Tribulations d’une journaliste ciné et d’une prof d’anglais

Remise en ligne de chroniques sur deux récits que j’avais énormément appréciés : Les tribulations de Juliette à Hollywood (lu et originellement chroniqué sur la V1 du blog en 2010) et Chroniques d’une prof qui en saigne (lu et originellement chroniqué sur la V1 du blog en 2011).

Les tribulations de Juliette à Hollywood, de Juliette Michaud - Chroniques d'une journaliste ciné

Les tribulations de Juliette à Hollywood – Juliette Michaud

Journaliste débutante dans un magazine de cinéma, Juliette se retrouve nommée du jour au lendemain correspondante française à Hollywood, poste qu’elle occupera pendant dix ans. J’ai beaucoup aimé son récit au ton à la fois drôle et désabusé, et qui reflète parfaitement le décalage entre le glamour qu’on imagine et la réalité du métier de journaliste. En ouvrant le livre, je me disais qu’elle était sacrément chanceuse d’avoir obtenu un tel poste. Mais tout comme la narratrice, j’ai vite déchanté ! Si je connaissais le système des press junkets (c’est-à-dire des interviews à la chaîne soigneusement chronométrées), j’étais cependant loin de me douter que c’était un tel enfer, entre les longues heures d’attente et le comportement parfois curieux des autres journalistes – sans parler des stars pratiquant la langue de bois. Néanmoins, la description de ces press junkets donnent lieu à des passages hilarants. De plus, certaines des anecdotes rapportées par Juliette Michaud donnent une dimension plus humaine à certaines célébrités.

Enfin, d’un point de vue plus personnel, je me suis parfois identifiée à elle, surtout lorsqu’elle fait des réflexions sur le métier de journaliste et sur le sentiment de solitude qu’il peut parfois induire. Dernier point : pour celles qui ont lu ou qui liront le livre, avez-vous une idée de l’identité de l’acteur très connu avec qui Juliette avoue avoir eu une histoire mais dont elle ne révèle jamais le nom ?

Edit 2016 : six ans après avoir lu le bouquin, j’ignore toujours de qui il peut bien s’agir. Juliette Michaud a bien gardé son secret ! 🙂

 Chroniques d'une prof qui en saigne, de Princesse Soso

Chroniques d’une prof qui en saigne – Princesse Soso

Princesse Soso rêvait d’être trapéziste ou éleveuse de Bisounours, mais elle finalement devenue prof d’anglais. Elle enseigne désormais dans un collège de campagne bien pourvu en élèves aimant bien s’entretuer à coups de compas et pour lesquels l’école est une annexe de Meetic. Princesse Soso adore son métier mais il y a plein de trucs qu’elle ne comprend pas et qui ont un léger rapport avec le fait que certains parents sont de vrais baltringues incapables d’élever dignement leurs enfants et avec le fait que ceux censés gérer l’Éducation nationale font absolument n’importe quoi. Et chaque année, ça recommence ! C’est justement l’une de ces années que Princesse Soso nous fait vivre à travers ses Chroniques d’une prof qui en saigne.

Quand on est prof, on fait l’Olympia tous les jours. On monte sur scène, on séduit son public, on rappelle qu’il faut éteindre son portable pendant le spectacle et on prend à parti les gros malins qui discutent pendant le stand-up.

Etant une lectrice régulière du blog de Princesse Soso depuis quelques mois, je me suis laissé tenter par son livre ; bien m’en a pris parce que j’ai passé un très bon moment avec ces Chroniques dont la lecture m’a en permanence fait osciller entre fou rire et consternation.

Fou rire parce que l’écriture de Princesse Soso est hilarante. Alors certes, elle n’y va pas avec le dos de la cuillère et son langage est plutôt familier ; mais son style enlevé, imagé, ponctué d’ironie, de sarcasme et d’un brin d’humour noir, est un vrai régal. L’autodérision y occupe aussi une bonne place, surtout lorsqu’elle se moque des clichés associés aux profs :


C’est la prérentrée. Concept qui consiste à progressivement réhabituer le prof à un environnement hostile. En effet, il vient de passer deux mois à boire des mojitos sur des plages polynésiennes et à dépenser son salaire mirobolant en haute couture et en Jaguar Type E.

Consternation parce que ce récit trace des portraits sans concession. D’abord celui de l’Education nationale, qui semble totalement se désintéresser des revendications des profs désireux d’améliorer leurs conditions de travail, et dont la manière de former les futurs enseignants devient de plus en plus aberrante. Ensuite, celui des parents, pour la plupart démissionnaires et négligents, qui se soucient de la scolarité de leurs enfants comme de leur première tétine et qui ne daignent pas venir aux réunions parents-profs, qui les laissent faire n’importe quoi (certaines anecdotes rapportées par Soso sont assez hallucinantes) et qui désavouent l’autorité des professeurs en soutenant leurs enfants dans leurs torts. A travers ce que nous explique l’auteure, on comprend bien qu’au fond le problème ne vient pas des élèves en eux-mêmes mais des graves carences éducatives et de la perte totale de repères dont la plupart souffrent. Ce qui produit des adolescents illettrés et apathiques, ou je m’en-foutiste et agressifs, qui n’ont absolument aucune limite et se révoltent lorsque leurs enseignants tentent de leur en imposer dans l’enceinte de l’école.

