Les sorcières d’Eastwick – John Updike

Chronique initialement publiée en 2010 sur la V1 du blog

Les sorcières d'Eastwick de John Updike - couverture française et couverture VO

Nous sommes à Eastwick, petite ville de Nouvelle-Angleterre (la contrée de prédilection des sorcières aux Etats-Unis), dans les années 70, en pleine guerre du Viêtnam. Alexandra, Sukie et Jane sont trois amies dans la trentaine, toutes trois divorcées, gagnant vaguement leur vie (qui en sculptant, qui en écrivant des potins, qui en jouant du violoncelle), négligeant leurs enfants et dont l’un des passe-temps favoris consiste à coucher avec les hommes mariés d’Eastwick. Ce sont aussi des sorcières, certes, mais des sorcières coincées dans une vie somme toute étriquée qui les ennuie profondément.

C’est alors que le mystérieux et assez vulgaire Darryl Van Horne emménage à Eastwick et ne tarde pas à devenir ami avec les trois copines : il les invite à des parties de tennis ainsi qu’à des parties d’un autre genre dans son jacuzzi. Bref, il les distrait et Alexandra, Jane et Sukie en viennent très vite à le considérer comme leur propriété. Aussi quand Jenny, fille de l’un des amants décédés de Sukie que les sorcières ont prise sous leur aile, s’en mêle, la réaction du trio infernal ne se fait pas attendre.

Si dès le départ, Updike réussit à camper la personnalité de ses trois héroïnes et à installer l’ambiance de la petite ville de province des seventies qu’est Eastwick, force est de constater que son style n’est pas évident à lire. Longues phrases, paragraphes faisant parfois plus d’une page, descriptions interminables et pas de chapitres bien définis : on a parfois du mal à reprendre sa respiration !

Au-delà du manque de fluidité de l’écriture, j’ai bien aimé l’histoire d’amitié teintée de rivalité ainsi que la quête d’émancipation, à la fois matérielle et sexuelle, des trois héroïnes, qui reflète finalement celle de toutes les femmes de cette décennie : nous sommes en effet en plein dans l’époque des grands mouvements féministes, comme le Women’s Lib. Néanmoins, j’avoue avoir eu du mal avec certaines scènes un peu crues qui ont heurté ma petite âme sensible !

La fin m’a laissé une impression mitigée, je trouve qu’elle est contradictoire avec le reste du roman. En effet, l’une des choses qui m’ont plues dans cette histoire, c’est la totale amoralité donc Alexandra, Sukie et Jane font preuve, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans la pratique de la sorcellerie. Elles mènent leur existence comme elles l’entendent, refusent de se laisser embarquer dans les contraintes qu’imposent le fait d’être mère de famille, et ne se soucient pas de l’opinion publique. Or la façon dont elles parviennent finalement à quitter Eastwick est on ne peut plus conventionnelle, pas digne de ces femmes libérées ! Une fin qui a d’ailleurs valu à Updike d’être taxé de sexisme, voire de misogynie.

J’ai cependant été contente de découvrir John Updike, qui est considéré comme l’un des grands écrivains américains contemporains et que je n’avais encore jamais lu. Et beaucoup aimé cette phrase d’Alexandra, à laquelle je souscris totalement : Il faut imaginer sa vie. Alors, les choses arrivent.

Dernier point : il existe une suite, Les veuves d’Eastwick, dernier roman écrit par Updike, décédé en 2009.

6 réflexions au sujet de « Les sorcières d’Eastwick – John Updike »

  1. Franchement, le livre m’est tombé des mains. Le style m’a totalement rebuté et je n’arrivais pas à avancer dans l’histoire :/

    • Haha, tu m’étonnes ! Le style d’Updike est effectivement très dense. D’ailleurs avec le recul, ce n’est pas un auteur que j’ai envie de relire un jour 🙂

      • Franchement, j’ai eu tellement de mal à le lire, que j’ai plus l’impression d’apprendre des choses en lisant ton billet qu’à ma lecture. Je crois que je ne le lirai plus jamais XD

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