Zero Dark Thirty – Kathryn Bigelow

Film vu en 2013 et initialement chroniqué en 2014 sur la V2 du blog (oui, heureusement que je prends des tonnes de notes ^^)

Zero Dark Thirty est indubitablement le film qui m’a le plus marquée en 2013. Trois raisons m’ont poussée à aller le voir : son sujet (la traque et la capture d’Oussama Ben Laden), la polémique qu’il a soulevée aux Etats-Unis à sa sortie, et la pluie de nominations et de récompenses qu’il a reçue. J’en suis sortie ébranlée, pleine d’émotions et de réflexions contradictoires, et totalement incapable de dire si j’avais aimé ce film ou pas.

Affiche du film Zero Dark Thirty

Le film commence en 2003, au moment où Maya (il s’agit d’un nom de code), jeune analyste de la CIA, arrive au Pakistan pour travailler au sein d’une cellule dédiée à la recherche de Ben Laden : son enquête durera huit ans et aboutira à la découverte du chef terroriste ainsi qu’à son exécution. La traque étant détaillée étape par étape, on peut trouver qu’il y a certaines longueurs (le film fait 2h30), mais l’aspect volontairement documentaire de Zero Dark Thirty nécessitait un tel choix narratif.

J’avoue cependant avoir été surprise que les scènes d’interrogatoire dépeignent l’usage de la torture, aussi bien physique que mentale, de façon aussi réaliste (ce qui les rend assez difficiles à regarder) car je ne m’attendais pas à ce qu’un film américain insiste autant sur des pratiques aussi peu reluisantes pour l’image des Etats-Unis. On a d’ailleurs reproché à Zero Dark Thirty de présenter la torture comme une technique d’interrogatoire utilisée par les Américains, mais le fait est que c’est effectivement ainsi que la CIA a obtenu les renseignements qui ont conduit à la découverte de Ben Laden, ainsi que l’a reconnu Leon Panetta, ancien directeur de l’Agence et ex-Secrétaire de la Défense. C’est donc tout à l’honneur de la réalisatrice Kathryn Bigelow de ne pas avoir occulté ces pratiques.

Quant à la traque en elle-même, que le spectateur vit pratiquement de l’intérieur, je l’ai trouvée captivante. C’est surtout le personnage de Maya (qui a véritablement existé) qui m’a fascinée : remarquant que le même nom revient régulièrement dans les interrogatoires des terroristes prisonniers, la jeune femme soupçonne vite que cet homme sert de messager à Ben Laden et pourrait les conduire à celui-ci. Elle a cependant du mal à en convaincre ses collègues et sa hiérarchie, qui sont persuadés qu’elle court après une chimère. La recherche de cet homme se transforme alors peu à peu en obsession chez Maya, ce qui finira par payer car son intuition s’avèrera juste et c’est grâce à elle que Ben Laden sera découvert.

La jeune femme est interprétée de façon remarquable par Jessica Chastain qui réussit le tour de force de conserver un jeu sobre du début à la fin tout en parvenant à retranscrire parfaitement l’évolution de son personnage : sa détermination qui grandit peu à peu, sa mission qu’elle finit par considérer comme étant presque divine ; son caractère qui s’affirme au fil des années : il y a notamment une scène où Maya affronte son supérieur (car il ne veut pas lui donner le soutien nécessaire pour capturer le messager qu’elle a enfin localisé) dans laquelle j’ai trouvé Chastain extraordinaire. On partage son excitation lorsqu’elle fait une découverte capitale et sa frustration lorsque sa progression est ralentie par la machine administrative. Maya est une femme combative et courageuse pour laquelle j’ai éprouvé beaucoup d’admiration, mais qui m’a également touchée par son immense solitude : sa existence est entièrement consacrée à la recherche de Ben Laden. Un magnifique personnage féminin dans un film qui fait de toute façon la part belle aux femmes (mention spéciale à Jennifer Ehle qui incarne l’autre personnage féminin principal) : ce sont elles qui jouent les rôles-clés et dans un contexte qu’on imagine essentiellement masculin, ça fait vraiment du bien de voir ça – merci Kathryn Bigelow !
Jessica Chastain dans Zero Dark Thirty

On en arrive maintenant à la partie la plus perturbante du film, à savoir celle qui retrace les évènements de la nuit du 2 mai 2011, au cours de laquelle un commando de marines s’est infiltré dans la maison de Ben Laden et l’a abattu. L’Opération Neptune’s Spear est reconstituée presque en temps réel et il s’agit d’une séquence impressionnante et extrêmement dérangeante, au cours de laquelle on voit les marines pointer des armes sur des femmes et des enfants sans défense, et abattre de sang-froid des membres désarmés de la famille de Ben Laden. Voyez-vous, je fais partie des gens qui ont été choqués par l’exécution sommaire d’Oussama Ben Laden et qui pensent qu’il aurait dû comparaître devant un tribunal international ; et après avoir vu Zero Dark Thirty, je me demande si Kathryn Bigelow ne partage pas mon avis : car ce qu’elle montre clairement, c’est que l’opération Neptune’s Spear relevait plus d’une petite vendetta privée menée par les Etats-Unis que d’une réelle volonté de rendre justice à tous ceux qui ont souffert des agissements perpétrés par Al-Qaïda, en obligeant Ben Laden à répondre de ses actes.

Ce qui est certain, c’est quel que soit notre avis à ce sujet, Zero Dark Thirty est un film qui ne laisse pas indifférent et qui pousse à s’interroger. En début de ce billet, je parlais d’émotions contradictoires parce que je suis sortie de la séance un peu déboussolée. Ainsi que je l’ai dit, je me suis beaucoup attachée au personnage de Maya et j’ai donc été heureuse pour elle lorsque sa mission a été couronnée de succès et j’ai partagé son sentiment de triomphe ; tout comme j’avais ressenti sa frustration devant les embûches rencontrées au cours de son enquête, dont certaines étaient dues au changement de gouvernement et à la politique anti-torture d’Obama. Pourtant je réprouve fortement l’usage de la torture sur les prisonniers, cette torture qui a pourtant été nécessaire pour obtenir les informations dont Maya a eu besoin pour dénicher Ben Laden – vous voyez où je veux en venir ?

Alors oui, au final je suis totalement incapable de vous dire si j’ai aimé Zero Dark Thirty ou pas ; en revanche, ce que je suis capable de vous dire, c’est qu’il s’agit d’un excellent film !

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