The Great Gatsby – Baz Luhrmann

Baz Luhrmann et moi, c’est une histoire d’amour qui dure depuis mes quatorze ans et demi, et qui a connu des hauts et des bas.

Notre romance débuta un beau jour d’avril 1997 à la sortie de Romeo + Juliette et atteignit son paroxysme avec Moulin Rouge! en 2001. Durant les sept années qui suivirent, Baz et moi vécûmes une idylle sans nuages, lui tournant la publicité la plus chère du monde pour un célèbre parfum et moi découvrant avec tendresse Strictly Ballroom, son tout premier film. Mais en 2008, patatras ! Baz me déçut affreusement avec Australia et me sentant trahie, je déclarai alors en sortant du cinéma que tout était fini entre lui et moi.

Luhrmann fut malin. Il attendit plusieurs années, afin d’être certain que ma colère soit retombée, puis au printemps 2013, il lança une offensive pour essayer de regagner mon cœur : Gatsby le Magnifique. Je n’essayai pas de résister : j’avais eu envie de voir ce film à la minute où j’avais appris qu’il travaillait sur ce projet – sans compter que ce petit futé de Baz avait pris bien soin de choisir Leonardo DiCaprio, l’autre grand amour de mes quatorze ans et demi (je rappelle que la polygamie cinéphilique est parfaitement légale 😛 ), pour jouer le rôle principal. Je me rendis donc au cinéma toute prête à me laisser reconquérir mais néanmoins pleine d’appréhension : je venais juste de lire le roman de Francis Scott Fitzgerald et je savais que la folie créatrice qui caractérise Baz avait aussi bien pu sublimer qu’altérer cette histoire dont la perfection m’avait enchantée.

J’avais toutefois tort de douter. Luhrmann était déjà celui qui avait su transposer Shakespeare à notre époque de façon magistrale ; désormais, il est également celui qui a su respecter l’œuvre-phare de Fitzgerald tout en y insufflant une créativité ébouriffante !

The Great Gatsby 1

Printemps 1922. Nick Carraway s’installe comme trader à New York et emménage à Long Island, juste à côté d’une imposante demeure appartenant à un mystérieux Mr Gatsby qui donne de somptueuses soirées. En face d’eux, de l’autre côté de la baie, vit Daisy Buchanan, la cousine de Nick, et son mari Tom. Daisy qui a autrefois connu Gatsby…

Si certains passages du livre ont été raccourcis ou omis, la ligne narrative du roman de Fitzgerald est cependant respectée et de nombreux dialogues en sont repris. Luhrmann est aussi parvenu à parfaitement transposer en images la grande puissance d’évocation visuelle du roman, et a même insisté sur plusieurs éléments afin d’en faire ressortir la symbolique : comme par exemple la lumière verte qui brille au bout de la jetée de Daisy et qui représente l’espoir de Gatsby ; ou les coups de téléphone incessants que reçoit ce dernier, et qui entretiennent le mystère au sujet de ses activités.

Baz Luhrmann a de plus impeccablement su restituer l’atmosphère et le rythme du roman : l’indolence des jours d’été, la frénésie des soirées d’une époque éprise d’insouciance, et la tension dramatique qui monte lentement mais inexorablement vers la tragédie finale – tout en s’offrant au passage quelques-unes de ces séquences d’une extravagance pure qu’il affectionne tant. Il a joué sur les contrastes, amplifiant les humeurs des personnages, accentuant les traits d’humour glissés par Fitzgerald au milieu de scènes chargées en émotion et vice-versa. Il s’est amusé avec le tempo, laissant certaines scènes s’étirer et en accélérant d’autres ; transformant chaque scène de fête en l’un de ces chaos admirablement maîtrisés dont il a le secret et qui donnent au spectateur une agréable sensation de vertige, comme s’il avait un peu trop bu de ce champagne qui coule à flots à l’écran. C’est à la fois lent et rapide, silencieux et bruyant ; et c’est surtout une brillante mise en scène !

The Great Gatsby 2

Ainsi que je l’ai dit plus haut, Gatsby le Magnifique est un roman qui possède une vraie puissance d’évocation visuelle et en le lisant, j’ai tout de suite compris pourquoi quelqu’un comme Baz Luhrmann a voulu l’adapter au cinéma : parce que cette histoire procure à son sens de l’esthétique, certes décalé mais indéniable, un fantastique cadre pour s’y déployer !

Et de fait, visuellement le film est une véritable réussite. La photographie est sublime, quelques plans sont même d’une beauté à couper le souffle et reprennent certains passages du roman qui, à la lecture, m’apparaissaient comme captés par l’objectif d’un appareil photo, impression que Baz Luhrmann a très bien su traduire à l’écran. Il y a aussi beaucoup de jeux d’ombres et de lumières, ce que j’ai apprécié parce que Fitzgerald joue beaucoup avec la lumière dans son récit. Les costumes sont ébouriffants et les décors magnifiques : un seul bémol, l’incrustation des effets numériques est parfois très visible, ce qui donne un côté un peu carton-pâte à certains décors – exemple : la plage censée être située derrière la demeure de Gatsby fait horriblement fausse.

