Miss Austen Regrets

Attention, gros coup de ♥ : j’ai adoré ce téléfilm qui se concentre sur les trois dernières années de l’existence de Jane Austen.

Olivia Williams-Imogen Poots-Greta Scacchi-Miss Austen Regrets-Janeries-Caro Bleue Violette

Servi par une excellente réalisation ainsi qu’une magnifique photographie (et soutenu par une très jolie musique), Miss Austen Regrets bénéficie tout particulièrement de la superbe performance d’Olivia Williams dans le rôle principal.

Olivia Williams interprète Jane exactement de la façon dont j’imagine celle-ci : vive et spirituelle, ironique et moqueuse, et ayant conservé une certaine jeunesse d’esprit, comme le montre sa grande complicité avec sa nièce Fanny (Imogen Poots). 


S’ouvrant sur une brève scène de demande en mariage – celle qu’Harris Bigg-Wither fit à Jane en 1802 et qu’elle accepta avant de se rétracter le lendemain – suivi d’un plan de la romancière espérant ne jamais regretter cette décision, Miss Austen Regrets nous projette ensuite douze ans plus tard : Jane a alors 39 ans, elle a déjà publié trois romans – Raison et Sentiments, Orgueil et Préjugés, Mansfield Park – et est en train d’écrire Emma. Cependant, même si elle rencontre beaucoup de succès en tant qu’autrice, cela semble avoir peu d’importance aux yeux de son entourage (à l’exception de sa sœur Cassandra), en tout cas bien moins que le fait que Jane ne se soit jamais mariée.

En effet, les membres de sa famille, surtout ses frères, s’obstinent à ne pas vouloir considérer sa littérature comme une affaire sérieuse et à se montrer choqués chaque fois que Jane évoque la possibilité d’en faire un vrai métier et d’en retirer plus d’argent, de façon à être moins dépendante d’eux.

Attitude que je trouve doublement contradictoire : d’une part, ils ont pourtant toujours encouragé Jane à écrire et l’aident à se faire publier ; et de l’autre, ils lui reprochent de ne pas s’être mariée et d’être donc à leur charge (à l’époque, avoir une profession n’était pas jugé convenable pour les femmes issues de la classe sociale à laquelle Jane appartenait). Le mépris dans lequel certains membres de sa famille tiennent Jane pour être restée « vieille fille » (mépris qui n’est pas ouvertement affiché, mais qui se manifeste parfois presque malgré eux) est ahurissant. Certains propos m’ont franchement révoltée, notamment ceux de la mère de Jane qui lui reproche vertement de ne pas avoir accepté les quelques demandes en mariage qu’elle a reçues au cours de sa vie.

J’étais tellement en empathie avec Jane à ce moment-là que j’ai carrément crié « dans tes dents, vieille sorcière ! » quand Jane, après avoir répliqué qu’elle ne pouvait pas épouser ses prétendants parce qu’elle ne les aimait pas, s’exclame « What did you want me to do? Sell myself for money? ». En entendant la réponse de sa mère, je peux vous dire que j’ai eu une forte envie de traverser l’écran pour aller en coller une à cette ignoble Mrs Austen, que j’ai trouvée d’autant plus gonflée qu’elle-même s’était mariée par amour.

Miss Austen Regrets insiste en effet sur le fait que Jane pensait qu’un mariage devait avant tout être fondé sur l’amour, la complicité, l’amitié et une même vision de l’existence ; et que rester célibataire (et parfois pauvre) valait mieux qu’une union sans amour – ce qu’elle répète plusieurs fois  à sa nièce Fanny.

N’ayant jamais trouvé cet amour elle-même, elle a décidé de ne pas se marier : « I chose freedom », dit-elle à Cassandra, alors qu’elle se meurt. Un choix extrêmement courageux et quasi-révolutionnaire dans une société où le mariage était considéré comme l’aboutissement ultime de la vie d’une femme. Jane Austen a choisi de faire autre chose de sa vie, elle a choisi d’être écrivain (et Jane Austen était avant-gardiste et féministe. Je t’aime, Jane !). 

C’est pour cela que j’ai vivement apprécié que le film insiste sur son activité de romancière et sur le fait qu’elle ait l’écriture dans le sang – plus qu’elle n’en avait probablement conscience elle-même (tout comme elle n’avait pas conscience de son immense talent) : outre le fait qu’elle exprime le souhait d’en faire une vraie carrière, elle a également des préoccupations d’auteur, comme lorsque son éditeur refuse de réimprimer Mansfield Park ou qu’elle s’inquiète que ses prochains romans ne soit pas aussi chaleureusement accueillis que ses précédents. A un moment, elle parle de ses livres comme de ses enfants ;  plus tard, se sentant malade, elle dit « I can’t be ill. I’ve a book to finish. There are so many characters in my head. So many stories. So little time ».

Olivia Williams en train d'écrire-Miss Austen Regrets-Janeries-Caro Bleue Violette

Il y a deux éléments dans ce film qui m’ont laissée perplexe.

Le premier, c’est son titre, sur lequel je me suis beaucoup interrogée : pour moi, Miss Austen Regrets ne présente pas du tout Jane Austen comme une femme amère ayant des regrets, ainsi que l’on pourrait le penser. C’est même tout le contraire ! En ce qui me concerne, le film postule très clairement que Jane n’a aucun regret mais que ce sont les gens – son entourage, la société – qui voudraient lui faire regretter ses choix, en lui disant qu’elle a agi de façon égoïste.

A la limite, on se dit que le seul regret qu’elle pourrait avoir de ne pas s’être mariée est le fait que cela lui aurait permis de ne plus être dépendante de ses frères, d’autant qu’à certains moments, ces derniers rencontrent des soucis financiers. Mais c’est tout ! A plusieurs reprises, elle évoque ses anciens prétendants et on voit bien qu’elle ne regrette absolument pas de les avoir repoussés. Même de Tom Lefroy, pourtant supposé être son grand amour perdu, elle dit qu’il ne s’agissait que d’un flirt d’été, un amour dont elle s’est vite remise tout en en retirant une leçon au passage. De plus, elle dit elle-même qu’être une épouse et une mère l’aurait empêchée d’écrire.

Le second, c’est cette histoire avec le médecin Charles Haden, qui soigne Henry Austen et avec lequel Jane devient amie – le film suggère que ses sentiments envers lui pourraient avoir été plus forts, au point qu’elle en aurait conçu de la jalousie en le voyant flirter avec sa nièce Fanny. En réalité, il s’agit d’une extrapolation à partir des lettres écrites à Cassandra dans lesquelles elle parle de lui et qui, à mon avis, sert uniquement à ajouter de la tension dramatique au récit.

Enfin, Miss Austen Regrets met en lumière un aspect de la vie de Jane Austen dont je n’avais jamais vraiment pris conscience jusque-là : c’est à quel point elle devait se sentir seule et isolée au sein de sa propre famille qui ne la comprenait pas (il y a d’ailleurs pas mal de plans de Jane seule dans le film pour illustrer cette thèse), à l’exception de sa sœur Cassandra, avec qui elle avait une relation très forte et qui a sans aucun douté été la personne la plus importante de sa vie. Sentiment réciproque, ainsi que le démontrera Cassandra par ces mots à la mort de Jane : « She was the sun of my life ». 

Un film sublime et bouleversant (j’ai fini en larmes), à voir absolument si vous êtes un-e Janeite.

2 réflexions au sujet de « Miss Austen Regrets »

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