Le jardin blanc et autres déceptions

Où je vous parle de trois livres qui sont complètement tombés à côté de la plaque avec moi. J’ai lu le premier en 2014, les deux autres en 2013 ; et les chroniques ont initialement été publiées sur la V2 du blog.

Le jardin blanc de Stephanie Barron

Le jardin blanc – Stephanie Barron

Jo Bellamy, une paysagiste américaine, a été chargée de recréer le célèbre Jardin Blanc du domaine de Sissinghurst, propriété ayant autrefois appartenue à l’écrivain Vita Sackville-West, qui fut une grande amie de Virginia Woolf. C’est justement un journal qui semble avoir été rédigé par cette dernière que Jo découvre dans une cabane à outils de Sissinghurst. Oui mais voilà : d’une part, le cahier porte une étiquette au nom de Jock, le grand-père de Jo qui s’est suicidé sans laisser d’explications quelques semaines plus tôt ; et de l’autre, le journal débute le lendemain du jour où Virginia Woolf s’est noyée dans la rivière près de chez elle.

Un synopsis prometteur, n’est-ce pas ? Dommage que le reste ne suive pas. L’enquête aurait cependant pu s’avérer intéressante si elle n’était pas complètement polluée, d’abord par les protagonistes – Jo et Peter, l’expert de Sotheby’s qu’elle entraîne dans son aventure – qui ne sont ni attachants ni cohérents dans leurs actes, mais qui sont en revanche deux belles têtes à claques ; ensuite par le style qui est très inégal : assez poétique par endroits (les passages inventés du journal de Woolf) et extrêmement maladroit à d’autres, avec des phrases mal construites et des dialogues plutôt ineptes ; enfin, par des intrigues secondaires qui n’apportent absolument rien à la principale, comme le début de liaison entre Jo et Gray Westlake, son client.

Il n’y a qu’un seul aspect qui m’ait plu : les passages mettant en scène Virginia Woolf et Vita Sackville-West, ainsi que l’évocation de Vanessa Bell, la sœur de Virginia. Après avoir refermé Le jardin blanc, on a envie de lire les œuvres de ces deux auteurs, de s’intéresser à leurs vies ainsi qu’à celle de Bell : c’est pour moi le seul point positif du livre.

Couverture Les gens heureux lisent et boivent de café d'Agnès Martin-Lugand

Les gens heureux lisent et boivent du café – Agnès Martin-Lugand

Un joli titre pour un livre au joli parcours : numériquement auto-édité fin 2012, il est repéré et publié par Michel Lafon qui en fait l’un des best-sellers de l’été 2013. Le hic dans ce conte de fées littéraire ? Les gens heureux lisent et boivent du café n’est malheureusement pas à la hauteur de toutes les louanges qu’il a récoltées.

Diane, la narratrice, a perdu son mari et sa fille dans un accident de voiture. Ne parvenant pas à faire son deuil, la jeune femme ne quitte plus son appartement et a cessé de travailler, au grand dam de Félix, son meilleur ami et associé – c’est avec lui que quelques années plus tôt, elle a fondé un café littéraire baptisé Les gens heureux lisent et boivent du café. Félix, qui ne sait plus quoi inventer pour sortir Diane de sa léthargie, se met en tête de l’emmener en vacances : mais Diane, qui a certes besoin de changement mais également de solitude, décide d’aller passer quelques mois seule en Irlande et se retrouve dans un petit village côtier nommé Mulranny, où elle est chaleureusement accueillie par Abby et Jack, les propriétaires du cottage qu’elle loue. L’accueil de leur neveu Edward, le voisin le plus proche de Diane, est en revanche beaucoup moins chaleureux et la guerre est immédiatement déclarée entre eux.

