La littérature russe et moi

La grande littérature russe et moi entretenons depuis toujours une relation en dents de scie, qui alterne serments d’on-ne-m’y-reprendra-plus et moments de grâce absolue, et qui débuta lorsqu’à l’âge de 12 ou 13 ans je lus une version abrégée d’Anna Karénine. Version qui dut me plaire (je dis « dut » parce que j’ai réalisé en relisant le roman qu’à part la fin, je ne me souvenais de rien) puisqu’ensuite je me mis en tête de m’attaquer à l’autre grand monstre sacré de Tolstoï, j’ai nommé Guerre et Paix (ici, il est peut-être nécessaire de préciser qu’au début de mon adolescence, j’étais une affreuse snob littéraire qui ne lisait pratiquement que des classiques et des Agatha Christie – ça me fait d’ailleurs rire de penser que si la Young Adult avait existé à cette époque-là je l’aurais probablement considérée avec dégoût ! Mais je vous rassure, à 14 ans, j’ai découvert Barbara Cartland ainsi que les Harlequin, et mon snobisme littéraire est passé à la trappe 😛 ). Je ne dépassai cependant pas les 50 premières pages du tome 1 de Guerre et Paix et sortis de l’expérience totalement dégoûtée de la littérature russe, jurant qu’on ne m’y reprendrait plus – ce fut le premier d’une longue série de parjures ^^ !

Littérature russe - Citation de Woody Allen à propos de Guerre et Paix

Parjures perpétrés d’abord contre mon gré. Au collège (ou au lycée,  je ne sais plus trop) j’eus des extraits d’œuvres de Dostoïevski à étudier puis, pour mon cours de lettres de terminale, je dus lire Les Nouvelles de Pétersbourg de Nicolas Gogol que, contre toute attente, j’appréciais beaucoup ! Emportée par mon enthousiasme, je décidai donc de redonner une chance aux classiques russes en faisant plus ample connaissance avec Dostoïevski… et ce fut le carnage. J’essayai successivement de lire plusieurs de ses romans (Le Joueur, L’Idiot, Crime et Châtiment) et m’y cassai les dents, ne parvenant même pas à la moitié de l’un d’entre eux. Je décrétai donc que Dostoïevski n’était pas fait pour moi et, allez savoir pourquoi, je retentai alors Guerre et Paix (moi et ma logique tordue, ne cherchez pas à comprendre, personnellement il y a longtemps que j’y ai renoncé). Il me fut néanmoins de nouveau impossible d’arriver à lire plus que quelques chapitres et je bazardai le bouquin avec rage (c’est-à-dire que je l’ai simplement rendu à la bibliothèque, je ne l’ai pas brûlé dans mon jardin en dansant férocement autour du feu, hein 😛  ), en jurant que la littérature russe classique et moi c’était fini pour de bon.

Voilà pourquoi, quelques mois plus tard, en première année de fac d’anglais, je choisis comme option un cours de russe moitié langue moitié civilisation/littérature (je vous l’ai dit, ne cherchez pas !). Cours de russe dans lequel je m’éclatai (même si je n’ai jamais été fichue de prononcer correctement le « r » à la russe. Sérieusement, ils ne le prononcent pas, ils le crachent ! :P ) jusqu’à ce que le prof ait la mauvaise idée de nous faire lire Une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljenitsyne. Roman que j’ai profondément détesté, mais alors vraiment vraiment détesté, à tel point que je me suis plantée à la partie de mon partiel le concernant. C’est la seule et unique fois de ma vie où je me suis totalement ramassée à un examen sur un bouquin, ce que je n’ai jamais digéré : autant vous dire que le Soljenitsyne, il ne faut plus m’en parler, même plus de dix ans après les faits 🙂 ! Autant vous dire aussi qu’après ça, la littérature russe, je ne pouvais plus me l’encadrer : une fois de plus, je jurai qu’entre elle et moi c’était fi-ni, ter-mi-né, plus jamais on ne m’y reprendrait !

C’était compter sans ma meilleure amie.

Roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov

Pourquoi des chats ? Si vous voulez le savoir, il faut lire le livre 🙂

Voyez-vous, la traîtresse ( :P ), russophone de naissance, m’a un jour offert pour mon anniversaire un classique russe qu’elle adore : Le Maître et Marguerite de Boulgakov. Que j’ai adoré à mon tour (d’ailleurs je vous le recommande), déclarant même que ce roman m’avait réconciliée avec les classiques russes. De nouveau, je décidai alors de m’attaquer une troisième fois à Guerre et Paix (en analysant mon obstination avec le recul que je possède à présent,  il apparaît que j’avais été vexée par le fait de ne pas arriver à mater ce bouquin et que j’en avais fait une affaire personnelle ^^), choisissant cette fois de le lire en anglais en me disant que ça passerait peut-être plus facilement (au cas où un tel raisonnement vous paraîtrait étrange, je rappelle que je suis angliciste de formation et amoureuse de la langue de Shakespeare 🙂 ). J’empruntai donc War and Peace à la bibliothèque de ma fac et cette fois-ci, je parvins à atteindre une centaine de pages… mais ne réussis guère à aller plus loin ! Trois tentatives, trois échecs : il semblait que j’étais vouée à ne jamais lire Guerre et Paix, et que j’étais écœurée à jamais des grands romans russes.

Mais voilà qu’en 2012, Joe Wright décide d’adapter une nouvelle fois Anna Karénine avec Keira Knightley dans le rôle-titre et que je me surprends alors à me dire que quand même, ça serait bien que je lise le roman (je ne compte pas la première fois, vu que comme je le disais, il s’agissait d’une version abrégée dont je n’avais pas retenu grand-chose) avant d’aller voir le film (que bien évidemment, je n’ai toujours pas vu, haha). Et avant que je ne comprenne vraiment ce que j’étais en train de faire, j’étais plongée dans Anna K : mieux encore, j’étais en train d’aimer Anna K – le bouquin, pas le personnage, mais on en reparle bientôt (Edit : ma chronique sur Anna Karénine est ici) !

Anna Karénine, Guerre et Paix 1, Guerre et Paix 2

Ayant enfin remporté un mini-triomphe sur Tolstoï, je m’étais alors vaguement dit que je réessaierais peut-être de lire Guerre et Paix un jour, mais sans savoir quand, ni même si je retenterais réellement. Mais l’esprit de Lev Nikolaïévitch avait dû décider que je lirais son monstre de papier car en janvier dernier, Eliza de Lectures & Co a proposé une lecture commune coachée de Guerre et Paix : là, ma tête de mule légendaire s’est réveillée et je m’y suis inscrite. A l’heure où j’écris ces lignes, non seulement j’ai terminé le premier tome de G&P et je viens tout juste d’entamer le second ; mais de plus, et ce à ma plus grande surprise, j’aime assez !!! (Edit : ma chronique de Guerre et Paix est ici). 

Et après Guerre et Paix ? Pour être honnête, je ne pense pas que je lirai d’autres romans de Tolstoï, pas plus que je n’ai envie de retenter Dostoïevski. Mais il y a quelques pièces de Tchekhov que j’aimerais lire (La Mouette, La Cerisaie, Oncle Vania et Les Trois Sœurs), et peut-être découvrir enfin le chef-d’oeuvre de Boris Pasternak, Le Docteur Jivago !

22 réflexions au sujet de « La littérature russe et moi »

  1. Super billet ! Même si tu aimes bien te faire du mal lol
    J’ai Le Maître et Marguerite dans ma PAL et je compte bien le lire, surtout que j’ai adoré la mini-série de la BBC adapté de ses récits d’un jeune médecin (avec Harry Potter et Joe Hamm/Mad Men). L’as-tu vue ?
    Moi c’est l’inverse, j’ai toujours eu l’impression que j’aimerais la littérature russe sans en fait jamais en lire. La faute à Troyat dont je dévorais les sagas en 5 volumes qui se passaient dans la Russie tsariste.
    Sinon, je te conseille Onéguine de Pouchkine, que j’ai commencé il y a un bout de temps, mais que je ne veux pas finir tellement c’est beau (moi aussi je suis tordue).
    Je suis aussi tentée par Premier amour de Tourgueniev.
    Comme on est super raccord, mon billet du jour doit porter sur un livre russe, si je finis de l’écrire à temps !

