendant plusieurs années, suite à la désintégration de la navette Columbia durant sa rentrée atmosphérique en février 2003. L’assemblage reprend en 2006 ; et en 2007 le nœud Harmony (Node 2), qui contient notamment quatre couchettes (c’est d’ailleurs après son arrivée que les expéditions passeront de 3 à 6 membres), est installé.

Sachant que Zvezda contient seulement deux cabines de couchage, je me suis donc demandé où dormait le troisième astronaute avant qu’Harmony ne soit mis en service. Eh bien figurez-vous qu’étant donné que les occupants de l’ISS dorment en position verticale dans un sac de couchage qu’ils fixent à une paroi, ledit troisième astronaute pouvait dormir n’importe où dans la station ! Ainsi, durant l’Expédition 2 (mars à août 2001), l’Américaine Susan Helms a dormi dans le laboratoire Destiny.

Cabine-couchette du module Harmony sur l'ISS

En 2008, c’est au tour du module-laboratoire européen Columbus de rejoindre l’ISS. Il est suivi par le laboratoire japonais Kibō (espoir) dont la mise en place est terminée en 2009. Kibō (aussi appelé JEM, pour Japanese Experiment Module) est équipé d’un sas et de bras robotiques permettant de placer certaines expériences sur une plateforme située à l’extérieur de la station.

Toujours en 2009, la Poutre (ITS – Integrated Truss Structure – en anglais), qui mesure 100 mètres de long, et qui supporte les radiateurs, les panneaux solaires et le Canadarm, est achevée. La même année, le petit module russe Poisk (recherche), qui contient des ports d’amarrage ainsi qu’un sas de sortie, est ajouté à la station.

Le troisième et dernier nœud, Tranquility (ou Node 3), est mis en service en 2010, ainsi que la coupole d’observation panoramique, appelée la Cupola, à laquelle il donne accès. Quelques mois plus tard, c’est le module d’accostage russe Rassvet (aube) qui rejoint l’ISS.

Puis en 2011, le PMM Leonardo, qui sert au stockage des déchets, est mis en place : la Station Spatiale Internationale est officiellement achevée.

Depuis, on lui a ajouté le module gonflable expérimental BEAM, réalisé par la société d’astronautique privée Bigelow, qui a été déployé en 2016. Enfin, un nouveau module russe, baptisé Nauka (science), devrait rejoindre la station l’année prochaine.

Thomas Pesquet jouant du saxophone dans la Cupola de l'ISS

Afin de se protéger des débris spatiaux (dont l’impact pourrait endommager la station), les modules de l’ISS sont blindés ; quant aux vitres de la Cupola, elles sont constituées de plusieurs couches de verre spécialement conçu pour résister aux micrométéorites. Il arrive aussi parfois que la station doive manœuvrer dans le but d’éviter certains débris jugés trop gros.

Deux Soyouz (un pour 3 personnes) sont amarrés en permanence à l’ISS – à noter que Space X (l’entreprise d’astronautique privée fondée par Elon Musk) et Boeing développent actuellement des vaisseaux habitables pour que les astronautes américains puissent recommencer à rejoindre l’ISS sans dépendre de l’agence spatiale russe. Quant au ravitaillement, il est assuré par des cargos automatisés.

En plus des astronautes, l’ISS a déjà accueilli une demi-douzaine de personnes civiles (toutes millionnaires ou milliardaires), entre 2001 et 2009. Il n’y a eu aucun touriste spatial au cours des dix dernières années (pour la petite anecdote, la chanteuse britannique Sarah Brightman aurait dû séjourner sur l’ISS en 2015 mais elle a dû annuler quelques mois avant son départ pour des raisons personnelles) ; cependant la NASA a récemment annoncé qu’elle souhaite rouvrir l’ISS aux touristes spatiaux à partir de l’année prochaine.

Si ça vous tente, sachez qu’il faudra débourser 58 millions de dollars (51 millions d’euros) pour l’aller-retour, ainsi que 35 000 $ (31 000 €) par jour passé sur la station ! 

Pour finir, il faut savoir que l’ISS a une date de péremption, actuellement fixée à 2024. Pour la remplacer, les agences spatiales ont un projet de station en orbite lunaire, la Deep Space Gateway ou Lunar-Orbital Platform Gateway.

L'astronaute américaine Peggy Whitson

Peggy Badass Whitson

Ayant reçu son affectation, Thomas Pesquet entame donc sa formation spécifique, effectuant notamment des sessions d’entraînement avec ses deux coéquipiers de l’Expédition 50/51 (les astronautes sont toujours à cheval entre deux expéditions) : le Russe Oleg Novitski et l’Américaine Peggy Whitson, à laquelle Marion Montaigne consacre plusieurs planches dans la BD et donc je suis devenue instantanément fan.

Il faut dire que la dame est sacrément badass (et en plus elle est drôle). Titulaire d’un doctorat en biochimie, Peggy Whitson fut sélectionnée en tant qu’astronaute en 1996. Elle a effectué sa première mission à bord de l’ISS en 2002, au cours de laquelle elle a participé à sa première EVA.

De 2003 à 2005, Peggy a occupé le poste de chef-adjoint du Bureau des Astronautes ; et en 2007, elle est repartie sur l’ISS pour un nouveau séjour de six mois. Elle est alors devenue la première femme astronaute à assurer le commandement d’une expédition à bord de la station, ainsi que l’astronaute de sexe féminin ayant passé le plus de temps en EVA.

En 2009, Peggy Whitson fut nommée chef du Bureau des Astronautes (le poste le plus élevé qu’un astronaute peut occuper à la NASA) et devint la première femme à occuper cette position. Elle démissionna en 2012 afin de pouvoir repartir en mission – ce qu’elle a donc fait en novembre 2016. Peggy devait initialement rentrer en juin 2017 avec Thomas Pesquet et Oleg Novitski, mais son séjour fut prolongé de trois mois.

