Deux fois Alice Hoffman

J’ai lu ces deux romans en 2010 et les chroniques ont été initialement publiées sur la V1 du blog.

Prémonitions d'Alice Hoffman

Prémonitions – Alice Hoffman

Le jour de ses 13 ans, comme toutes les femmes de sa famille avant elle, Stella Sparrow découvre le don particulier dont elle a hérité : elle est capable de prédire la mort des gens rien qu’en les regardant. Alors qu’elle déjeune avec son père, Will, dans un restaurant, Stella voit qu’une des femmes présentes va mourir assassinée, la gorge tranchée ; et lorsque la jeune femme en question est effectivement retrouvée égorgée, Will est accusé du meurtre. Stella et sa mère Jenny deviennent la proie des journalistes et, pour protéger sa fille, Jenny décide de l’envoyer chez sa grand-mère Elinor. Stella débarque donc à Cake House, bientôt suivie de Jenny, et voilà les trois femmes Sparrow forcées de cohabiter sous le même toit.

Ce livre m’a un peu rappelé un précédent roman d’Alice Hoffman, Les ensorceleuses. Prémonitions raconte également l’histoire d’une lignée de femmes possédant des pouvoirs magiques, sauf qu’ici il ne s’agit pas de deux sœurs mais d’une mère, de sa fille et de sa petite-fille – Elinor, Jenny et Stella Sparrow – et  à travers elles, de toutes celles qui les ont précédées, jusqu’à la première de la lignée, Rebecca Sparrow. Il faut toutefois préciser que le surnaturel n’est pas le thème principal de Prémonitions, comme le titre pourrait le laisser penser. Non, comme bien souvent dans les histoires d’Hoffman, la magie ne constitue qu’une trame secondaire – l’auteur est d’ailleurs considéré comme une spécialiste du réalisme magique. Le véritable sujet du roman, ce sont les liens entre les gens, notamment les liens familiaux. Prémonitions n’est pas un « livre de sorcières », c’est un livre sur les relations entre mère et fille. Mais c’est également un livre sur l’amour, qu’il soit révélé ou caché, réciproque ou non, en train de naître ou présent depuis longtemps.

Si le personnage de Stella m’a un peu agacée, j’ai en revanche beaucoup aimé ceux d’Elinor et de Jenny. Murée dans l’isolement depuis la mort de son mari et le départ de sa fille unique, Elinor Sparrow se dévoue à son jardin, dans lequel elle s’acharne à essayer de faire pousser une rose bleue. Elle n’a plus revu Jenny depuis plus de vingt ans et ne connaissait pas Stella jusqu’à ce que celle-ci vienne vivre avec elle. Jenny, quant à elle, en a voulu à Elinor de son indifférence et a donc tout fait pour être une mère irréprochable pour Stella – mais cette dernière ne lui en est guère reconnaissante. La cohabitation entre ces trois-là s’avère difficile mais au fil de l’histoire, on découvre que le lien qui lie une mère à sa fille ne se rompt jamais, quelles que soient les épreuves que le temps lui ont fait subir.

Elinor a été pour moi le personnage le plus émouvant de ce roman. J’ai adoré sa relation tout en non-dits avec le docteur Brock Stewart, tout comme j’ai adoré la relation de fausse haine qu’entretient celui-ci avec le vieux cheval dont il a hérité d’un patient et qu’il a baptisé « Plus tôt ». Et j’ai particulièrement aimé une des toutes dernières scènes du roman, celle où Elinor et le docteur Stewart sont assis dans le jardin de Cake House. Tout simplement sublime.

L’histoire de Jenny et de Matt est également très jolie. Joli et émouvant sont finalement les deux adjectifs qui conviennent pour décrire ce roman tout en finesse et en subtilité, tissé de petits détails qui en font le charme (comme les noms qu’Elinor a inventé pour chaque sorte de pluie, par exemple) et imprégné d’une atmosphère bien particulière. Il y a très peu d’action et on a parfois l’impression que le temps s’est arrêté dans la petite ville d’Unity depuis que Rebecca Sparrow, la première de la lignée, y est apparue un beau jour comme par magie, avant d’être accusée de sorcellerie et noyée par ses concitoyens quelques années plus tard. Pourtant, ses descendantes sont restées fidèles à Unity et ont, chacune à leur façon, façonné la ville, grâce au don particulier (différent pour chacune d’elles) dont elles ont hérité. Au bout du compte, Stella parviendra à boucler la boucle et à réconcilier Unity avec le souvenir de Rebecca.

C’est le troisième roman d’Alice Hoffman que je lis et une fois de plus, j’ai beaucoup aimé.

Le troisième ange - Alice Hoffman

Le troisième ange – Alice Hoffman

1999. Maddy est venue à Londres pour assister au mariage de sa sœur aînée Allie avec Paul, ce même Paul dont elle est elle-même tombée amoureuse au cours d’une précédente visite. Elle séjourne au Lion Park Hotel, en face d’une chambre hantée.