    • Merci Shelby 🙂 Et lol, oui, ou je suis maso ou je suis super entêtée !

      « Le Maître et Marguerite », c’est top ! Non je n’ai pas vu la série dont tu parles mais je note ça !

      Ah mais oui Pouchkine, je l’avais oublié…En revanche,  » Premier amour » ne me dit pas du tout ^^

  2. Waouh ! Caro ton billet me rappelle des lectures et toute une époque où je lisais ces auteurs. As-tu lu « Les frères Karamazov » ? J’en garde un très bon souvenir, mais un peu diffus après tant d’années.
    Comment allez-vous vous sortir du billet G&P ?! Je suis toute admiration pour l’équipe !

    • Non, Les Frères Karamazov, c’est Dostoïevski, je ne l’ai pas tenté à l’époque et vu mon expérience avec l’auteur, je ne pense pas que je le ferai un jour – mais sait-on jamais ? 😛

      Pour G&P, j’ai prévu deux billets, un pour chaque tome, mais ce seront plus des impressions de lecture parce que comment chroniquer un livre pareil ^^ ? Puis je ne voudrais pas spoiler !

  3. J’adore la littérature russe. Perso, j’adhère totalement au style de Dostoïevski j’avais adoré Crime et Châtiments.Tout comme Tchekhov. Anna Karénine et un roman incroyable à lire (même si je déteste Anna, je préfère largement mon Lévine adoré). J’ai Le Maître et La Marguerite et Les Nouvelles de Petersbourg dans ma PAL, il me tarde de les lire.
    J’aimerais beaucoup découvrir Le Docteur Jivago, G&P bien entendu et Tourgueniev. J’espère que j’y arriverai un jour XD
    Article très sympa à lire en tout cas ^^

    • Merci Alison 🙂

      J’ai également détesté Anna (et Vronski) et j’ai adoré Lévine ainsi que Kitty !

      Le Maître et Marguerite, c’est vraiment à lire ! Le docteur Jivago va être mon prochain classique russe, je le sens 😛

  4. La littérature russe c’est effectivement compliqué, à l’image de son peuple ! 🙂 J’ai fait 7 ans de russe dont 4 en LEA et ce n’est pas facile à tous les points de vue, aussi bien littéraire que le reste. J’avais lu Guerre et Paix quand j’étais ado, je n’en ai pas grand souvenir à part qu’il était super épais ! 😀 et j’avais beaucoup aimé Le docteur Jivago (mais parce que j’adore le film aussi !) et Anna Karenine que j’ai lu en août dernier m’a plutôt convaincue (surtout tout ce qui ne touchait pas à l’histoire d’Anna que je n’ai pas aimée). Mais je ne sais pas si je replongerai de sitôt dans d’autres livres d’auteurs russes…

    • Oui, c’est ce qu’on appelle, je crois, l’âme russe…tout un programme en effet 🙂

      Le Docteur Jivago, je suis pratiquement certaine que j’ai vu le film au moins une fois, mais je devais être gamine, ça devait être avec ma mère…A part le fait qu’Omar Sharif joue dedans, me souviens de rien, mais tant mieux comme ça quand je lirai le livre, l’histoire sera inédite !

  5. Chouette article n_n ! Personnellement je n’ai pas une relation aussi compliquée x) je crois bien avoir aimé tout ce que j’ai pu lire comme classique russe. Je pense que tu as compris au final que l’important c’était de ne pas se forcer. Parfois on est prêt à lire certains romans et parfois non et un jour c’est la révélation :p. J’espère que tes tentatives avec Tchekhov et Pasternak seront satisfaisantes ;).