Durant cette troisième et dernière mission (elle a pris sa retraite en 2018), Peggy a de nouveau assuré le commandement de l’expédition (d’avril à juin 2017), effectué 4 EVA et battu un nombre impressionnant de records : en plus de conserver son titre de femme astronaute ayant passé le plus de temps en EVA (60 h en 10 sorties extra-véhiculaires), elle est devenue l’astronaute américain (tous genres confondus) et l’astronaute de sexe féminin ayant passé le plus grand nombre de jours dans l’espace (665 jours), la femme astronaute à avoir effectué la plus longue mission (289 jours) et la femme la plus âgée ayant volé dans l’espace.

A ce jour, elle est la seule femme à avoir dirigé le Bureau des Astronautes et à avoir pris deux fois le commandement de l’ISS.

Bref, si vous connaissez une petite fille ou une adolescente qui rêve de devenir astronaute, parlez-lui donc de Peggy Whitson.

Caro Astronaute : C’est mon role model !

Les astronautes de l'Expédition 50 suivent un stage de survie en Russie - Planche de BD

Ours de l’espace

Le 19 avril 2008, alors que Peggy Whitson revient de sa seconde mission à bord de l’ISS en compagnie du Russe Youri Malenchenko et de la première astronaute sud-coréenne (tous genres confondus) Yi So-Yeon, leur Soyouz connaît un dysfonctionnement qui les oblige à effectuer une rentrée balistique dans l’atmosphère – c’est-à-dire une rentrée plus rude, plus rapide et plus dangereuse que la normale, durant laquelle l’équipage encaisse un nombre de G très élevé. Les trois astronautes atterrissent heureusement sains et saufs, bien qu’à 400 km du lieu initialement prévu.

Ce genre d’incident est la raison pour laquelle les astronautes suivent des stages de survie : au cas où l’équipe de récupération mettrait un certain temps à les retrouver, ils doivent être capables de se débrouiller seuls dans la nature pendant plusieurs jours.

Dans la BD, on voit justement Thomas, Peggy et Oleg suivre l’un de ces stages en Russie, ce qui donne lieu à une scène qui m’a beaucoup intriguée : Youri, le guide des trois astronautes, informe ces derniers qu’une arme à feu est dissimulée dans chaque Soyouz, dans l’éventualité où ils devraient se défendre contre un animal sauvage (ou – ainsi que l’a écrit un internaute que je remercie pour le fou rire – contre un éventuel ours de l’espace lorsqu’ils sont à bord de l’ISS).

(Les Bisounours désapprouvent)

Or, je venais tout juste de lire un livre sur la conquête spatiale dans lequel l’auteur affirme que si les Russes avaient certes l’habitude de cacher des armes dans leurs capsules, cette coutume a toutefois été abandonnée en 2011 lorsque les astronautes américains ont commencé à voyager de façon permanente à bord du Soyouz. Perplexe, je suis donc partie interroger Internet afin d’avoir le fin mot de l’histoire.

Jusqu’au milieu des années 80, le kit de survie des astronautes contenait un pistolet 9 mm. En 1986, il fut remplacé par le TP-82, une arme équipée de trois canons et d’une machette rétractable dans la crosse.

Caro Astronaute : Mais ils sont tarés chez Roscosmos ! Je refuse de partir dans l’espace avec des dingues qui emportent des pistolets-machettes avec eux !

Roscosmos : Du calme, on a cessé d’utiliser le TP-82 en 2007.

(Les Bisounours approuvent)

Caro Astronaute : Ah ? Bon ça va, alors.

Roscosmos : On l’a remplacé par un pistolet semi-automatique.

(Les Bisounours retirent leur approbation)

Cependant, bien qu’il n’y ait eu aucune déclaration officielle à ce sujet de la part de l’agence spatiale russe, il semblerait bel et bien que l’arme ne fasse plus partie du kit de survie des Soyouz.

(Les Bisounours ne savent plus où donner de l’arc-en-ciel)

En 2014, le journaliste et historien de l’espace américain James Oberg a rapporté une anecdote qui lui a été racontée par Samantha Cristoforetti. Au cours d’un examen, on demande à l’astronaute italienne de détailler le contenu d’un kit de survie d’atterrissage d’urgence, et Samantha décide de faire du zèle en ajoutant le pistolet à sa liste, sachant pourtant qu’il avait récemment été retiré du kit. L’examinateur lui explique alors que l’arme figure effectivement toujours sur la liste officielle, mais que dans les faits une réunion au cours de laquelle il est décidé de ne pas inclure l’arme est organisée pour chaque mission.

Dans ce cas, pourquoi donc ce fameux pistolet apparaît-il dans la bande dessinée ? Y avait-il réellement une arme à bord du Soyouz de Thomas Pesquet ou est-ce un anachronisme volontaire de la part de Marion Montaigne qui trouvait l’anecdote amusante ?

Mystère et ours de l’espace.

Un ours de l'espace

L’éventuelle présence d’armes cachées dans les Soyouz arrimés en permanence à la Station Spatiale Internationale, et donc accessibles à tout moment, m’a ensuite fait me poser la question suivante : que se passerait-il si un conflit éclatait entre deux pays qui ont des astronautes à bord de l’ISS ? Les agences spatiales ont-elles envisagé ce scénario et ont-elles établi un protocole à suivre dans ce cas de figure ?

En ce qui concerne les conflits personnels, étant donné que les astronautes sont choisis pour leur capacité à vivre en société dans un espace confiné et à éviter (ou du moins à savoir gérer) les conflits, je ne pense pas que Caro Astronaute risque de se ramasser un pruneau dans le museau parce qu’elle a encore boulotté tout le chocolat.

(Au niveau de la législation, c’est celle du pays qui a financé le module qui prévaut : par exemple si quelqu’un décide quand même de canarder Caro Astronaute dans la cuisine parce que bon, ça commence à bien faire, on t’a pourtant gentiment demandé de reposer la dernière tablette de lait-noisettes, comme ladite cuisine se trouve dans le node Unity, c’est donc la loi américaine qui s’applique à la personne qui a tiré.)

En revanche, si tout à coup le pays d’un astronaute entrait en guerre contre la patrie de l’un de ses collègues, la situation pourrait potentiellement dégénérer sur l’ISS.

Surtout s’il n’y a plus de chocolat pour adoucir les mœurs. Ha.

