Un été YA # 2

Livres lus en août et septembre 2015

Suite et fin de ma petite cure YA contemporaine estivale, avec trois livres… et un abandon (qui va probablement me valoir les huées de la blogo au grand complet 😆 ) !

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Commençons donc par le livre que j’ai abandonné en cours de lecture, Aristotle and Dante Discover the Secrets of the Universe de Benjamin Alire Saenz alias le coup de cœur quasi unanime des blogueurs anglophones et francophones. Eh bien avec moi ça ne l’a pas du tout fait ! J’ai compris dès les premières pages que ça n’allait pas coller tellement tout sonnait faux : la narration d’Ari, les personnages d’Ari et de Dante, et surtout les parents de ce dernier – absolument rien ne me semblait crédible et j’ai jeté l’éponge à 20%. Au vu du nombre impressionnant d’avis dithyrambiques sur ce roman (et des prix qu’il a remportés), il est possible que je sois passée à côté d’un formidable livre de YA contemporaine, mais tant pis 🙂 !

 

Finding Audrey – Sophie Kinsella. Si je suis une grande fan de la série de L’accro du shopping de Sophie Kinsella, j’ai en revanche beaucoup moins accroché aux quelques autres romans d’elle que j’ai lus : j’avais donc décidé de m’en tenir exclusivement aux aventures de ma shopaholic préférée. Puis voilà qu’au détour d’un blog (celui d’Emjy), j’apprends que Sophie Kinsella s’est non seulement essayée pour la première fois à la Young Adult mais que de plus, son roman met en scène une adolescente souffrant de crises de panique et d’agoraphobie : il ne m’en fallait pas plus pour que Finding Audrey se retrouve aussi sec dans ma liseuse !

Après avoir subi un harcèlement scolaire, Audrey, 14 ans, souffre (comme moi) d’anxiété généralisée, de phobie sociale et d’épisodes dépressifs (dénomination qui lui inspire une réplique qui m’a bien fait rire : Like depression is a sitcom with a fun punchline each time). Déscolarisée depuis plusieurs mois, elle refuse de sortir de chez elle – excepté pour aller voir sa psy – et porte en permanence des lunettes noires, ne supportant plus de croiser le regard de qui que ce soit.

J’ai bien aimé ce roman qui, sous des dehors comiques, parle de façon plutôt juste de l’agoraphobie, Audrey ayant quelques expressions qui décrivent de manière pertinente en quoi consiste la peur panique de mettre un pied hors de chez soi, le problème principal n’étant pas l’extérieur en lui-même mais les gens, de même que le fait de devoir sortir hors de sa zone de confort, qui est généralement assez réduite pour les agoraphobes. Kinsella aborde également le thème du manque de considération envers les maladies mentales qui, invisibles, ne sont bien souvent pas reconnues comme « vraies maladies » par l’entourage ou cataloguées sous l’appellation générale et totalement fausse de « folie ». Bon après tout cela reste assez superficiel et j’aurais apprécié une réflexion un peu plus poussée, mais dans l’ensemble l’auteur a correctement traité son sujet.

A une exception près : Linus – c’est le seul véritable bémol de ce récit pour moi. Linus est un ami de Frank, le frère d’Audrey, et peu à peu il va réussir à se rapprocher de la jeune fille, jusqu’à devenir son petit ami. On a l’impression qu’Audrey est « sauvée » par Linus alors qu’il est très important de savoir qu’une relation sentimentale ne peut pas vous guérir (il de toute façon déconseillé d’en entamer une lorsqu’on souffre d’une maladie mentale) : personne ne le peut, hormis vous-même (et une prise en charge médicale). Certes, Audrey n’est pas malade depuis longtemps et n’est pas un cas grave : néanmoins le rôle de Linus dans l’histoire m’a un peu gênée.

En revanche, j’ai adoré l’aspect cocasse que l’inénarrable famille d’Audrey donne au récit. Son frère aîné Frank est accro aux jeux vidéo – au grand dam de leur mère qui a décidé de partir en croisade contre l’addiction de son fils, ce qui donne lieu à des passages hilarants. De même que le film qu’Audrey réalise sur sa famille à la demande de sa psychiatre : les scènes écrites à la façon d’un scénario sont celles que j’ai préférées !

