« Bonsoir, Saumensch, dit-il en riant. Bonsoir, voleuse de livres. »

C’est à cause de Markus Zusak si désormais je lis uniquement des livres « légers » à la plage. La première fois que j’ai lu La voleuse de livres, c’était à l’été 2008 et j’étais à la plage lorsque je suis arrivée à la fin du roman et que je me suis mise à… j’allais dire pleurer mais « sangloter éperdument comme un baleineau échoué » se rapprocherait plus de la réalité. C’était une petite plage et quand j’ai fini par relever le nez de mon livre, tout le monde autour de moi me regardait. Avant La voleuse de livres, j’emportais toujours ma lecture en cours, quelle qu’elle soit, avec moi à la plage. Depuis La voleuse de livres, je prends soin de n’y emmener que des bouquins avec lesquels je ne risque pas de me taper l’affiche 😛 !

La voleuse de livres, éditions francophone et anglophone

Je viens de lire ce roman pour la troisième fois et je tenais absolument à vous en parler mais comment rendre pleinement justice à un livre qui a marqué à un tel degré ma vie de lectrice (et pas seulement en ce qui concerne mes habitudes de lecture à la plage 😀 ), que je considère comme un chef-d’œuvre et dont je pense que d’ici un siècle il sera considéré comme un classique de notre époque ?

Impossible.

Alors je vais simplement vous dire que c’est une histoire magnifique et merveilleusement écrite dont je pourrais vous citer pratiquement chaque phrase. Une histoire racontée par la Mort en personne, une Mort dont j’ai adoré le ton, l’ironie (Parfois, ça me tue, la façon dont les gens meurent), la poésie, les réflexions sur le genre humain envers lequel elle affecte d’éprouver du dédain, mais pour lequel elle ressent surtout de l’admiration et de la compassion.

Personnellement, j’aime quand le ciel est couleur chocolat. Chocolat noir, très noir. Il paraît que ça me va bien. J’essaie quand même d’apprécier chaque couleur que je vois – la totalité du spectre. Un milliard de saveurs, toutes différentes, et un ciel à déguster lentement.

Cette histoire que la Mort nous raconte, c’est celle de quelqu’un qui a retenu son attention, « quelqu’un qui fait partie de ces éternels survivants, quelqu’un qui sait ce qu’être abandonné veut dire » : Liesel Meminger, une fillette de dix ans qui vit au sein d’une famille d’accueil dans une petite ville de la banlieue de Munich et qu’on commence à suivre en février 1939. C’est une histoire d’amour et d’amitié : l’amour entre Liesel et ses parents adoptifs ; l’amitié (mais aussi l’amour) entre elle et son meilleur ami Rudy ; l’amitié qu’elle développe avec Max, un jeune Juif que les parents de Liesel cachent dans leur cave ; et l’étrange amitié que la fillette noue avec Ilsa, une femme émotionnellement détruite. Une histoire de livres volés bien sûr, de Saumensch, d’accordéon, de football dans la rue, d’une ancienne promesse tenue, d’incident Jesse Owens, de tendres moments et de bêtises d’enfants, des enfants à la fois conscients et insouciants de tout ce qui fait rage autour d’eux.

Leur vie avait changé du tout au tout, mais ils devaient absolument faire comme si rien ne s’était passé.
Imaginez que vous deviez sourire après avoir reçu une gifle. Imaginez maintenant que vous deviez le faire vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Voilà ce que cela impliquait, de cacher un Juif.

Je vais aussi vous dire que c’est un portrait extraordinairement humain de l’Allemagne nazie, de cette population partagée entre devoir et fanatisme d’un côté, doutes et dilemmes moraux de l’autre, et qui a finalement autant souffert des agissements d’Hitler et de la guerre que les autres peuples impliqués. 

Elle, la voleuse de livres, dépourvue de mots. Mais croyez-moi, les mots allaient venir et, lorsqu’ils arriveraient, Liesel les prendrait dans sa main, comme les nuages, et elle en exprimerait la substance, comme la pluie.

Enfin, je vais vous dire qu’il s’agit surtout d’un immense hommage aux mots, à leur importance et à leur pouvoir : des mots qui ont un poids, des goûts et des couleurs ; des mots qui permettent de nouer des liens ; des mots qui aident à traverser de terribles épreuves et à survivre ; des mots qui sont tellement vivants dans ce récit qu’ils en sont presque des personnages à part entière.

Les mots. Pourquoi fallait-il qu’ils existent ? Sans eux, il n’y aurait rien de tout cela. Sans les mots, le Führer ne serait rien. Il n’y aurait pas de prisonniers boitillants. Il n’y aurait pas besoin de consolation et de subterfuges pour les réconforter.

Voilà, je vais simplement vous dire tout ça et vous conseiller de lire La voleuse de livres si ce n’est pas déjà fait !

J’ai détesté les mots et je les ai aimés.
Et j’espère en avoir fait bon usage.

10 réflexions au sujet de « « Bonsoir, Saumensch, dit-il en riant. Bonsoir, voleuse de livres. » »

    • Vouiiiiiiii faut le lire !

      Et mouahaha, je déconseille effectivement de le lire en public, surtout si comme moi on a les glandes lacrymales survoltées 😛


    • Et m’en parle pas ! Ça a beau faire trois fois que je le lis, je finis toujours dans un état pas possible, en fait c’est même pire à la relecture parce que du coup je commence à pleurer en anticipé lol !

    • A lire, Syl, à lire ! Lequel as-tu lu sinon ? Moi j’ai pas encore osé en tester un autre, j’aime tellement celui-ci que j’ai peur d’être déçue 🙂

Dites un truc chouette, un truc à paillettes, un truc qui fait des claquettes ou même un truc qui n'a ni queue ni tête :-)