Comme cette question me turlupinait (et non je ne parle pas de savoir à quelle fréquence l’ISS est ravitaillée en chocolat, quoique la réponse à cette question m’intéresse aussi), j’ai décidé de la poser à la NASA (après tout, il paraît qu’aucune question n’est stupide – même s’il est clair que celui ou celle qui a pondu cette maxime ne m’a jamais rencontrée). En attendant sa réponse, je suis allée voir ce que les internautes en pensaient et je me suis beaucoup amusée en lisant certains scénarios dignes d’une œuvre de science-fiction.

La plupart des gens sont cependant convaincus qu’il n’y aurait aucun conflit entre les astronautes concernés et que l’équipage continuerait simplement sa mission en attendant la fin de celle-ci (à moins qu’on ne leur demande de l’interrompre et de revenir sur Terre), et ce pour plusieurs raisons.

Pour commencer, l’ISS n’ayant aucune valeur stratégique, il est peu plausible que les pays belligérants ordonnent à leurs astronautes respectifs de prendre le contrôle de la station, voire de carrément éliminer leurs « ennemis » – et même si cela se produisait, il est probable que les astronautes refuseraient d’obéir.

Il existe en effet une réelle solidarité (et souvent des liens d’amitié) entre les membres d’un équipage. De plus, actionner des armes à feu à bord de la station spatiale pourrait avoir des conséquences dramatiques pour celle-ci et ses occupants. Enfin, il  faut prendre en compte l’overview effect.

L’overview effect est un phénomène expérimenté par certains astronautes lorsqu’ils voient la Terre dans son intégralité et qu’ils prennent alors conscience de sa fragilité, ainsi que de la nécessité pour ses habitants de s’unir afin de protéger ce point bleu pâle suspendu dans l’immensité de l’espace (Thomas Pesquet a lui-même déclaré avoir éprouvé ce sentiment). Nos stupides petites querelles paraissent alors insignifiantes face à la beauté de notre planète et à l’urgence de la préserver (on peut également ressentir l’overview effect en regardant des images du globe terrestre vu de l’espace : c’est mon cas. Sauf que chez moi, l’émerveillement est généralement suivi d’une crise d’angoisse parce que l’idée que je vis sur un caillou qui flotte dans le vide me fait horriblement flipper si j’y pense trop longtemps).

En résumé, il est probable que les astronautes ne se taperaient pas dessus même si leurs compatriotes étaient en train de le faire sur Terre.

(Les Bisounours approuvent)

Quant à la NASA, figurez-vous qu’elle m’a répondu pour s’excuser d’avoir mis six semaines à m’envoyer un mail dans lequel l’agence fait son autopromotion… mais ignore totalement ma question ! Je me suis bien marrée en lisant son message – même si je risque de beaucoup moins rigoler le jour où j’irai aux Etats-Unis et où je me ferai arrêter par la Homeland Security à la descente de l’avion, parce que mon nom figure désormais sur une liste noire de blogueuses posant des questions cheloues.

Tant pis. De toute façon, la réponse de la NASA n’aurait pas pu rivaliser avec cette réplique qu’un internaute a laissé en guise de réponse à la fameuse question : Yuri, pass the popcorn.

Les statues de Youri Gagarine à La Cité des Etoiles de Moscou - Planche de bande dessinée

Le Grand Youri

Appréciant le comique de répétition, j’ai été ravie de constater que Dans la combi de Thomas Pesquet est bourrée de running gags (et de gags tout court), comme par exemple celui mettant en scène Buzz Aldrin, qui fait plusieurs apparitions désopilantes pour conseiller Thomas (les deux astronautes se sont d’ailleurs réellement rencontrés).

Cependant, le running gag qui m’a fait le plus rire est celui qui tourne autour du culte que les Russes vouent à Youri Gagarine : le premier homme à être allé dans l’espace semble être un demi-dieu à leurs yeux, et gare à celles et ceux qui lui manquent de respect ! Thomas Pesquet a d’ailleurs failli avoir un petit souci à ce sujet lorsqu’il a tapé un high five à une statue du Grand Youri (Marion a confirmé en interview que l’anecdote était réelle), ce qui lui a valu des regards de travers de la part du personnel de La Cité des Etoiles (nom du complexe qui accueille notamment le centre d’entraînement des astronautes russes, baptisé… Centre Youri Gagarine !).

Au début, j’ai pensé que l’autrice forçait un peu le trait à des fins humoristiques, d’autant qu’elle a mélangé anecdotes réelles et inventées ; mais en découvrant l’histoire véridique (et qui m’a valu un énorme fou rire, merci ô Grand Youri) de la pause-pipi imposée aux astronautes sur le chemin du pas de tir, exactement au même endroit que Youri y’a cinquante ans et qui implique d’uriner sur une roue du bus les transportant (les astronautes de sexe féminin peuvent verser le contenu d’une bouteille d’eau à la place), je me suis dit que Marion n’avait peut-être pas autant forcé le trait que ça.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule tradition héritée du Grand Youri à laquelle Thomas Pesquet, Peggy Whitson et Oleg Novitski ont dû sacrifier avant leur départ : ils ont également dû planter un arbre dans l’Allée des Héros, comme Youri en 1961 ; et signer la porte de leur chambre d’hôtel, comme Youri en 1961.

Le chouchou des profs - Strip extrait de Dans la combi de Thomas Pesquet

J’ai également beaucoup aimé le fait que Marion Montaigne se paie gentiment la tête de Thomas tout au long de la BD. Elle le dépeint par exemple comme ayant tendance à devenir le chouchou de ses professeurs (ce qui l’a apparemment fait rire) ; ou bien en train de se la raconter un tout petit peu, comme lorsque Luca Parmitano le charrie sur son choix de voiture (une Camaro décapotable) et qu’il lui répond qu’il ne voit pas l’intérêt d’être astronaute s’il ne peut pas un peu se la péter quand il s’entraîne à la NASA. 

Avec le recul, j’ai un peu honte de me moquer de lui dans le livre, alors qu’il a fait quelque chose d’extraordinaire… Mais c’est ma manière de rendre cela accessible, de créer une proximité avec le lecteur. Et puis Thomas lui-même raconte des blagues et des anecdotes peu glorieuses, donc ce ton lui va bien.