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All The Bright Places – Jennifer Niven. J’avais repéré ce roman dès sa sortie mais sachant que son thème principal était le suicide, j’appréhendais énormément de le lire, craignant que ça me touche de trop près. Puis Emi l’a lu, décrété que c’était son coup de cœur de l’année et je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté. Et j’ai bien fait parce que j’ai adoré – même si le récit m’a effectivement touchée de trop près et même si cela a été une lecture émotionnellement éprouvante pour moi

What if life could be this way ? Only the happy parts, none of the terrible, not even the mildly unpleasant. What if we could just cut out the bad and keep the good ? 

Deux personnages se partagent la narration d’All The Bright Places : d’un côté, nous avons Theodore Finch, 17 ans, qui souffre d’une maladie mentale (qui n’est nommée que vers la fin du livre donc je ne précise pas) et qui pense constamment au suicide (Is today a good day to die ? This is something I ask myself in the morning when I wake up) ; de l’autre, nous avons Violet Markey, 17 ans également, qui souffre de la culpabilité du survivant depuis qu’Eleanor, sa sœur aînée, a trouvé la mort dans l’accident de voiture qu’elles ont toutes deux eu presque un an auparavant. Finch et Violet vont au même lycée et font connaissance alors qu’ils se trouvent sur le toit de leur école, se demandant s’ils vont sauter. Finch réussit à convaincre Violet de ne pas le faire, mais comme il est étiqueté « freak du lycée », tous leurs camarades pensent que c’est Violet qui l’a sauvé. A partir de là, ils deviennent amis, et même un peu plus.

Ainsi que je le disais, j’ai adoré ce roman même si je me suis sentie très mal en le lisant. Certes, il y a des passages drôles et des moments couinants entre Finch et Violet mais tout le récit possède une atmosphère pesante : dès le début, on sent que ça ne va pas bien se finir et plus on avance, plus ce sentiment s’intensifie. J’avais l’impression de voir une catastrophe en train de se produire sous mes yeux sans pouvoir rien y faire, je ressentais de l’impuissance et de la colère. J’étais triste en refermant All The Bright Places, triste et furieuse. Je ne peux pas en dire plus sans trop en dévoiler mais vous comprendrez ce que je veux dire en le lisant.

 I am broken. I am a fraud. I am impossible to love. 

J’ai rarement lu une histoire, surtout jeunesse, qui parle de façon aussi pertinente de la maladie mentale et du suicide. En lisant certaines réflexions, je me disais « c’est exactement ça ». Jennifer Niven a réussi à mettre des mots à la fois simples mais d’une infinie justesse sur la souffrance intérieure et l’envie de mourir – une pulsion parfois si forte que rien ni personne ne peut rien y faire. Si vous êtes (ou avez été) concerné, alors vous allez vous reconnaître dans ces phrases. En tout cas, moi je m’y suis reconnue.

But I’m not a compilation of symptoms. Not a casualty of shitty parents and an even shittier chemical makeup. Not a problem. Not a diagnosis. Not an illness. Not something to be rescued. I’m a person.

Lisez All The Bright Places, surtout si vous avez dans votre entourage une personne qui lutte pour ne pas céder à son envie d’en finir, cela peut vous aider à mieux la comprendre. Le livre est sorti en français le mois dernier sous le titre de Tous nos jours parfaits.

 

Know Not Why – Hannah Johnson. Après les montagnes russes émotionnelles d’All The Bright Places, j’avais grand besoin d’une lecture qui me fasse rire. Cess (oui encore elle – Emi et moi l’avons surnommée « notre dealeuse » :mrgreen: ) qui était alors en train de lire Know Not Why (son avis ici) me l’a alors conseillé (en m’appâtant bassement avec une citation mentionnant Jane Austen – ce qu’elle ne ferait pas pour nous refourguer sa came, hein 😛 ) et une fois de plus elle a visé juste parce que j’ai adoré et que je me suis marrée comme une otarie bourrée.