Ces parents qui ne nous soutiennent pas et n’amènent pas leur rejeton à l’heure de retenue car ça fait trop ch*** de faire trois kilomètres en voiture à 18h30 alors que le bar est ouvert et que l’émission d’Arthur va commencer. Les élèves se sentent alors invincibles et ne savent plus comment se comporter à l’école puisqu’ils entendent deux discours différents.

Alors bien sûr, comme Soso le précise elle-même, elle enseigne dans un milieu « culturellement et intellectuellement défavorisé, voire sinistré », ce qui explique pourquoi le trait de ce qu’elle nous raconte peut parfois nous sembler forcé alors qu’il ne l’est pas. Néanmoins, c’est en lisant cette charge contre les parents que vous vous rendez compte que vos propres géniteurs, qu’ado vous trouviez atrocement relous parce qu’ils avaient la sale manie de vous disputer dès que vous rameniez une note en dessous de la moyenne et qu’ils vous faisaient suer en donnant systématiquement raison à vos enseignants, même lorsque ceux-ci vous punissaient injustement (Mais Maman, puisque je te dis que j’ai juste bâillé et la prof a cru que je bavardais alors que je te jure que je n’ai pas parlé ! Je m’en fiche, les profs ont toujours raison, tant pis pour toi, tu n’a qu’à pas bâiller en classe – true story ^^), vous ont finalement rendu un grand service.

Je dois aussi dire qu’en lisant ces Chroniques, j’ai été ravie de ne pas être devenue prof d’anglais, métier auquel je me destinais à l’origine : je n’aurais jamais eu la patience nécessaire (et j’aurais probablement terminé aux assises ^^) – j’ai d’ailleurs beaucoup d’admiration pour mes amis enseignants.

Et des élèves, Princesse Soso a en des bien gratinés ! Le portrait qu’elle en fait est assez effarant : des élèves qui savent à peine lire et écrire (et certains qui font des fautes d’orthographe à leur propre prénom), qui ne travaillent pas et sont insolents en classe, qui pensent que l’école ne sert à rien, qui ne pensent qu’à s’amuser et à boire (oui les élèves de Soso sont assez portés sur la bibine) et qui ont déjà, pour pas mal d’entre eux, des relations sexuelles à 13 ou 14 ans, souvent avec le consentement de leurs parents. Il m’a paru d’autant plus effarant que ces collégiens n’ont même pas vingt ans de moins que nous (je parle des gens de ma génération, les collégiens des années 90, dont Princesse Soso faisait partie puisqu’elle a à peu près le même âge que moi) et pourtant, ils semblent à des années-lumière de ce que nous étions alors.

Madaaaaaame, est-ce que les lapins qui vivent en Angleterre, ils parlent anglais ou ils parlent lapin ? 

Cependant, bien qu’elle tire à boulets rouges sur l’Education nationale et les parents, et en dépit du portrait peu flatteur qu’elle trace de la jeunesse contemporaine, on sent néanmoins que Princesse Soso n’est pas aigrie, qu’elle aime toujours son métier, et qu’elle a malgré tout de l’affection pour ses élèves, même les moins choupis. Bref vous l’aurez compris, j’ai adoré ces Chroniques corrosives mais tordantes, et je les conseille à tout le monde, prof ou pas prof (cela dit, je ne suis pas certaine de les conseiller à ceux qui préparent actuellement le CAPES, les pauvres risqueraient d’avoir envie de se pendre ^^) : vous passerez un excellent moment en compagnie de Princesse Soso, ses choupis et ses pas choupis.

Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de vous mettre deux extraits d’un passage que j’ai adoré, celui sur les bulletins de classe, avec la version officielle et la version officieuse :

« Brandon se comporte en véritable touriste. Il se présente en classe sans ses affaires, sans travail et sans aucune volonté de s’en sortir et de progresser = Au moins, un vrai touriste aurait pris des photos ».

« Laurence obtient une moyenne de 18,7/20. Nous la félicitons pour son sérieux exemplaire et son attitude irréprochable en classe. Bravo ! = Laurence, tu déchires tout sa mère. On va te cloner <3 Mégalove de toi ».

Edit 2016 : Princesse Soso a depuis abandonné son blog Food’Amour (qui est néanmoins toujours en ligne). On peut désormais la retrouver sur Princesse Soso.

Dites un truc chouette, un truc à paillettes, un truc qui fait des claquettes ou même un truc qui n'a ni queue ni tête :-)