Marion Montaigne, dans une interview publiée sur le site de Télérama, le 9 décembre 2017

On peut aussi se demander si la constante mise en boîte de Thomas Pesquet dans la BD n’avait pas pour but d’écorner l’image de gendre idéal au sujet de laquelle il a été critiqué durant son séjour à bord de l’ISS. On a également reproché à l’astronaute français de trop communiquer autour de sa mission et d’être trop présent sur les réseaux sociaux pendant celle-ci. Il est vrai que Thomas est doué pour la communication, et pour cause : il s’agit de l’une des qualités recherchées chez les aspirants-astronautes. Dans la BD, Thomas explique d’ailleurs que donner des interviews ou participer à des reportages fait partie de son contrat.

Communiquer sur leurs activités et leurs projets est important pour les agences spatiales : cela leur permet de provoquer ou de maintenir l’intérêt du public, dont le degré a tendance à se répercuter sur les fonds qui leur sont alloués. Or, il est indéniable que la communication autour de la mission de Thomas Pesquet a suscité une vague d’intérêt pour l’espace chez des gens qui ne s’intéressaient jusque-là que très vaguement au sujet : j’en suis moi-même la preuve !

Les astronautes Thomas Pesquet, Peggy Whitson et Oleg Novitski en combinaison Sokol

Vers l’infini… et les toilettes spatiales ! 

Le 17 novembre 2016, Thomas Pesquet, Peggy Whitson et Oleg Novitski décollent du cosmodrome de Baïkonour à bord de Soyouz MS-03. Deux jours plus tard, ils rejoignent la Station Spatiale Internationale où se trouvent déjà les astro…

Cosmodrome de Baïkonour : *s’éclaircit la gorge*

Moi : Ah non mais vous allez me ficher la paix, oui ?!

Cosmodrome de Baïkonour : Ben oui mais tu as présenté les autres, alors pourquoi pas moi ?

NASA et Roscosmos : Oui enfin, si on peut appeler ça présenter hein…

Stations spatiales datant d’avant l’ISS : C’est clair.

Moi : Keviiiiiiiiiin !

Cosmodrome de Baïkonour : Te fatigue pas, il boude : il paraît que tu l’as vexé. Du coup, vu que je suis là, tu me présentes ?

Moi : *soupir*

Le cosmodrome de Baïkonour, nommé d’après la ville du même nom, est situé au beau milieu de la steppe kazakhe et possède une superficie de presque 7 000 km2. Le site, qui s’appelait alors Tioura-Tam, a été choisi dans les années 50 comme base de lancement en raison de sa très faible densité de population. Après l’éclatement de l’Union Soviétique en 1991, la Russie établit le contrat suivant avec le Kazakhstan : afin de pouvoir conserver l’usage du cosmodrome de Baïkonour, le gouvernement russe verse 115 millions de dollars par an à l’état kazakhe (on comprend mieux pourquoi Roscosmos fait casquer 80 millions de dollars par siège de Soyouz, faut bien payer le loyer !).

Et comme depuis 2011 l’agence spatiale russe est la seule (avec l’agence chinoise mais comme dit plus haut, cette dernière fait bande à part) à pouvoir lancer des vols habités, tous les astronautes qui se rendent sur l’ISS décollent donc de Baïkonour.

La difficulté de manger en impesanteur - Strip de bande dessinée

Le 19 novembre 2016, Thomas Pesquet, Peggy Whitson et Oleg Novitski rejoignent les astronautes Shane Kimbrough, Sergueï Ryjikov et Andreï Borissenko à bord de la Station Spatiale Internationale.

Thomas, dont c’est le premier vol, doit d’abord s’habituer aux effets de l’impesanteur qui a tendance à…

Apesanteur : *s’éclaircit la gorge*

Moi : Ce running gag commence à être franchement relou. Qu’est-ce qu’il y a encore ?!

Apesanteur : C’est juste pour signaler que tu m’as mal orthographiée.

Impesanteur : Ah d’accord, paie ton gros ego qui ne passe plus les pages du dico ! Figure-toi que je suis également un vrai mot et qu’il désormais préférable de m’utiliser à ta place, à la fois pour des raisons étymologiques et pour éviter la confusion orale entre l’apesanteur et la pesanteur. On peut aussi utiliser le terme anglophone de zero-g.

Apesanteur : Quoi ?! Sale usurpatrice, si tu crois que je vais te laisser mettre fin à mon usage comme ça ! J’étais là avant toi, et il y a même un chanteur français qui a connu un gros succès avec une chanson à ma gloire !

Impesanteur : Oh tu veux parler de cette insupportable chanson d’ascenseur qui nous a fait saigner du tympan durant tout l’été 2002, et que tu viens de coller dans la tête des lectrices et lecteurs de ce blog qui vont maintenant la fredonner toute la journée ?

(Si vous êtes dans ce cas, levez une main rageuse en commentaire, Kevin s’occupera des réclamations quand il aura fini de bouder.)

Apesanteur : Je te hais ! Je te hais !

(Les Bisounours désapprouvent)

Les joies de l'impesanteur dans l'ISS - Planche de BD

Je disais donc que l’impesanteur a une nette tendance à compliquer les gestes du quotidien.

Manger peut par exemple être une affaire plutôt salissante (petite astuce donnée par Peggy Whitson à Thomas : porter son t-shirt le plus moche pendant les repas). La nourriture des astronautes est principalement lyophilisée ou en conserve, mais les menus sont parfois agrémentés de produits frais. Les aliments qui peuvent s’émietter sont interdits (les miettes pourraient aller se loger dans les yeux des astronautes ou dans les équipements de la station) ; tout comme le sel, le poivre et autres condiments en grains.

(Pour des raisons évidentes, l’alcool est également prohibé ; de même que les boissons gazeuses : dans l’espace, le liquide et le gaz ne se dissocient pas, ce qui peut causer des troubles digestifs. Je connais une Caro Astronaute accro à l’eau gazeuse et au Coca Light qui va sacrément râler.)