La trame est certes éculée mais aurait toutefois pu donner une histoire réussie si celle-ci avait été bien écrite. Malheureusement rien ne va dans Les gens heureux lisent et boivent du café, ni la forme ni le fond. Le style d’Agnès Martin-Lugand est dépourvu de la moindre recherche, ce qui n’est pas un défaut en soi excepté quand trop de simplicité donne le sentiment de lire un premier jet – sentiment accentué par le fait que le texte ne soit pas correctement articulé, la plupart des transitions étant mal construites. De plus, son récit est bourré de clichés (autres éléments qui peuvent toutefois rendre quelque chose d’intéressant s’ils sont exploités de façon créative, ce qui n’est, là encore, pas le cas ici), auxquels s’ajoute un traitement des personnages absolument désastreux.

A commencer par Diane. Diane qui, à seulement 32 ans, a vu toute son existence s’effondrer et qui a du mal à émerger suffisamment de sa dépression pour se reconstruire. Diane qui passe son temps à boire du café et à fumer, en pyjama sur son canapé. Diane pour laquelle j’aurais normalement dû éprouver de la compassion mais qui m’a au mieux indifférée, au pire agacée. Pourtant, au début j’ai vraiment cru que j’allais ressentir de l’empathie pour elle et j’ai approuvé sa décision d’aller passer du temps en Irlande. L’ennui, c’est qu’à partir de là, le personnage de Diane devient tellement bancal, et ses agissements tellement incohérents avec ce qu’elle est censée être et vouloir, qu’on n’y croit plus une seconde.

De toute façon, tout sonne faux dans ce roman. Prenons Edward : son côté bourru est trop exagéré pour être crédible, de même que ses réactions qui sont bien trop disproportionnées par rapport à la situation – rendez-vous compte, le type a un comportement qui confine à celui d’un psychopathe juste parce que son oncle et sa tante ont osé louer le cottage voisin du sien ! Rien ne fonctionne dans sa relation avec Diane : les piques qu’ils échangent se veulent spirituelles mais tombent à plat, et leurs disputes sont d’une violence que le contexte ne justifie absolument pas. Quant à leur amitié soudaine, elle l’est par conséquent bien trop pour qu’on y adhère et je ne parle même pas de leur début de romance ! Mais là l’auteur elle-même a dû se rendre compte qu’elle s’embourbait et a bien rattrapé le coup : la manière dont elle termine son histoire est d’ailleurs le seul élément que j’ai apprécié parce que c’est le seul élément crédible ; tout ce qui précède n’étant finalement qu’un assemblage de poncifs qu’on peut trouver dans les comédies romantiques, à tel point que certains passages sont carrément calqués sur des scènes de film.

Ayant lu un peu partout de nombreuses bonnes critiques sur ce roman, la plupart d’entre elles louant l’émotion qui s’en dégageait, autant vous dire que je suis sortie assez perplexe de cette lecture : non seulement rien ne m’avait touchée dans ce récit que j’avais trouvé plat, creux et artificiel ; mais j’avais de plus l’impression qu’il n’avait bénéficié d’aucune révision éditoriale entre son passage du numérique au papier. Ne pouvant pas croire que la maison d’édition se soit contentée de publier la version originale telle quelle, alors qu’il était évident qu’elle avait besoin d’être retravaillée, quelle n’a pas été ma stupéfaction de découvrir que je ne me trompais pourtant pas : Agnès Martin-Lugand n’a en effet accepté de signer chez Michel Lafon qu’à la condition que l’éditeur ne change rien à son texte initial. Pourtant, avec des personnages mieux construits et un style un peu plus élaboré, et en dépit de son côté rebattu et cliché, Les gens heureux lisent et boivent du café aurait pu tenir la route et s’avérer plaisant à lire. Vraiment dommage !

Couverture de La femme parfaite est une connasse

La femme parfaite est une connasse – Anne-Sophie Girard et Marie-Aldine Girard

Que vous dire, à part que ce livre m’a agacée au plus haut point ! Naturellement, je ne m’attendais pas à quelque chose de profond mais du moins à un ouvrage comique et pertinent dans sa légèreté… Eh bien, non seulement ce n’est absolument pas drôle mais c’est également un véritable ramassis d’idioties qui m’ont fait lever les yeux au ciel, grincer des dents et, en une occasion, balancer le bouquin à l’autre bout de la pièce !

