J.Edgar, un biopic convaincant

Film vu et chroniqué en 2012 sur la V1 du blog

John Edgar Hoover a fait du célèbre Federal Bureau of Investigation ce qu’il est aujourd’hui : nommé directeur du FBI en 1924 à l’âge de 29 ans, il le resta jusqu’à sa mort en 1972, régnant ainsi près de 48 ans sous huit présidents. Il fut l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20ème siècle : à la fois craint et admiré, honni et révéré, il dissimulait cependant des secrets qui auraient pu ruiner sa carrière. 

Leonardo DiCaprio dans J. Edgar

Le principal atout du film ce sont ses acteurs, à commencer par Leonardo Dicaprio, qui excelle vraiment à faire ressortir les différentes facettes du personnage de Hoover : de son intelligence (il a été le premier à comprendre l’importance des empreintes digitales et des sciences médico-légales, et a élevé la police scientifique au rang d’institution indispensable) à sa paranoïa (il a tendance à voir des communistes partout et possède des dossiers sur toutes les personnalités américaines – y compris les présidents – dont il se sert pour les faire chanter et maintenir sa position à la tête du FBI), en passant par son enthousiasme à réformer le Bureau, son ambition dévorante, son amour du pouvoir et son incapacité à exprimer le moindre sentiment – à ce propos, la performance de Leo est encore plus extraordinaire, puisque son visage est figé dans la même expression (ce qui est aussi dû au fait qu’il porte du maquillage prosthétique, ce qui complique toujours la tâche des acteurs) pratiquement durant tout le film et qu’il parvient quand même à convoyer des émotions. D’ailleurs, il réussit à rendre Hoover sympathique et émouvant à la fin du film, alors qu’on vient de passer deux heures à le trouver à la fois antipathique et pitoyable.

Si Leo en Hoover occupe presque tout l’espace et apparaît pratiquement dans toutes les plans, les seconds rôles ne déméritent pas pour autant. Naomi Watts est impeccable en Helen Gandy, la loyale secrétaire d’Hoover ;  et j’ai beaucoup aimé Armie Hammer qui campe Clyde Tolson, le bras droit et présumé amant de J.Edgar. Quant à Judi Dench, elle réussit à parfaitement illustrer l’emprise psychologique que peut avoir une mère sur son fils (Hoover vécut avec la sienne jusqu’à ce qu’elle décède) : la scène où elle le pousse à renier l’homosexualité qu’il est sur le point de lui avouer est particulièrement frappante.

Là où le film pèche un peu, c’est au niveau du scénario et de la réalisation. Certes, le film s’appelant J.Edgar, je ne m’attendais pas à un récit détaillé de l’histoire du FBI, mais j’ai été tout de même surprise de constater que le script s’attarde longuement sur certains épisodes et en ellipse complètement d’autres : en réalité on ne voit que les évènements se déroulant des débuts d’Hoover en tant que directeur du Bureau en 1924 à la fin des années 30 ; puis une période couvrant le début des années soixante à la mort de Hoover en 1972. Rien sur la Seconde Guerre Mondiale, ni sur la Guerre Froide, ce qui est tout de même étrange pour un homme si obsédé par les communistes (les liens présumés d’Hoover avec la Mafia ont également été passés sous silence). Le scénario aurait dû moins s’attarder sur l’enlèvement du bébé Lindbergh : certes cet évènement permit à Hoover de faire passer la loi Lindbergh, qui fit du kidnapping un crime fédéral, mais je ne pense pas qu’il nécessitait un si long traitement dans le film.

Leonardo DiCaprio interprétant un J.Edgar vieillissant

La narration alterne les allers-retours entre les deux périodes principalement couvertes, ce qui donne une impression un peu décousue. Personnellement, cela ne m’a pas dérangée et j’ai même apprécié certains procédés de passage de l’une à l’autre : par exemple, un jeune Hoover se tient sur le balcon de son bureau et quand il entre de nouveau dans la pièce, il est vieux. Ou bien encore, Hoover et Tolson vieux entrent dans un ascenseur et en ressortent jeunes. Toutefois, ce choix peut induire une certaine confusion : si vous ne connaissez rien à l’histoire américaine, vous risquez de ne rien comprendre aux évènements relatés.

Enfin, J. Edgar met l’accent sur l’homosexualité présumée de Hoover et sur la longue relation qu’il aurait eue avec Clyde Tolson, bien que cet aspect de sa vie n’ait jamais été avéré et que Hoover lui-même ait toujours nié sa préférence pour les hommes. Le film prend en effet le parti pris de présenter Hoover comme un homme très mal à l’aise en compagnie des femmes et clairement engagé dans une liaison avec Tolson : dans la dernière partie du film, ils forment même un véritable couple. Ce parti pris ne m’a pas gênée : qu’elle soit vraie ou pas, l’histoire de John Edgar et Clyde n’en est pas moins attendrissante à l’écran, et certaines de leurs scènes de couple m’ont beaucoup émue. De plus, j’ai trouvé que cette histoire d’amour apportait une dimension humaine à Hoover et je ne pense pas que j’aurais autant aimé le film sans celle-ci.

2 réflexions au sujet de « J.Edgar, un biopic convaincant »

  1. J’avais adoré ce film, vraiment porté par la prestation de DiCaprio. D’ailleurs, je n’ai pas trop prêté attention à l’énorme trou historique :/ Pas bien !

    • J’ai dû le remarquer par « déformation professionnelle » si je puis dire (j’ai fait des études d’anglais), lol. Après le règne de Hoover au FBI a été tellement long qu’il a bien fallu faire des choix. J’aurais simplement trouvé plus logique qu’on s’attarde sur la Guerre Froide plutôt que sur l’enlèvement du bébé Lindbergh.

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