L’hygiène nécessite également quelques aménagements. Il n’est pas possible de prendre une douche à bord de l’ISS (des concepts de douche spatiale ont été testés à bord des stations spatiales Skylab et Saliout dans les années 70 mais se sont révélés peu concluants) : les astronautes se lavent donc avec des lingettes et du shampoing sans rinçage.

Il n’est pas possible non plus de faire sa lessive sur la station : par conséquent, ses occupants reçoivent régulièrement de nouveaux vêtements. Quant à leur linge sale, ils le déposent avec leurs déchets dans les cargos ravitailleurs qui brûlent en rentrant dans l’atmosphère (en parlant des déchets, figurez-vous qu’il y a un employé de la NASA dont le travail consiste à traquer ceux de l’ISS – tout est scanné à bord de la station – et à indiquer aux astronautes une place précise où les ranger dans le module-poubelle. C’est le Marie Kondo de l’espace).

Puis il y a les hilarants WC spatiaux.

Plus exactement, ils sont hilarants quand tu les découvres tranquillement installée sur ton canapé en buvant ta douzième tasse d’Earl Grey de la journée (#PassionBergamote), sécurisée par la proximité de tes confortables toilettes terrestres. En revanche, laissez-moi vous dire que Caro Astronaute, qui fait pipi tous les quarts d’heure, va nettement moins se marrer lorsqu’elle va devoir utiliser le Waste Collector System de l’ISS, au fonctionnement duquel Marion Montaigne consacre plusieurs planches : il paraît que la question du petit coin est l’une de celles qui sont le plus souvent posées aux astronautes.

Et là, accrochez-vous bien à votre rouleau de papier triple épaisseur à petites fleurs, parce que les WC spatiaux sont peut-être drôles quand vous n’avez pas vous-même à vous en servir, mais lorsque vous devez vous les coltiner pendant six mois, ils deviennent assez horrifiants !

Pour la petite commission, les astronautes utilisent un système d’aspiration : chacun d’entre eux possède son propre « entonnoir » (les hommes et les femmes ont évidemment des dispositifs différents), qu’il fixe à un tuyau. L’urine est ensuite recyclée en eau potable (il en est d’ailleurs de même pour la transpiration).

Les choses se compliquent un peu plus pour la grosse commission. Pour commencer, la cuvette du WCS ne fait que dix centimètres de large (contre 40 à 45 cm sur Terre).  Ensuite, étant donné qu’à cause de l’impesanteur on ne peut pas vraiment poser son popotin sur ladite cuvette, il faut donc faire son affaire en flottant au-dessus de celle-ci (quelque chose me dit que les femmes astronautes sont plus douées que leurs collègues masculins à ce jeu-là).

Puis, il y a le petit souci de la séparation. Voyez-vous, sur Terre, c’est la gravité qui aide le vous-voyez-de-quoi-je-parle à se détacher de notre corps. Sur l’ISS, c’est un flot d’air qui s’en charge : le vous-voyez-de-quoi-je-parle tombe alors dans un petit sachet qu’on place ensuite dans un container en aluminium qui, une fois plein, est entreposé dans le module de stockage de déchets.

Voilà pourquoi, au Johnson Space Center de la NASA, il y a des toilettes d’entraînement dont la cuvette est munie d’une caméra pour que les futurs occupants de la station spatiale puissent s’exercer à se positionner correctement.

En ce qui concerne les allers-retours en Soyouz ainsi que les sorties extra-véhiculaires, il faut savoir que les combinaisons comportent ce qu’on appelle des Maximun Absorbency Garments – autrement dit, des couches.

Enfin, puisque nous sommes en plein sujet glamour, je me suis demandé comment les astronautes féminines gèrent leurs règles dans l’espace : la plupart d’entre elles suppriment simplement leurs menstruations en prenant une pilule contraceptive en continu.

Les toilettes de l'ISS

What the phoque

Il y a une autre question, encore plus délicate que celle de savoir comment les astronautes font leurs besoins, qui est souvent posée sur Internet et qui est brièvement évoquée dans la BD : est-il possible d’avoir des relations sexuelles dans l’espace et est-ce que cela s’est déjà produit ?

Au-delà de satisfaire notre curiosité mal placée, la question est également intéressante d’un point de vue scientifique : des études ont d’ailleurs été menées sur le sujet.

Il s’avère qu’en matière de sexualité, la gravité est notre amie, et bien qu’il soit possible de faire vous-savez-quoi en impesanteur, cette dernière complique pas mal les choses, pour plusieurs raisons.

D’abord, étant donné que l’absence de gravité a tendance à faire remonter le sang dans la partie supérieure du corps, cela peut causer quelques problèmes techniques, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. De plus, l’impesanteur affecte les hormones et provoque une baisse de la libido. Autrement dit, la zéro-g n’incite pas vraiment notre organisme à se sentir d’humeur sexy.

Ensuite, l’impesanteur rend impossible non seulement le fait de rester collé l’un contre l’autre, mais également celui de demeurer appuyé contre une surface (les astronautes flottent même dans leur sac de couchage). Il faudrait donc que les partenaires s’attachent ensemble, tout en étant aussi attachés à une partie de la station. Là encore, à moins d’être branché bondage, paie ton ambiance torride.

Il faut également prendre en compte le fait que la transpiration est plus abondante et surtout adhère plus à la peau en l’absence de gravité, ce qui risque de rendre la chose plutôt désagréable. Il y a aussi l’inconvénient des fluides qui flottent en impesanteur : or personne n’a envie de se retrouver nez-à-nez avec des bulles du type de fluides qu’implique ce style d’activité.

Enfin, il y a la question de l’intimité, pas évidente à trouver à bord d’un vaisseau ou d’une station spatiale ; sans parler du fait que les membres d’équipage sont presque constamment monitorés d’une manière ou d’une autre par le contrôle au sol (des astronautes interrogés sur le sujet ont cependant déclaré que l’ISS offre suffisamment d’intimité pour pouvoir recourir à ce que nous appellerons pudiquement la bonne vieille méthode manuelle).