  6. Ton article m’a bien amusée ^^
    Tu as été sacrément persévérante avec Guerre et Paix ! Mais finalement ton obstination a porté ses fruits ! Je n’ai lu qu’un seul roman russe (enfin il me semble..) et c’était Anna Karénine justement. Ça m’avait plu sans pour autant me marquer plus que ça.
    J’ai d’autres romans russes chez moi (appartenant à mon père) dont 4/5 de Dostoïevski mais pour le moment, ils ne m’attirent pas des masses x)

    • Haha, oui je suis assez têtue quand je m’y mets 🙂 !

      Et je comprends pour Dostoïevski ! Vu ma désastreuse expérience avec le monsieur, ce n’est pas moi qui vais te motiver à le lire 😀

    • Oui ce sont généralement de grosses briques et effectivement, il faut souvent s’accrocher au début 🙂 Cela dit, pour Anna Karénine, je trouve qu’on entre tout de suite dans l’histoire.

  7. Tu dois lire La dame de pique de Pouchkine ; déjà ce sont des nouvelles et puis c’est très cool.
    Et je préfère Tolstoï en nouvelles d’ailleurs donc je te conseille Le bonheur conjugal et Le diable.

    Bref j’avais loupé cet article sur la littérature russe qui est très intéressante ; je n’ai pas trop de blocage sur cette litté, sauf sur Dostoïevski que j’ai envie de baffer parfois.

    • Après Guerre et Paix, je pense que Tolstoï et moi avons besoin de longues vacances loin l’un de l’autre 😛 ! Mais je note les nouvelles, ainsi que celles de Pouchkine.

  8. Génial cet article ! Moi, mon intérêt pour la littérature russe dérive de ma fascination pour la langue russe. J’ai commencé à apprendre le russe il y a 6 ans, puis j’ai arrêté pendant de longues années pour finalement m’y remettre sérieusement depuis 1 an. C’est une langue qui m’a toujours envoûté et irrémédiablement, j’en suis tombé littéralement amoureux.

    La culture russe de manière générale a alors commencé à sérieusement m’intriguer : je m’étais promis de lire les classiques de la littérature russe, mais c’est longtemps resté qu’une promesse. Et puis, il y a un mois j’ai lu Crime et Châtiment et j’ai adoré ! J’ai lu le pavé d’une traite en quelques jours. Je suis passé ensuite à des formes plus réduites de récit avec les nouvelles de Gogol, dont le style m’a plu aussi – j’aime particulièrement Le Portrait.

    Ensuite, j’ai voulu tester le théâtre et j’ai lu Oncle Vania de Tchékov. J’ai commencé La Cerisaie aussi mais ne suis pas allé au bout. J’aime pas trop lire le théâtre en fait, je voulais juste lire ces pièces par curiosité (et par souci de me cultiver, de me russifier un peu, disons). Si l’occasion se présente, j’irais plutôt voir les pièces. Le style des nouvelles me plaisait bien (plutôt léger, captivant et me rappelant Maupassant ou Poe que j’aimais lire plus jeune).

    Je suis donc passé à Tourgueniev, dont j’ai lu 3 nouvelles. Premier Amour m’a conquis ! Je me suis immédiatement identifié au personnage, amoureux d’une fille qui ne l’aimera jamais… je voulais pas m’arrêter là bien sûr ! Donc je suis passé à Pouchkine (La Dame de Pique) et maintenant je lis Le Joueur de Dostoïevski (qui me marquera certainement moins que Crime et Châtiment)… et il y a encore toute une pile qui m’attend 🙂

    • Merci 🙂

      J’adore entendre parler russe mais j’étais absolument nulle pour le prononcer et il ne m’en reste pas grand-chose (cela dit je suis toujours capable de déchiffrer le cyrillique ^^). En revanche j’avais adoré la partie civilisation de mon cours parce que notre prof avait vécu plusieurs années en Russie au temps de l’URSS et nous racontait des anecdotes hallucinantes.

      Sinon je n’ai toujours pas lu Tchekhov – mais il est toujours sur ma liste ^^

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