Autre coup de génie : l’excellente bande-son ! Baz Luhrmann a opté pour un mélange de musique d’époque et de chansons contemporaines, et c’est extrêmement réussi : cette collision entre les années 20 et la modernité ne choque absolument pas, étant donné que les années 20 étaient elles-mêmes considérées comme modernes. Les morceaux revisités à la sauce jazz (comme le Back to Black d’Amy Winehouse ou le Crazy In Love de Beyoncé) illustrent parfaitement la notion de roaring twenties et les chansons plus mélancoliques (comme Over The Love par Florence + The Machine ou le superbe Young And Beautiful de Lana del Rey) reflètent à merveille les émotions des personnages.

The Great Gatsby 3

Parlons de l’interprétation. Autant je suis une inconditionnelle de Leonardo DiCaprio, autant en lisant le roman j’avais du mal à l’imaginer en Gatsby : celui-ci est en effet un personnage romantique et émouvant, comme les deux rôles qui ont fait connaître Leo et qui lui ont donné une image qu’il s’est depuis ingénié à casser avec succès. Je craignais donc qu’il ne parvienne pas à me toucher autant que le Gatsby de papier… Eh bien, je n’aurais pas dû douter, fan de peu de foi que j’étais ! Car si au début du film on a du mal à retrouver le Gatsby du roman, juste au moment où on se dit que oui, décidément on avait raison, Leo n’était pas fait pour ce rôle, paf, on plonge dans son regard de chien battu alors qu’il s’encadre, dégoulinant de pluie, à l’entrée de la pièce où se tient celle qu’il aime… et là on s’aperçoit qu’on est fichue et qu’il  nous a bien eue, parce que si, Leo est Gatsby, et va d’ailleurs tellement nous bouleverser dans ce rôle que nous sortirons de la séance en mode panda-en-phase-terminale-de-dépression. J’ai eu l’impression de retrouver le Leonardo de mon adolescence, celui de Romeo + Juliette et Titanic, et j’ai adoré ça !

L’alchimie entre Tobey Maguire et lui fonctionne de plus parfaitement, ce qui n’est guère étonnant lorsqu’on sait que ces deux-là sont meilleurs amis dans la vie ! Tobey est impeccable en Nick Carraway. Le narrateur du roman de Fitzgerald, est plus spectateur que partie prenante : et Maguire, avec ses grands yeux bleus et son visage juvénile, incarne à merveille un Nick un peu naïf et dépassé par les évènements, qui se laisse transbahuter d’une scène à l’autre, d’une tragédie à une autre ; et qui, au final, sortira de cette histoire plus abîmé que les autres. 

Quant à Carey Mulligan, elle compose une Daisy aussi superficielle et antipathique que son double de papier. J’ai toutefois deux bémols à émettre à son sujet : d’abord, je n’ai pas trouvé que DiCaprio et elle avaient une alchimie particulière, ce qui fait qu’on peine à croire à l’histoire d’amour entre Daisy et Gatsby ; ensuite, Carey Mulligan est un peu fade et se fait par conséquent éclipser par ses partenaires, Leo en tête – mais également Joel Edgerton, qui joue Tom Buchanan, et Elizabeth Debicki, qui interprète Jordan Baker, que j’ai trouvés excellents dans leurs rôles respectifs, notamment Debicki : j’ai d’ailleurs regretté que le rôle de Jordan soit moins développé que dans le roman.

Et en ce qui concerne Baz Luhrmann et moi, alors ? Eh bien, comme vous l’avez compris, je suis retombée sous le charme de son génie de cinéaste et nous filons de nouveau le parfait amour 😀 !

6 réflexions au sujet de « The Great Gatsby – Baz Luhrmann »

  1. Je le sors, je le remets dans la pile, pour le ressortir… Il faut que je le lise. Ah ! si c’était Robert Redford à la place de Di Caprio sur la couverture !!!

  2. Oui, oui, il faut le lire !

    J’aime Leo, moi 🙂 Mais j’aime aussi Robert, d’ailleurs il faut que je regarde l’adaptation avec Redford dans le rôle-titre !

  3. Ton avis est beaucoup plus enthousiaste que le mien. Mais nous sommes d’accord sur plusieurs points : moi aussi je trouve la bande son très réussie et bien au contraire le mélange de style ne m’a pas choqué et m’a même conquise. En deuxième lieu, non seulement Mulligan campe une Daisy très superficielle mais tu as raison de le souligner le couple DiCaprio-Mulligan fonctionne très mal. Je les sens mal à l’aise et peu crédibles.

    • Eh oui, mais comme je l’ai dit, entre Baz Luhrmann et moi c’est une vraie histoire d’amour, donc quand j’aime ce qu’il fait, je n’aime pas à moitié 🙂

      Carey Mulligan est vraiment le seul gros bémol, pour moi c’est une erreur de casting, pas tant pour le personnage de Daisy en lui-même, mais pour le fait qu’elle n’a aucune alchimie ni avec DiCaprio ni avec Maguire, et que son jeu se fait éclipser même par celui des deux principaux personnages secondaires. Il aurait fallu quelqu’un avec un peu plus d’éclat !

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