Les agences spatiales sont pour l’instant réticentes à étudier la notion de sexualité dans l’espace, sur laquelle elles devront pourtant sérieusement se pencher à mesure que l’exploration spatiale progressera et que les missions deviendront de plus en plus longues (à terme, il faudra peut-être également étudier la reproduction dans l’espace). Elles n’interdisent pas explicitement les relations entre astronautes, mais le code de conduite de l’ISS stipule qu’il faut éviter les comportements inappropriés entre collègues et ne pas favoriser un membre d’équipage plus que les autres, ce qui est une façon détournée de statuer sur la question.

Officiellement, personne ne s’est jamais envoyé en l’air dans l’espace, et aucune expérience…

James Bond : *s’éclaircit la gorge*

Moi : Ah non mais y’en a marre ! Qui a écrit un running gag aussi pourri ? En plus, si c’est pour me parler de la scène finale de Moonraker (qui, soit dit en passant, est l’un des plus mauvais films de ta franchise) tu peux directement retourner secouer ta vodka-martini !

James Bond : Mais Holly et moi avons pourtant…

Moi : Que dalle ! Les galipettes de cinéma dans une navette spatiale fictive ne comptent pas, sans compter que la séquence n’a même pas été réellement filmée en impesanteur !

Tom Cruise et Annabelle Wallis en impesanteur dans le film La Momie

Certes, mais vu à quel point ton remake de La Momie était mauvais, à ta place, je ne la ramènerais pas trop, Tom.

Je disais donc qu’officiellement, personne n’a jamais pratiqué la bagatelle dans l’espace, et qu’aucune expérience impliquant des humains n’a été conduite sur le sujet – même si certaines rumeurs, dont la véracité n’a jamais été prouvée, prétendent le contraire.

Dans Packing for Mars, Mary Roach aborde le thème du sexe dans l’espace et raconte deux histoires qui m’ont causé un énorme fou rire.

En 1997, l’auteur américain George Harry Stine publie un livre de non-fiction intitulé Living in Space, dans lequel il prétend que la NASA aurait secrètement mené une expérience sur la sexualité en impesanteur (avec des cobayes humains dans une piscine à flottabilité neutre), et qu’elle serait parvenue à la conclusion qu’un couple peut parfaitement avoir des relations sexuelles en zéro-g… à condition qu’une troisième personne soit présente pour l’assister.

Non-mais-imaginez-la-scène.

Evidemment, cette expérience n’a probablement jamais eu lieu ; d’autant plus que la crédibilité de Stine est compromise par le fait qu’il explique que l’idée du troisième individu s’inspirerait d’une méthode employée par les dauphins pendant l’accouplement – or, en réalité, les dauphins font bien ça à deux.

Néanmoins, Mary Roach précise avoir demandé au Marshall Space Flight Center (situé à Huntsville, en Alabama), lieu où la fameuse expérience est censée s’être déroulée, s’il savait d’où pouvait bien provenir cette rumeur. Le centre a répondu à son message… tout en ignorant soigneusement sa question (comme quoi, il n’y a pas qu’à moi que la NASA refuse de répondre).

Du coup, mystère et dauphin de l’espace. Quoi qu’il en soit : non-mais-n’empêche-imaginez-la-scène !

Image GIF d'un dauphin

Mary Roach explique aussi que, l’eau étant ce qui se rapproche le plus de l’impesanteur sur Terre, des scientifiques ont étudié des phoques pendant la saison des amours, dans le cadre de recherches sur la sexualité en zéro-g.

Evidemment, ça n’a pas loupé : je me suis aussitôt imaginé un couple de phoques essayant de se faire un gros câlin à bord de l’ISS et rebondissant un peu partout sur les parois de la station, en détruisant de coûteux équipements au passage !

Image GIF d'un phoque

Major Tom

Quand les astronautes ne font pas flotter des bulles d’eau ou n’enfilent pas un costume de gorille pour poursuivre leurs collègues (une blague signée Scott Kelly, astronaute américain qui a la particularité d’avoir un frère jumeau également astronaute, Mark), ils partagent leur temps entre la maintenance de la station et la réalisation d’expériences.

L’ISS est en effet un grand laboratoire spatial qui permet soit de réaliser des expériences scientifiques impossibles à effectuer sur Terre, soit de les mener dans des conditions différentes : c’est sa principale fonction. Dans le cadre de la mission Proxima, Thomas Pesquet a ainsi réalisé plusieurs dizaines d’expériences.

La seconde fonction de l’ISS est de maintenir une présence dans l’espace et de servir de base aux futurs projets d’exploration spatiale (puis c’est quand même un peu la classe d’avoir une station spatiale, surtout pour des gens qui n’ont plus été fichus de sortir de l’orbite basse terrestre depuis 1972. Grâce à l’ISS, on aura peut-être l’air un tout petit peu moins ridicule quand les aliens se pointeront avec leurs vaisseaux à vitesse superluminique équipés de la gravité artificielle, d’une serre et de George Clooney qu’ils auront récupéré).

L’utilité de la Station Spatiale Internationale est régulièrement remise en question : on lui reproche d’être trop coûteuse et peu rentable. La fin de la BD aborde d’ailleurs ce point et prend la défense de l’ISS, en citant notamment Vannevar Bush. Dans un essai datant de 1945 et intitulé Science, The Endless Frontier, cet ingénieur américain (qui fut, entre autres, conseiller scientifique auprès du président Franklin D. Roosevelt) a en effet écrit qu’on ne sait jamais quels résultats la recherche scientifique donnera sur le long terme, et que par conséquent celle-ci n’a pas à être rentable. Opinion que je partage complètement – et c’est une fille qui a profondément haï les matières scientifiques durant toute sa scolarité qui vous dit ça !

Ajoutons que le budget annuel de la NASA est actuellement de 21.5 milliards de dollars contre presque 700 milliards de dollars pour le budget militaire américain ; et qu’en Europe, envoyer des astronautes sur l’ISS coûte seulement 2 € par an et par habitant.

Thomas Pesquet lors d'une sortie extravéhiculaire

En plus de réaliser des expériences scientifiques et de saigner du tympan en écoutant les chansons country favorites de Peggy Whitson à base de castor du Mississippi et de cœur comme un steak sur le barbecue de la passion (un autre running gag qui m’a bien fait rire), Thomas Pesquet doit aussi faire deux heures de sport par jour (l’ISS est équipée de plusieurs machines à cet effet).