1966. Frieda, la future mère de Paul, a vingt ans et travaille comme femme de chambre à l’hôtel Lion Park, où elle rencontre Jamie, musicien talentueux mais toxicomane.

1952. Lucy – qui deviendra la mère de Maddy et d’Allie – et qui est ici adolescente, vient à Londres assister au mariage de la sœur de sa belle-mère. Sa famille descend au Lion Park Hotel.

Le troisième ange est composé de trois histoires distinctes, ayant pour fil rouge le Lion Park Hotel et racontant chacune un épisode déterminant de la vie de quatre femmes, toutes liées les unes aux autres : Maddy, Allie, Frieda et Lucy.

On retrouve dans ce roman un thème cher à Alice Hoffman, celui de l’amour. L’amour entre un homme et une femme, mais surtout l’amour entre les membres d’une famille : entre sœurs, entre une mère et sa fille, entre un père et sa fille. Un amour toujours compliqué, parfois tragique, souvent perdu ou oublié, parfois retrouvé – mais bel et bien là au bout du compte. C’est l’émotion qui domine dans Le troisième ange : elle est présente presque à chaque phrase. Comme dans tous les autres livres d’Hoffman que j’ai lus, il n’y a presque pas d’action, le rythme est lent et cette impression de temps en suspens que j’ai déjà évoquée dans ma chronique sur Prémonitions est également présente – une impression ici renforcée par le fait qu’il s’agit de tranches de vie bien précises, comme des moments mis sous verre. 

La première histoire, La femme du héron, m’a beaucoup touchée.  Maddy et Allie sont deux sœurs que tout semble opposer et qui sont finalement enfermées dans un rôle : Allie, l’aînée parfaite qui fait toujours tout comme il faut ; et Maddy la cadette un peu paumée, qui pense que sa sœur a toujours été la préférée de leur mère et qui se considère comme « la vilaine petite sœur incapable de se conformer aux règles, celle qui, même adulte, continuait à avoir peur de choses ridicules telles que les orages, les souris, les embouteillages ou les avions ». Ayant moi-même souvent éprouvé ce complexe de la sœur « ratée », je me suis sentie très proche de Maddy et ai aussitôt pris son parti contre Allie. Sauf qu’Allie se révèle finalement aussi touchante que sa sœur !

La seconde nouvelle, Lion Park Hotel, nous permet d’en apprendre un peu plus sur le lieu qui sert de fil rouge aux trois histoires : l’hôtel Lion Park.  « Le Lion Park était connu pour sa clientèle excentrique […]. Avec son mobilier éraflé et sa moquette usée, l’établissement faisait un peu minable, mais la vie privée y était respectée. […] tant que l’on n’assassinait personne dans sa chambre, tout y était toléré. Les clients auraient pu être des vampires, la direction s’en moquait à condition qu’ils paient leurs factures en temps et en heure ».  On y retrouve Frieda, rencontrée dans la précédente histoire sous les traits de la mère de Paul. Ici, elle n’a que 20 ans et est en situation de rupture avec sa famille, en particulier avec son père qu’elle a déçu en devenant femme de chambre, au lieu de faire des études. Son histoire d’amour impossible avec Jamie, est émouvante mais finalement, celle qui m’a le plus touchée dans cette nouvelle, c’est Mme Ridge.

La loi de l’amour est l’histoire que j’ai préférée, parce que j’ai adoré le personnage de Lucy (elle aussi croisée dans la première partie du livre en tant que mère de Maddy et d’Allie). On entre immédiatement en empathie avec cette adolescente triste et renfermée sur elle-même, qui déteste sa belle-mère Charlotte et qui est obsédée par la lecture du journal d’Anne Frank. Lucy ne se doute pas qu’elle va se retrouver au cœur d’évènements qui seront à l’origine de la présence du fantôme du Lion Park Hotel. Cette troisième et dernière nouvelle lève donc le voile sur ce mystérieux fantôme dont on parle dans les deux précédentes histoires.

Mais au fait, c’est quoi, ce fameux troisième ange ? Le père de Frieda nous l’explique : « On dit qu’il existe deux anges, celui de la vie et celui de la mort. Mais il y en a un troisième, qui vit parmi nous. […] Il n’a rien de terrible ou d’impressionnant, il ne répand pas non plus de lumière. C’est quelqu’un comme toi et moi, il arrive qu’on ne puisse même pas le distinguer des simples mortels. Et parfois c’est nous qui venons à son secours. Il est sur terre pour nous montrer qui nous sommes réellement ». Si mon propre troisième ange lit ces lignes… je t’attends ! 

4 réflexions au sujet de « Deux fois Alice Hoffman »

  1. Je ne connais pas du tout cette auteure mais je note « Prémonitions » qui me plairait plus je pense. Merci pour la découverte 🙂

    • De la même auteure j’ai également beaucoup aimé « Les ensorceleuses » – le film est très sympa aussi d’ailleurs.

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