Howie, le narrateur, a 22 ans, et il ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Il suit vaguement des cours du soir, passe beaucoup de temps avec Amber et Mitch – ses deux meilleurs amis – et ne pense qu’à une seule chose : séduire des filles. C’est dans cette optique qu’il se fait embaucher chez Artie Kraft’s Arts ‘N Crafts, un magasin de fournitures d’art et loisirs créatifs tenu par le trop sérieux Arthur Kraft Jr, 25 ans, secondé par deux employées : l’excentrique Cora et l’adorable Kristy. C’est d’ailleurs sur cette dernière que Howie a des vues avant qu’il ne découvre que 1) Kristy a un petit ami  2) il se pourrait bien qu’en réalité ce soit sur Arthur qu’il craque…

Le thème du roman est donc la difficulté de faire son coming-out, envers ses proches mais surtout d’abord envers soi-même. Howie passe une bonne partie du récit dans le déni, refusant d’admettre qu’il est homosexuel, s’efforçant de refouler son attirance pour Arthur, et débitant tout un tas de clichés sur les gays, avant de finalement se rendre à l’évidence. Le tout en nous faisant hurler de rire quasiment à chaque page : j’ai adoré sa façon de raconter, son humour, ses réflexions – même s’il manque un peu de maturité et sonne souvent comme un adolescent.

Le comique est réellement le point fort de Know Not Why, titre tiré d’une pièce de Shakespeare que Howie étudie en classe – les étudiants discutent du fait que deux des personnages masculins pourraient avoir des sentiments l’un pour l’autre, ce qui inspire à Howie, toujours dans le déni à ce moment-là, une réplique qui m’a énormément amusée : Bros before hos. It’s not like that’s a new thing. It’s not like Shakespeare missed the memo on that one. Shakespeare had bros up the wazoo. Or, well, not, you know, literally, I just – shit, whatever, whatever, seriously, whatever. Entre les réflexions hilarantes de Howie, l’enchaînement de scènes désopilantes, et les autres personnages tous plus inénarrables les uns que les autres (comme la mère d’Howie, auteur de romances à ses heures perdues ou Cora qui adore danser debout sur le comptoir du magasin), vous passez votre temps à glousser comme une dinde dérangée, surtout dans la première partie du roman, la fin étant un tout petit peu moins drôle. Ajoutez à cela que le récit est bourré de références classiques et pop culture et – je sais que je l’ai déjà dit dans Un été YA #1 mais que voulez-vous, je radote – c’est toujours un aspect que j’apprécie beaucoup.

Des bémols ? Oui, un : à la fin, deux questions restent en suspens, ce qui m’a un peu frustrée, jusqu’à ce que j’apprenne que l’auteur prévoit d’écrire une suite !

Sinon, pour l’instant Know Not Why n’existe qu’en version numérique et en anglais. Sur ce, je vous laisse avec la réflexion de Howie qui m’a le plus fait rire (il rencontre Cora pour la première fois) :

She’s wearing what looks like a ratty, violently bright green bathrobe, except it’s got shaggy white fur around the collar and the sleeves. It’s a coat, I guess, but I have no idea who the hell had the grand idea to make it. I kind of wish I knew so I could find and punish them. It’s like whatever crackpot designer is responsible for that little gem went, « I’m seeing a glorious fusion of limes and yaks! Limes! Yaks! »

8 réflexions au sujet de « Un été YA # 2 »

  1. j’ai adoré le Niven moi aussi et pour l’instant je n’ai pas cédé aux sirènes d’Aristotle, j’ai peur de ne pas aimer donc je préfère m’épargner 😛

    • C’est toujours le hic quand on lit un livre encensé après tout le monde : on a énormément d’attentes… Et là moi je n’arrêtais pas de me demander si c’était moi qui avais un problème ou si c’étaient tous les autres qui avaient fumé 😆 !

  2. Too bad pour Aristotle, je l’ai adoré moi 😀 Il faut vraiment que je lise All the bright places, mais j’ai peur d’être déçue (comme toi avec Ari en fait) 🙂

    • Eh oui c’est le risque quand on a des attentes.

      Pour Ari et Dante, peut-être que je n’étais pas dans le mood, va savoir 🙂

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