Durant sa mission, Thomas effectue également deux EVA (Extra-Vehicular Activity – terme auquel je préfère celui, plus poétique, de spacewalk), c’est-à-dire des sorties extra-véhiculaires destinées à effectuer des opérations de maintenance et des réparations sur l’extérieur de la station.

Deux types de combinaisons spatiales sont utilisés par les astronautes de l’ISS lors des EVA. Les Américains se servent du scaphandre EMU (Extravehicular Mobility Unit), composé de deux parties qui se joignent à la taille. Les Russes emploient le scaphandre Orlan (aigle), qui s’enfile par une ouverture pratiquée dans le dos. L’EMU et l’Orlan possèdent tous deux une autonomie d’environ 9h.

Les astronautes d’autres nationalités se servent principalement de l’EMU mais savent également utiliser l’Orlan (à noter que pour le lancement et l’atterrissage à bord du Soyouz, les membres d’équipage revêtent la combinaison russe intra-véhiculaire Sokol – qui signifie faucon). Sous leur scaphandre, les astronautes portent une sous-combinaison équipée d’un système de régulation de la température.

Durant une EVA, les astronautes sont constamment reliés à l’ISS par un câble de sécurité (ils sont également accrochés à la coque de la station par des mousquetons). Si néanmoins ce câble devait se détacher (ce qui ne s’est jamais produit depuis la mise en service de l’ISS), l’astronaute pourrait regagner l’ISS à l’aide du SAFER, un système de propulsion installé sous le backpack de sa combinaison – à condition que celle-ci soit une EMU, les Orlan ne comportant en effet pas de système de secours.

Si plusieurs astronautes ont connu des incidents lors d’une EVA, il ne s’est cependant jamais produit d’accident mortel au cours d’une spacewalk. Personne n’est jamais non plus décédé à bord de l’ISS.

Ce qui n’a pas empêché Marion Montaigne de se demander ce qui se passerait si un astronaute mourrait durant sa mission sur la station. Étrangement, alors qu’il y a pratiquement une procédure pour le moindre geste effectué à bord de l’ISS et que la marche à suivre pour traiter toutes sortes de maux (les astronautes sont formés aux soins d’urgence) est détaillée dans des documents de plusieurs centaines de pages, il ne semble cependant pas exister de protocole définissant précisément quoi faire en cas de décès. Il y a des sacs mortuaires à bord de la station mais pas de procédure établissant où stocker le corps et comment le ramener sur Terre. Dans la BD, lorsque Thomas pose la question à une employée de la NASA, celle-ci lui répond que si une telle catastrophe se produisait, il faudrait improviser.

C’est là tout le paradoxe des agences spatiales : elles expédient des gens dans le milieu le plus hostile à l’être humain qui soit, mais préfèrent ne pas envisager le pire  !

Thomas Pesquet et Oleg Novitski atterrissent au Kazakhstan

Le 2 juin 2017, Thomas Pesquet atterrit au Kazakhstan en compagnie d’Oleg Novitski. Il est aussitôt ramené au centre d’entraînement des astronautes européens à Cologne, où il subit une batterie d’examens afin de vérifier que l’absence de gravité n’a pas trop altéré sa santé.

En plus de compliquer les gestes du quotidien, l’impesanteur a en effet de sérieuses conséquences sur le corps humain, comme par exemple la perte de densité osseuse, l’atrophie musculaire ou la baisse de l’acuité visuelle. J’ai aussi appris un fait qui m’a rendue un peu nauséeuse : en zéro-g, les organes flottent à l’intérieur du corps !

Thomas Pesquet devrait repartir sur l’ISS en 2020 ou 2021.

Thomas Pesquet et Marion Montaigne présentent la BD

Aussi drôle qu’instructive (il faut dire que Marion Montaigne excelle dans la vulgarisation scientifique humoristique), Dans la combi de Thomas Pesquet s’emploie de plus à démythifier la profession d’astronaute, dont on a parfois tendance à se faire une idée un peu trop hollywoodienne.

En réalité, loin d’être glamour, la vie d’un astronaute est faite d’entraînements intensifs et de sacrifices personnels, tout ça pour aller passer six mois à bord d’une station spatiale en orbite basse terrestre, sans même avoir la certitude d’y aller un jour, et sans savoir ensuite si l’on y retournera. Le tout en espérant être toujours performant quand les missions lunaires reprendront ou lorsque les premiers vols habités vers Mars partiront.

Ainsi que l’écrit Mary Roach dans Packing for Mars : Environ 1% de la carrière d’un astronaute se déroule dans l’espace, et seulement 1% du temps qu’il passe dans l’espace se déroule dans une combinaison. Le reste du temps, l’astronaute s’entraîne, participe à la formation des nouvelles recrues, travaille sur des projets de son agence spatiale ou occupe un poste administratif au sein de celle-ci, fait office de CapCom (abréviation de capsule communicator, c’est-à-dire l’officier qui assure la communication entre le contrôle au sol et l’équipage au cours d’une mission), et répond à des questions existentielles telles que : comment fait-on pipi dans la station spatiale ? A quelle fréquence l’ISS est-elle ravitaillée en chocolat ? Avez-vous déjà croisé un ours de l’espace ? Caro Astronaute est-elle aussi belle en vrai qu’en photo ?

Image Gif de Thomas Pesquet flottant dans l'ISS

En ce qui concerne Thomas Pesquet et la moto, le mystère reste entier. Thomas, si tu passes par là…

Si vous aussi vous avez envie de lire cette BD, et de soutenir ce blog par la même occasion (merci ♥), vous pouvez passer par ce lien pour vous la procurer : Dans la combi de Thomas Pesquet

(Pour en savoir plus au sujet de l’affiliation Amazon, c’est par là)

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*Le Dr Brody est nommé d’après l’un des mes propres crushes chelous : saurez-vous deviner lequel ?

