Bulles # 2

L’année dernière, je vous parlais de mon rapport compliqué avec la bande dessinée et vous annonçais que j’avais décidé de redonner sa chance à ce genre, ce que j’ai fait puisque en 2014 j’ai lu une dizaine de BD/romans graphiques. J’ai parlé des premières ici, voici maintenant les deux BD que j’ai lues au cours de l’été 2014.

Maus

La page blanche – Boulet/Pénélope Bagieu. On m’avait beaucoup recommandé ce roman graphique et effectivement, il est très sympa. J’ai bien aimé l’histoire – celle d’une jeune femme qui se « réveille » amnésique sur un banc de Paris et qui part en quête de son identité – et même si je sais que certains lecteurs ont été laissés sur leur faim, en ce qui me concerne j’ai vraiment apprécié la chute. En revanche, je ne suis toujours pas convaincue par le dessin de Pénélope Bagieu que je persiste à trouver trop minimaliste !

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Maus L’intégrale – Art Spiegelman. Si je devais établir un palmarès des bandes dessinées qui m’ont été le plus recommandées, Maus arriverait largement en tête. Dans ce roman graphique, paru à l’origine en plusieurs épisodes au cours des années 70 et 80 – ainsi qu’au tout début des années 90 – Art Spiegelman raconte les persécutions subies par les Juifs polonais durant la Seconde Guerre Mondiale, à travers l’histoire de ses parents, Vladek et Anja et en se focalisant sur le personnage de son père, le seul de ses parents à être encore en vie au moment où Art commence à travailler sur la BD.

Maus est à la fois intéressant par son propos et par son exécution. En effet, parallèlement au récit du passé de Vladek Spiegelman, on assiste également au processus de création de la BD par le biais des conversations entre Art et son père qui y sont représentées. L’auteur met également en scène ses propres doutes par rapport à son œuvre, il s’inquiète notamment de la façon dont son père risque d’être perçu : Vladek étant un vieil homme acariâtre, pingre à l’extrême et raciste, son fils craint que cela ne nuise à l’image des Juifs (en confirmant par exemple le cliché de l’avarice juive) et ne diminue la portée du propos de Maus. Cependant, j’ai beaucoup apprécié cette honnêteté de la part de Spiegelman et de mon point de vue, ce n’est pas le portrait objectif de son père qui dessert la BD mais sa façon d’utiliser le zoomorphisme.

Dans Maus, chaque nationalité est représentée par un animal : ainsi les Allemands, plus précisément les Nazis, apparaissent sous les traits de chats, tandis que les Juifs prennent l’apparence de souris (maus signifiant souris en allemand). Une allégorie que j’ai trouvé pertinente : les chats pourchassent les souris, aiment jouer avec elles, se montrent souvent cruels envers elles ; les souris, elles, sont réduites à se cacher dans des trous pour échapper aux chats. En revanche, j’ai été gênée par le choix des animaux pour certaines nationalités. Les Américains sont des chiens, parce qu’ils chassent les chats, bon pourquoi pas. Mais j’ai vraiment trouvé dommage que les Polonais soient représentés par des cochons, sous prétexte qu’une partie d’entre eux ont collaboré avec les Nazis (comme ce fut pourtant le cas dans tous les pays occupés, est-ce le fait que les parents de Spiegelman soient Polonais et furent donc trahis par certains de leurs compatriotes qui leur a valu un tel traitement ?) et que les Français apparaissent sous les traits de grenouilles… parce que nous sommes des mangeurs des grenouilles (de même que les Britanniques seraient représentés par des poissons parce qu’ils mangent du fish and chips… voilà voilà).

Vive les clichés et les généralités ! Or dans une œuvre qui décrit et dénonce le génocide d’un peuple qui a été exterminé sur la base de stéréotypes, je trouve regrettable que Spiegelman en utilise pour dépeindre d’autres peuples.

Maus est cependant une excellente bande dessinée qu’à mon tour je conseille. Et comme toujours, si vous avez des BD/ romans graphiques à me recommander, n’hésitez pas !

Dites un truc chouette, un truc à paillettes, un truc qui fait des claquettes ou même un truc qui n'a ni queue ni tête :-)