En ouvrant ce Guide de survie pour les femmes normales, je pensais trouver un ouvrage léger visant à nous décomplexer par rapport au mythe de la femme parfaite, MAIS en tenant compte qu’il s’agit justement d’un mythe : nous sommes en effet toutes conscientes du fait que la femme parfaite n’existe pas et qu’elle n’est qu’une abstraction contre laquelle on aime bien pester de temps en temps mais avec laquelle nous savons pertinemment qu’il est inutile de chercher à rivaliser… puisqu’elle n’existe pas !

Problème : ici, la femme parfaite donne vraiment l’impression d’être considéré comme un concept réel, ce qui annule le comique de l’aspect injurieux du livre en le rendant vraiment insultant. Nous connaissons toutes des filles qui savent bien cuisiner ou qui préférent manger léger le soir, nous en faisons peut-être nous-mêmes partie : eh bien mesdames, apprenez que ce sont des caractéristiques de «connasse». Vous en êtes également une si, comme moi, vous n’avez jamais jalousé vos copines : inutile de vous dire que j’ai été ravie d’apprendre que parce que je ne suis pas d’une nature envieuse, cela fait de moi, je cite, « soit une menteuse, soit une connasse » (c’est à ce moment-là que le livre a fait un vol plané ^^).

Alors certes, on peut se reconnaître dans quelques situations mais très franchement, la représentation de la femme normale mise ici en opposition à la « connasse » n’a rien de lambda mais tient plutôt d’un mélange d’héroïne de chick lit et de chroniqueuse humoristique dans la presse féminine. Bref, du grand n’importe quoi.

6 réflexions au sujet de « Le jardin blanc et autres déceptions »

  1. Je n’ai lu que le Jardin Blanc et je suis plutôt d’accord avec toi ! Bon par contre je l’ai lu il y a moins d’un mois et je ne m’en souviens déjà presque plu :p Mais pour les inégalités, il y avait des passages on aurait presque dit du Harlequin et c’était tellement flagrant que je me suis demandée si c’était pas la traduction ou alors carrément une volonté de l’auteur de parodier un peu ce genre ? Tu l’as sûrement lu en anglais donc tu pourras éliminer une de mes hypothèses ! Et peut être que je suis trop indulgente avec le style de l’auteur ahah.
    En tous cas du coup, si je suis d’accord avec toi, j’ai réussi à prendre le style de manière un peu dérisoire et me laisser totalement porter, sans trop réfléchir.
    Et j’ai bien envie de lire Les gens heureux… pour me faire mon propre avis, j’en ai tellement entendu parler.
    Des bisous Liz !

    • J’ai lu Le jardin blanc en français et je me suis également posé la question pour la traduction – d’autant plus que j’ai lu un autre livre de l’auteur en VO et qu’il n’y avait pas de problème de style. C’est surtout au niveau des dialogues que c’était franchement la cata 🙂

      Les Gens… a beaucoup plu sur la blogo, je fais partie de la minorité sur ce coup-là donc peut-être que ça le fera avec toi !

  2. Et moi qui laisse dormir Les Gens Heureux depuis des mois dans ma pile à lire, on dirait bien que j’ai eu le nez creux… Je me dis qu’il faut quand même que je m’y colle, vu le ramdam qu’a fait le bouquin, mais les dix premières pages m’ont laissée totalement froide et je ne l’ai pas repris depuis. Après ça, je vais faire durer encore un peu, je crois.

    • Puisque tu l’as dans ta PAL, teste toujours, oui. L’auteur vient de sortir un nouveau roman et les fans sont en transe donc elle doit avoir quelque chose… Comme dirait Jean-Claude, on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher ! (#PaieTaRéférenceDeVieille) 🙂

    • Oui c’est toujours décevant quand on trouve un pitch génial et que derrière l’exécution ne suit pas !

      Merci Fondant, bonne semaine à toi également 🙂

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