**Si vous aussi vous vous demandez pourquoi Thomas a les cheveux blonds dans la BD, alors qu’en réalité il est brun (détail qui m’a intriguée tout au long de ma lecture), c’est tout simplement parce que Marion Montaigne a galéré pour le représenter :

J’ai eu du mal à le dessiner, car il n’a rien de saillant physiquement. J’aurais pourtant bien aimé qu’il ait un gros pif, ou quelque chose du genre ! J’ai fini par en faire une sorte de Tintin, avec des cheveux trop clairs par rapport à la réalité – je me suis basée sur une photo d’il y a quelques années, où il était plus blond. 

(Marion Montaigne, dans une interview publiée sur le site de Télérama, le 9 décembre 2017)

14 réflexions au sujet de « Dans la combi de Thomas Pesquet »

  1. Thomas Pesquet, une vie et un destin hors norme ! Une vie de sacrifices et d’entraînement intensif qu’on a tendance à oublier. Je garde en tête les incroyables clichés faits de là-haut. La conquête de l’espace m’a toujours fascinée, encore plus depuis qu’elle permet de sensibiliser sur la préservation de notre belle planète ! Et la version BD c’est top !

    • Je trouve ça aussi génial que l’exploration spatiale permette, de façon finalement un peu paradoxale, de placer le focus sur notre petite planète – parce que c’est bien joli de vouloir aller dans les étoiles mais en attendant il faudrait penser à préserver le seul endroit où nous sommes capables de vivre, sinon personne n’ira nulle part de toute manière !

      C’est grâce aux photos que Thomas Pesquet postait sur Twitter que j’ai commencé à m’intéresser à lui et à sa mission, et par extension à l’exploration spatiale. Comme quoi, la communication, même si elle est jugée excessive, a du bon 🙂

      Sinon je trouve que les astronautes ne sont pas assez payés pour ce qu’ils font. Surtout si on compare avec les footballeurs, par exemple…

  2. Très intéressant cet article ! La BD donne vraiment envie ! Je n’ai jamais été plus que ça intéressée par les astronautes et compagnie mais mon copain étant fan j’ai beaucoup appris ces derniers temps, et je suis désormais fascinée… quel monde à part, quel homme ! Il en faut du courage, de la passion et du dévouement pour arriver à réaliser ce rêve. J’ai eu la chance de voir le film « Dans les yeux de Thomas Pesquet » sur un écran géant à Vulcania en Auvergne il y a peu, j’ai trouvé les images si reposantes, on ne réalise pas tout le travail derrière en voyant ces hommes et femmes flotter avec tant de grâce… merci de m’avoir rappelé ce joli moment 🙂

    • La BD est franchement géniale (et je conseille aussi la série Tu mourras moins bête. Ce sont des BD mais il y a aussi une série qu’on peut trouver sur Youtube, sur la chaîne d’Arte) ! Marion Montaigne possède un véritable don pour vulgariser avec humour des concepts parfois assez ardus – même quand on est un-e demeuré-e de la science dans mon genre, on comprend tout XD !

      Moi aussi je n’étais que vaguement intéressée par l’espace, etc, avant la mission de Thomas. Depuis j’ai lu plein de livres sur la course à l’espace et je trouve cette partie de notre histoire totalement fascinante.

      Je n’ai pas vu « Dans les yeux de Thomas Pesquet » mais j’ai vu « Dans la peau de Thomas Pesquet », du même réalisateur. Les images étaient sublimes (en revanche, la réalité virtuelle avec l’écran qu’on peut tourner à 360° m’a un peu filé le vertige ^^).

  3. Super chronique, très amusante et instructive ! Je suis fan de l’espace depuis toujours mais la mission de Thomas Pesquet m’a passionnée et j’adore aussi Peggy Whitson. Cette BD a l’air super et tu as dû passer un temps fou à te renseigner sur tous ces points !

    • Merci Frankie ♥ !
      Oui, de la lecture de la BD à la publication de l’article, ça m’a pris 3 mois de travail 😛 ! Mais j’étais inspirée et comme ces derniers temps j’avais un peu perdu mon mojo bloguesque, j’en ai profité ! Puis je me suis vraiment éclatée à écrire cet article.

  4. J’ai appris tellement de chose en lisant ton article, et moi qui ne suis pas très BD ça m’a pourtant bien donner envie de la tenter ! Thomas Pesquet est quand meme extraordinaire, et il faut quand même bien ça pour aller dans l’espace (là c’est mon rêve de petite fille de devenir astronaute qui parle)!!

    • Merci Farah ! 🙂

      Après avoir lu une demi-douzaine de bouquins sur la conquête spatiale, il est clair pour moi que les astronautes ne sont pas des femmes et des hommes comme les autres… ils sont complètement fadas XD ! Plus sérieusement, la somme de travail et de sacrifices que cette profession demande est hallucinante.

      Je n’ai jamais rêvé de devenir astronaute (ce qui est aussi bien, vu que j’ai la phobie de l’avion et que je suis une demeurée en sciences ^^) mais j’aurais adoré travaillé pour le SETI à la recherche d’extraterrestres ! 😛

  5. J’ai aimé ton article et surtout tes traits d’humour. En tout cas, grâce à cet homme, nous avons pu voir de jolies choses et mieux comprendre certaines choses encore floues pour les « pieds sur terre ».
    Après, il n’a pas le droit de monnayer mais je pense qu’avec tout ce qui est sorti, il a quand même monnayé car entre les livres reportages, les interviews, les dédicaces, etc… mais cela n’entache en rien ce qu’il a pu vivre et je lui tire mon chapeau.

    • Merci beaucoup Claude !

      Sinon, les astronautes de l’ESA n’ont pas non plus le droit de se faire rémunérer pour leurs apparitions, donc ils ne peuvent pas monnayer leurs interviews et séances de dédicaces. Thomas ne touche pas d’argent non plus sur cette BD. Quant à son livre de photos, Terre(s), les droits d’auteur sont reversés à une association caritative.

      A noter que je ne lui aurais pas jeté la pierre s’il avait fait de la pub hein, d’autant qu’il serait apparemment très sollicité 🙂 . Mais pour le coup, il n’a réellement pas le droit. C’est d’ailleurs pareil pour les astronautes de la NASA : eux non plus non pas le droit de monnayer leur image tant qu’ils sont en statut actif.

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