Monsieur Chaudière (La neuneu des collines #2)

Petits bouts de la vie ultra-glam’ et passionnante d’un boulet professionnel

Monsieur Chaudière - La neuneu des collines 2 - Caro Bleue Violette

Ayant trop regardé Desperate Housewives pour mon bien, je m’attendais à ça.

Il y a quinze jours, j’étais de garde dans le nouvel appartement de mon père, afin de guetter l’arrivée d’un chauffagiste venant réparer la chaudière. Comme je suis affligée d’une vilaine manie consistant à donner des surnoms à tout le monde, j’ai très vite rebaptisé ledit chauffagiste Monsieur Chaudière, grand pourvoyeur d’eau chaude et sauveur d’un pauvre papa en détresse qui n’apprécie guère les vertus vivifiantes d’une bonne douche froide. 

Monsieur Chaudière n’avait pas précisé l’heure de son passage, mais simplement donné une fourchette : entre 13 et 18h. Plus tôt dans la semaine, j’avais également fait le guet pour Monsieur EDF, qui avait lui aussi dit qu’il viendrait entre 13 et 18h mais qui avait eu la délicatesse de se pointer à 14h30. Monsieur Chaudière, lui, n’a pas fait preuve de la même attention et m’a fait sévèrement poireauter.

16h30. Je commence à désespérer de voir arriver Monsieur Chaudière.

16h35. Je me mets à délirer toute seule. Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie (si vous ne reconnaissez pas la référence, allez donc réviser vos contes de fées au lieu de lire des idioties sur ce blog).

16h40. Je pense tout à coup à la pièce En attendant Godot de Samuel Beckett (et hop ! La petite allusion littéraire intello qui fait bien ^^.)

16h45. Au lieu de déblatérer des répliques de contes de fées à la machine à laver, je décide d’aller embêter une copine sur WhatsApp.

16h50. J’annonce à ladite copine que je vais écrire une pièce intitulée En attendant Monsieur Chaudière, dans laquelle l’héroïne attend désespérément que celui-ci ramène sa fraise et ses outils (éventuellement pour lui outiller sa propre fraise) (je sors), tout en dévalisant le stock d’oranges de son père, qui se demandera ensuite où est passé le kilo d’agrumes qu’il a acheté la veille.

17h00. Je commence à rédiger le premier acte de ma pièce.

17h15. En attendant Monsieur Chaudière, Acte I, Scène 1. La nuit tombe au dehors (ah novembre, ce mois merveilleux). Assise sur un canapé de cuir bleu, une ravissante jeune femme (tant qu’à faire) attend désespérément Monsieur Chaudière. Elle est là depuis le début de l’après-midi et commence vraiment à se demander s’il viendra un jour (parce que là, ce serait vraiment bien qu’il se magne le popotin. Et ce serait bien aussi si ledit popotin était agréable à regarder). 

17h30. Songeant soudain que le roman érotique paie plus que le théâtre, je décide plutôt d’écrire Cinquante nuances de chaudière. Avec scène BDSM à base d’héroïne attachée dos à la chaudière tandis que le chauffagiste super sexy fait lentement grimper la température de l’appareil tout en demandant à la jeune femme si elle veut voir « son gros chalumeau ».

17h45. Ma copine, morte de rire à l’autre bout de WhatsApp, me suggère alors d’arracher la salopette qu’elle imagine que Monsieur Chaudière portera quand il débarquera enfin (sans rien dessous, évidement), ou alors de lui faire le coup du « oh dites-donc, fait chaud ici, non ? » tout en déroulant mon chignon avant de secouer sensuellement ma tignasse, façon pub pour shampoing. Je lui signale que j’ai déjà les cheveux détachés et que si je glousse bêtement quand Monsieur Chaudière arrivera, je la tiendrai pour personnellement responsable. Evidemment, la sonnerie de l’interphone retentit pile à ce moment-là.

17h50. Je vais donc ouvrir à Monsieur Chaudière en gloussant bêtement. Monsieur Chaudière, alarmé par mon hilarité, me regarde d’un air un peu inquiet.

17h55. Monsieur Chaudière entreprend de démolir la moitié de la cuisine (du moins si j’en juge par le bruit) pendant que j’explique à ma copine qu’il n’est pas du tout sexy, qu’il ne porte pas de salopette sans rien en dessous et dont le haut serait tendu à l’extrême sur ses pectoraux bronzés et saillants, et que je ne suis que déception. 

18h00. Monsieur Chaudière fait carrément sauter les plombs. Tandis qu’il tâtonne dans le noir pour trouver le disjoncteur, j’ai du mal à réprimer mon fou rire parce que la situation commence à ressembler au mauvais scénario d’un film pour adultes. Surtout que Monsieur Chaudière a un petit accent espagnol qui aurait pu être muy caliente si Monsieur Chaudière avait été un bel hidalgo. J’aurais pu avoir Antonio Banderas en bleu de chauffe, j’ai droit à Mario Bros version ibérique. 

18h05. Monsieur Chaudière rétablit le courant et, de plus en plus alarmé par mon hilarité, me regarde d’un air de plus en plus inquiet.

18h10. Monsieur Chaudière a l’air soulagé de voir mon père arriver. Je ne comprends vraiment pas pourquoi.

18h15. Sur WhatsApp, mon amie fait une superbe imitation d’accent espagnol à base de  « qué calor ». Je me paie un fou rire. C’est ce moment-là que Monsieur Chaudière choisit pour venir vérifier que le radiateur du salon fonctionne. Malgré la présence de mon père, il commence à avoir l’air sérieusement flippé.

18h20. Monsieur Chaudière a terminé et s’enfuit pratiquement de l’appartement sans même répondre à mon au revoir. Quel mal élevé ! 

18h30. Je décide d’écrire une pièce appelée Comment j’ai traumatisé Monsieur Chaudière.

19h00. Enfin rentré chez lui, Monsieur Chaudière décide de laisser tomber son métier pour écrire un témoignage intitulé Comment j’ai été traumatisé par une cliente.

14 réflexions au sujet de « Monsieur Chaudière (La neuneu des collines #2) »

  1. Lors de la mention de l’accent espagnol, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer Miguelsexychou en salopette sans sous vêtements avec son petit accent.
    Du coup j’ai fait une syncope. J’ai repris connaissance. Puis j’ai continué ton billet. Et refait une syncope.
    Je ne te remercie pas!!! :-p

    • Bah j’aurais bien aimé que ce soit Miguel, hein ! Mais bon… Cela dit, tu as raison, on peut toujours fantasmer en l’imaginant dans le rôle du plombier sexy 😀

  2. Moi je veux la pièce de théâtre, « Cinquante nuances de chaudière » ou plus si tu veux … mais surtout merci pour le fou rire. Après une grosse journée ça fait rudement du bien ! Comme quoi ça avait du bon d’attendre Monsieur Chaudière 😀

  3. Olala mais quel fous-rire grâce à ce monsieur chaudière ! Que calor ! il en a remué des cœurs et des papilles. 50 nuances de chaudière es un livre prometteur , toutes les maisons d’édition se l’arracheront , c’est certain 🙂

Dites un truc chouette, un truc à paillettes, un truc qui fait des claquettes ou même un truc qui n'a ni queue ni tête :-)